Mon ombre

Publié le par Carole

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    Au couchant je suis entrée sans savoir pourquoi dans cette rue très vieille où rôdait l'or du soir. Et voilà que mon ombre soudain m'a échappé. Se déroulant comme un chemin sur les pavés disjoints, grandissant à mes pieds comme un arbre léger, s'allongeant au soleil en lézard bleu, bondissant devant moi en sauterelle sombre, elle tirait ardemment sur sa laisse. Mais pour s'en aller où ? Vraiment je n'aurais su le dire... elle courait devant moi, vers des lointains que j'ignorais. Elle ne cessait de s'allonger, aussi mince bientôt, aussi pointue qu'une fusée, et coiffée de lumière - peut-être sur la terre avait-elle trouvé une route du ciel ?
    Je l'ai photographiée sans pouvoir arrêter son élan. Puis j'ai tenté de la suivre, me cognant à chaque pierre.
    Le soleil s'est éteint. Elle avait disparu. J'avais cessé d'être deux, j'avais fini de m'étirer plus loin que moi sur les pavés trébuchants, j'avais laissé sur le trottoir mes échasses de Jacob.
    Et je me suis sentie à la fois soulagée et un peu triste - comme au sortir d'un rêve.
   Car que me voulais-tu, mon ombre, dans ce dernier soleil, où m'aurais-tu conduite, si la nuit ne t'avait soufflée de son éteignoir ?

Publié dans Fables

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Balladine 20/11/2012 15:21

Presque une ode à ta mystérieuse ombre, quelle belle plume Carole !

Carole 25/11/2012 15:38



Merci, Balladine, j'avais ramassé ma plume sur le pavé où s'envolait mon ombre, ce soir-là.



adamante 16/11/2012 00:03

Cette photo a un côté magnétique, elle est très belle. Je comprends que l'on puisse avoir envie de suivre son ombre, c'est une invitation au voyage.

Carole 19/11/2012 00:07



A un voyage de l'autre monde...



Hélène Carle 14/11/2012 22:54

L'ombre soeur. L'ombre qui pourtant s'étale sous la lumière pour embrasser le sol et les murs. L'ombre soeur qui nous dit qu'elle nous suit, qu'elle nous guide, qu'elle nous accompagne même dans le
noir où elle se fait si près, si près qu'elle efface la distance.

Hélène*

Carole 15/11/2012 23:30



Belle ombre que tu laisses là sur mon blog ! Merci, Hélène.



Fadaly 14/11/2012 18:56

Je partage avec toi cet engouement pour l'ombre portée
Tu as réussi à figer le temps d'un instant "l'inmaîtrisable".

Carole 16/11/2012 14:50



L'instant, la proie légère et si vite envolée des photographes.



valdy 14/11/2012 09:57

Ah que j'aime ces entre deux, entre chien et loup, entre rêve et réalité, entre soulagement et tristesse.
Kawabata aurait écrit peut-être : tristesse et beauté ;-)

Carole 16/11/2012 14:30



Kawabata, si seulement je pouvais l'imiter ! C'est l'un des plus grands, parmi les écrivains du monde entier.



emma 14/11/2012 09:46

superbe photo insolite, Carole

Carole 15/11/2012 23:13



Insolite ? Non... quoi de plus familier qu'une ombre ? Et si nous la connaissons mal, c'est que nous nous ignorons nous-même.



Suzâme 14/11/2012 05:40

Insolite double que notre ombre et la tienne te faisait signe pour une échappée qui sait? doute ou tentation à cette heure où le soleil disparaît, tu as su t'arrêter et la regarder comme un rêve
nous échappe... Jolie confidence sur le trottoir témoin de tes rencontres. Cordialement. Suzâme

Carole 15/11/2012 23:05



Dans ce rayon de soleil couchant, il m'a semblé que l'ombre était une nouvelle forme de la lumière. Mais c'est tout de même la nuit qui l'a emporté...



zadddie 14/11/2012 00:47

hier on ne pouvait voir la photo. je suis contente maintenant de pouvoir aussi la visionner..

Carole 14/11/2012 01:15



C'est vrai que quelquefois on n'arrive pas à voir les photos, je ne sais pas pourquoi, je les mets pourtant toujours aux mêmes dimensions 10-12, format assez léger.



Alain 13/11/2012 11:54

Superbe photo : tonalité vieil or, pavés difformes qui se ressoudent autour de cette ombre humaine, étrange fantôme allongé en promenade.
Le texte fait de l'ensemble une réussite esthétique.

Carole 15/11/2012 22:14



Quel beau commentaire, Alain, merci !



Richard LEJEUNE 13/11/2012 07:19

Beau regard porté sur vous-même ...

Carole 15/11/2012 00:51



Je ne fais jamais d'autres autoportraits qu'en ombre ou en miroir... ce sont les plus justes, non ?



Gérard Méry 13/11/2012 00:31

Voila une ombre bien exploitée, la photo est bien construite Carole.

Carole 14/11/2012 01:42



Merci Gérard, à bientôt.



M'mamzelle Jeanne 12/11/2012 21:02

Mystérieusement sublime cette photo et son texte !
Félicitations Carole c'est un beau moment de lecture.
Merci pour être passée me voir !
Belle soirée.. et gros bisous
Jeanne

Carole 15/11/2012 00:51



Et merci, Jeanne pour ce commentaire qui me touche. C'était juste un beau moment au soleil couchant, avec une lumière presque surnaturelle, très vite disparue.



Valentine :0056: 12/11/2012 19:01

Toujours aussi beau... La dernière phrase est superbe !! Et quelle belle idée, quelle belle image !
Apollinaire aussi, dans la "Chanson du Mal Aimé", parle à son ombre : "Et toi qui me suis en rampant (...) Tu mesures combien d'empans J'ai droit que la terre me donne" ! C'est moins gai... Mais
c'est bien une idée de poète ! Bises, Carole.

Carole 15/11/2012 00:46



Merci Valentine, ta référence à Apollinaire me flatte, mais surtout elle me fait bien plaisir. C'est un poète que j'aime.



les cafards 12/11/2012 17:55

ça c'est ce qu'on appelle une ombre portée !

Carole 15/11/2012 00:43



Et même emportée !



le Pierrot 12/11/2012 17:37

Ho que tu as une grande ombre Caroline, c'est pour mieux la photographier mon enfant...des bisous et bonne fin d'après midi...

Carole 15/11/2012 00:41



Tu as raison, le photographe est un loup qui fait sa proie de tout !



Nounedeb 12/11/2012 17:37

Encore une fois, sous le charme!

Carole 15/11/2012 00:40



Nounedeb, merci pour tes commentaires revigorants ! A bientôt.



louv' 12/11/2012 17:01

Absolument superbe ! Cette photo, je te l'envie...Et naturellement, comme toujours, ta plume coule de source. Bravo, vraiment !

Carole 15/11/2012 00:28



Merci, Louv'. La photo était facile à prendre, il fallait seulement être là au bon moment... A bientôt.



joelle.colomar.over-blog.com 12/11/2012 09:51

Comme dirait mon petit fils: "t'as vu mamie comme je suis grand". " Ne bouge pas, je vais mesurer ton ombre". Elle faisait 8 mètres. De quoi se sentir important un instant! Nos ombres nous mènent
par le bout du nez...Amitié. Joëlle
PS: merci pour ton commentaire hier sur mon blog en harmonie avec mon ressenti.

Carole 14/11/2012 23:35



Ton petit-fils a déjà le sens de la photographie alors ! J'espère qu'il va continuer sur cette voie que lui trace sa belle ombre...


 



Catheau 12/11/2012 09:11

Carole métamorphosée en Peter Schlemihl : une aventurière à la tombée du soir.

Carole 14/11/2012 01:45



Mais, malgré tout l'or du soir, pas de diable au coin de la rue pour m'acheter mon ombre. 



Adam 12/11/2012 09:02

Bel écrit sur un magnifique Street'Art !!!

Merci Carole, bises.

Carole 14/11/2012 23:17



Merci d'avoir parlé de "street'art" : cette référence me convient !



jill bill 12/11/2012 08:12

Ton ombre pourrait faire Paris/Roubaix dans le coin.... J'aime cet écrit Carole.... Merci !

Carole 14/11/2012 01:46



Elle pourrait aller loin sans moi, mais elle est obligée de me traîner, la pauvre.



timilo 12/11/2012 07:10

En suivant ton ombre pour la rattraper où t'aurait-elle emmenée?
Bon et doux lundi CAROLLE
Bisous
timilo

Carole 14/11/2012 23:30



Je ne sais toujours pas... peut-être qu'un jour, je parviendrai à la suivre ?