Mon ombre

Publié le par Carole

ombre 8.psd
 
    Au couchant je suis entrée sans savoir pourquoi dans cette rue très vieille où rôdait l'or du soir. Et voilà que mon ombre soudain m'a échappé. Se déroulant comme un chemin sur les pavés disjoints, grandissant à mes pieds comme un arbre léger, s'allongeant au soleil en lézard bleu, bondissant devant moi en sauterelle sombre, elle tirait ardemment sur sa laisse. Mais pour s'en aller où ? Vraiment je n'aurais su le dire... elle courait devant moi, vers des lointains que j'ignorais. Elle ne cessait de s'allonger, aussi mince bientôt, aussi pointue qu'une fusée, et coiffée de lumière - peut-être sur la terre avait-elle trouvé une route du ciel ?
    Je l'ai photographiée sans pouvoir arrêter son élan. Puis j'ai tenté de la suivre, me cognant à chaque pierre.
    Le soleil s'est éteint. Elle avait disparu. J'avais cessé d'être deux, j'avais fini de m'étirer plus loin que moi sur les pavés trébuchants, j'avais laissé sur le trottoir mes échasses de Jacob.
    Et je me suis sentie à la fois soulagée et un peu triste - comme au sortir d'un rêve.
   Car que me voulais-tu, mon ombre, dans ce dernier soleil, où m'aurais-tu conduite, si la nuit ne t'avait soufflée de son éteignoir ?

Publié dans Fables

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B
Presque une ode à ta mystérieuse ombre, quelle belle plume Carole !
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C


Merci, Balladine, j'avais ramassé ma plume sur le pavé où s'envolait mon ombre, ce soir-là.



A
Cette photo a un côté magnétique, elle est très belle. Je comprends que l'on puisse avoir envie de suivre son ombre, c'est une invitation au voyage.
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C


A un voyage de l'autre monde...



H
L'ombre soeur. L'ombre qui pourtant s'étale sous la lumière pour embrasser le sol et les murs. L'ombre soeur qui nous dit qu'elle nous suit, qu'elle nous guide, qu'elle nous accompagne même dans le
noir où elle se fait si près, si près qu'elle efface la distance.

Hélène*
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C


Belle ombre que tu laisses là sur mon blog ! Merci, Hélène.



F
Je partage avec toi cet engouement pour l'ombre portée
Tu as réussi à figer le temps d'un instant "l'inmaîtrisable".
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C


L'instant, la proie légère et si vite envolée des photographes.



V
Ah que j'aime ces entre deux, entre chien et loup, entre rêve et réalité, entre soulagement et tristesse.
Kawabata aurait écrit peut-être : tristesse et beauté ;-)
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C


Kawabata, si seulement je pouvais l'imiter ! C'est l'un des plus grands, parmi les écrivains du monde entier.



E
superbe photo insolite, Carole
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C


Insolite ? Non... quoi de plus familier qu'une ombre ? Et si nous la connaissons mal, c'est que nous nous ignorons nous-même.



S
Insolite double que notre ombre et la tienne te faisait signe pour une échappée qui sait? doute ou tentation à cette heure où le soleil disparaît, tu as su t'arrêter et la regarder comme un rêve
nous échappe... Jolie confidence sur le trottoir témoin de tes rencontres. Cordialement. Suzâme
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C


Dans ce rayon de soleil couchant, il m'a semblé que l'ombre était une nouvelle forme de la lumière. Mais c'est tout de même la nuit qui l'a emporté...



Z
hier on ne pouvait voir la photo. je suis contente maintenant de pouvoir aussi la visionner..
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C


C'est vrai que quelquefois on n'arrive pas à voir les photos, je ne sais pas pourquoi, je les mets pourtant toujours aux mêmes dimensions 10-12, format assez léger.



A
Superbe photo : tonalité vieil or, pavés difformes qui se ressoudent autour de cette ombre humaine, étrange fantôme allongé en promenade.
Le texte fait de l'ensemble une réussite esthétique.
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C


Quel beau commentaire, Alain, merci !



R
Beau regard porté sur vous-même ...
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C


Je ne fais jamais d'autres autoportraits qu'en ombre ou en miroir... ce sont les plus justes, non ?



G
Voila une ombre bien exploitée, la photo est bien construite Carole.
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C


Merci Gérard, à bientôt.



M
Mystérieusement sublime cette photo et son texte !
Félicitations Carole c'est un beau moment de lecture.
Merci pour être passée me voir !
Belle soirée.. et gros bisous
Jeanne
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C


Et merci, Jeanne pour ce commentaire qui me touche. C'était juste un beau moment au soleil couchant, avec une lumière presque surnaturelle, très vite disparue.



V
Toujours aussi beau... La dernière phrase est superbe !! Et quelle belle idée, quelle belle image !
Apollinaire aussi, dans la "Chanson du Mal Aimé", parle à son ombre : "Et toi qui me suis en rampant (...) Tu mesures combien d'empans J'ai droit que la terre me donne" ! C'est moins gai... Mais
c'est bien une idée de poète ! Bises, Carole.
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C


Merci Valentine, ta référence à Apollinaire me flatte, mais surtout elle me fait bien plaisir. C'est un poète que j'aime.



L
ça c'est ce qu'on appelle une ombre portée !
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C


Et même emportée !



L
Ho que tu as une grande ombre Caroline, c'est pour mieux la photographier mon enfant...des bisous et bonne fin d'après midi...
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C


Tu as raison, le photographe est un loup qui fait sa proie de tout !



N
Encore une fois, sous le charme!
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C


Nounedeb, merci pour tes commentaires revigorants ! A bientôt.



L
Absolument superbe ! Cette photo, je te l'envie...Et naturellement, comme toujours, ta plume coule de source. Bravo, vraiment !
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C


Merci, Louv'. La photo était facile à prendre, il fallait seulement être là au bon moment... A bientôt.



J
Comme dirait mon petit fils: "t'as vu mamie comme je suis grand". " Ne bouge pas, je vais mesurer ton ombre". Elle faisait 8 mètres. De quoi se sentir important un instant! Nos ombres nous mènent
par le bout du nez...Amitié. Joëlle
PS: merci pour ton commentaire hier sur mon blog en harmonie avec mon ressenti.
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C


Ton petit-fils a déjà le sens de la photographie alors ! J'espère qu'il va continuer sur cette voie que lui trace sa belle ombre...


 



C
Carole métamorphosée en Peter Schlemihl : une aventurière à la tombée du soir.
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C


Mais, malgré tout l'or du soir, pas de diable au coin de la rue pour m'acheter mon ombre. 



A
Bel écrit sur un magnifique Street'Art !!!

Merci Carole, bises.
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C


Merci d'avoir parlé de "street'art" : cette référence me convient !



J
Ton ombre pourrait faire Paris/Roubaix dans le coin.... J'aime cet écrit Carole.... Merci !
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C


Elle pourrait aller loin sans moi, mais elle est obligée de me traîner, la pauvre.



T
En suivant ton ombre pour la rattraper où t'aurait-elle emmenée?
Bon et doux lundi CAROLLE
Bisous
timilo
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C


Je ne sais toujours pas... peut-être qu'un jour, je parviendrai à la suivre ?