Marque déposée

Publié le par Carole

AM tissages 1
      Quartier de la Madeleine - Nantes
 
 
    Et de cela aussi je voulais vous parler, de ces murs délabrés, de ces tumeurs cachées, de ces entrepôts morts que recouvrent la mousse, le lierre, les graffitis, la lèpre de l'oubli.
 
   Cette ville est comme toutes les villes, un vaste tableau pointilliste : sa beauté naît de milliers de taches, son avenir se dessine dans les monceaux de ses décombres, et les débris d'hier partout tracent en tremblant les chemins incertains de demain.
    Dans des coins sombres et délaissés, loin des Hangars du port dont les ruines aujourd'hui sont vouées aux divertissements, il arrive qu'on s'égare. Qu'on découvre les traces d'une usine oubliée.
   On y fabriquait ce que maintenant on fabrique au-delà, bien au-delà des mers - des étoffes ou des meubles, par exemple -. Nul ne se souvient plus du vieux nom disparu, de la marque déposée, renversée, à peine encore lisible sur un mur décrépi, sinon quelques vieillards, dispersés en banlieue, qui ont travaillé là, et n'osent plus venir - et l'on dit qu'ils radotent quand ils s'obstinent à porter encore leurs bleus usés et à parler aux morts de l'atelier détruit, tandis que leurs petits-enfants précaires ou stagiaires prient Notre-Dame du RSA et invectivent le triste Paul Emploi.
    Un seul mot, long comme un jour sans travail, désindustrialisation, résonne sous les pas de ceux qui s'égarent en ces lieux, heurtant les déchets et les ronces. 
 
    Cette ville est comme toutes les villes, elle aimerait oublier ses coins d'ombre. Mais elle est là aussi, autant que dans ses gloires et ses vitrines, ses monuments, ses banques, ses grues et ses hôtels de luxe bâtis en hâte sur le passé enfoui.
    Cette ville est comme toutes les villes, à l'image de ce monde au fond si primitif qu'on appelle moderne : ardente, vorace, splendide, conquérante, terrible, et pourtant si fragile sur ses ruines accumulées et ses vies déposées.
 
    Mais dans les cours désertes, contre les murs lépreux, les amoureux s'embrassent encore comme ils l'ont toujours fait - les yeux dans les yeux, ou bien perdus peut-être dans un rêve plus loin, où grandit la lumière.

Publié dans Nantes

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MARIE 12/04/2013 12:27

Ces murs me rendent vraiment nostalgique de ce temps où tout était commerce et fabrique de proximité...

Richard LEJEUNE 12/04/2013 10:54

Mais que c'est beau !!!!!!

Déjà, au départ, la photo en elle-même.
Mais en outre, au détour d'un paragraphe, quand je lis :

"Un seul mot, long comme un jour sans travail ..."


Que j'envie votre style !

michèle 04/04/2013 18:50

En pleine ville chez nous il n'y en a plus depuis longtemps. Il faut s'en éloigner assez bien pour (de 5 à 10 km ) dénicher un mur peint non recouvert d'une affiche ou contre lequel on n'a pas
construit une autre habitation.
Sinon oui, les photos se font à pied presqu'au hasard. Bonne soirée!

michèle 04/04/2013 18:36

Dans le temps (imprécis) les publicités se peignaient sur les murs. Les couleurs en étaient vives. Le soleil et la pluie les fait "passer" petit à petit de saison en saison jusqu'à leur effacement.
J'avais eu le projet de les recenser dans ma ville et de les fixer en photos mais sillonner les rues des différents quartiers d'une grande ville sans voiture m'a dissuadée. D'autres l'ont sûrement
fait.

Carole 04/04/2013 18:39



Mais je crois que de toute façon on ne peut faire de photos qu'à pied, en flânant. Tu peux parvenir à réaliser ton projet, peu à peu, en profitant de tous tes petits déplacements obligatoires
dans la ville pour "élargir" un peu (en tout cas c'est ma méthode).



Joëlle Colomar 03/04/2013 08:33

Un mélange si contrasté que sont ces vies qui se côtoient sans jamais se toucher. Des mondes qui se méconnaissent, ont souvent peur les uns des autres et qui ont perdu le sens de la solidarité.
Bien triste bilan pour ces citadines. Amitiés.Joëlle

Hélène Carle 02/04/2013 21:51

C'est bien ce qu'il y a de beau: la lumière grandit sans cesse!

Hélène*

Erato :0059: 02/04/2013 21:45

Une description sans concession de ce monde passé aux côtés du monde actuel. J'aime beaucoup .
Belle soirée, bises Carole

cafardages 02/04/2013 20:58

dans toutes les villes il y a ces cicatrices

M'amzelle Jeanne 02/04/2013 20:31

J'aime tes écrits, les descriptions que tu fais de ta ville, de la vie qui existait avant, avant que tout ne change et se perde. J'aime les photos qui accompagnent elles montrent encore la
délicatesse ancienne des affiches, la publicité pour le beau travail.
Merci Carole

Mansfield 02/04/2013 19:19

Comme quoi sur toute ruine, la vie s'incruste en dépit de tout et triomphe!

Nounedeb 02/04/2013 17:32

La branche ajoute son arabesque qui répond à cette trace à droite - ancienne ou pochoir plus récent? Tu nous montre, texte après texte, la vie et ses détours.

almanitoo 02/04/2013 17:14

Ces vieux murs sont les témoins d'un passé ouvrier, un temps que nous regrettons, ou chacun pouvait travailler. Ils sont aussi une partie de l'histoire des villes et en font tout le charme,
comparés aux grandes bâtisses inhumaines que l'on nous impose maintenant.

Carole 03/04/2013 01:01



Oui, et on se dépêche d'en recouvrir les traces de "grandes bâtisses inhumaines". Je crois qu'il en va de même dans toutes les villes, mais ici, c'est très frappant.



Valentine :0056: 02/04/2013 16:16

Un très beau texte, Carole, avec une élégance de style et des recherchent qui ravissent ("cette ville est comme toutes les villes"... ou "le triste Paul Emploi") ; et de plus la photo, loin
d'évoquer comme tu le dis la déchéance, et comme un tableau impressionniste, une merveille de jolies couleurs rares et fanées ; avec ce rameau feuillu qui passe dessus on dirait même un papier
peint kitsch des années 1900.

photogus 02/04/2013 15:03

Il y a beaucoup de charme dans ces vieilles peintures murale. Et des couleurs délicieusement désuettes. Bien vu !

Gérard 02/04/2013 11:54

Je comprends le plaisir de rechercher les petits détails d'un temps révolu, tu en donnes souvent l'exemple.

jill bill 02/04/2013 07:55

Bonjour Carole, je ne connais pas Nantes... Eh oui désindustrialistation et abandon... Usine mangée par l'oubli par le fait d'autres moeurs, l'au delà des mers... Se résigner ou s'indigner....
Merci !

louv' 02/04/2013 07:04

On n'arrête pas de plébisciter la nature. Il n'y en a plus que pour elle. Mais les villes ont aussi besoin d'être aimées et préservées...Un coeur de ville qui bat, avec ses joies et ses blessures,
c'est émouvant aussi.
Bonne journée Carole.

Carole 03/04/2013 01:05



Je trouve toujours émouvant ce qui porte la marque des hommes : villes, villages, champs, fermes ou forêts, tout nous renvoie à ces préences.



Jamadrou 02/04/2013 05:00

Tu aimes ta ville.
Très beau texte émouvant .
Précieux comme une vie.
Une Ville vit à travers les âges .