Luciole (réédition)

Publié le par Carole

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 "Les lucioles [...]. Pour moi, elles sont de la matière des rêves. Une fois qu'on les a saisies dans la main, il n'y a plus rien." (Marie-Hélène Prouteau, Les Balcons de la Loire)
 
 
Sur le chemin étroit et sombre où je marchais,
tu m'avais guidée doucement,
 
tu étais comme une goutte tiède tombée des astres,
tu étais comme une respiration calme de la lumière
tu étais comme l'oeil du serpent dans les blés de la nuit,
tu étais comme un regard de la terre entrouvrant sa paupière.
 
Je me suis penchée vers toi.
Je n'ai rien vu sur le sol détrempé,
qu'un pauvre insecte lourd et terne,
couleur de boue et de chandelle morte,
une larve rivée à un brin d'herbe, incapable d'envol
et sans force pour fuir mon sacrilège avide.
 
Ton ventre palpitant s'éteignait peu à peu.
Mise à nu, dépouillée de tout mystère,
Retournée à la nuit, tu n'éclairais plus rien.
 
J'aurais pu te mépriser, luciole, j'aurais pu t'écraser, toi qui m'avais menti,
mais je t'ai admirée.
Car de toi-même tu avais su te faire le rêve
car sur ta vie si grise tu avais mis ce masque
car sur ton corps infirme tu avais posé ton rayon
et que les routes de l'obscur un instant s'en étaient éclairés.
 
Si je pouvais, si je pouvais
te ressembler, luciole.

Publié dans Fables

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A
Comme toujours, tu révèles la vérité la plus riche ! Bien sûr, cette luciole est l'image de nous même, dénués d'ego. La lumière lui vient d'ailleurs, la touche puis la quitte. Sans la splendeur de l'Etre elle n'est qu'une pauvre parcelle de nature sans intérêt.
Tu parlais de la vulnérabilité du héros : oui, j'ai voulu étendre cette théorie à une promesse de dépassement de soi. Invincible, il n'est qu'un monstre égotique ; mort, il entre dans la véritable Essence.divine.
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N
Lumineux et délicieux poème !
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A
Ce poème empreint de magie me fait penser à un autre de tes textes où tu évoques un petit tesson de verre étincelant dans un rayon de soleil quand tu étais petite fille. D'instinct tu avais su ne pas le ramasser pour qu'il conserve son éclat dans tes rêves.
Chacun de tes textes est une petite luciole dans la blogosphère Carole.
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Q
Je découvre ce texte grâce à ta réédition, merci, Carole.

J'aime la magie de ces lucioles, et la magie de ton texte. Merci !
Tu sais aussi faire naître la lumière.
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L
Nous aimerions tant ressembler à la luciole, hélas nous ne sommes que de lourds insectes qui n'éclairent pas souvent et qui ne savent même pas voler! Belle journée Bises
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L
Les lucioles des nuits d'été, si belles, si évanescentes! Ton billet leur rend justice et ta philosophie nous oblige à réfléchir: que sommes-nous? que faisons-nous? Sommes-nous une petite lumière ou l'insecte de boue qui passe lourdement?...
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M
Ode à la luciole !
De jour, semble être sans grande importance et pourtant, mystérieuse, dans la nuit elle éclaire le chemin
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J
Petite chose qui sait attirer le regard, sur terre il en est ainsi avec les gens, petits mais grands par leur lumière qu'ils propagent autour d'eux... ;-)
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K
Une luciole ... je crois que je n'en ai jamais vu en vrai
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C


Je ne sais pas s'il y en a partout. J'en ai tous les ans dans mon jardin. Mais on ne peut guère les voir avant 23h ou même 23h30.



M
Bonjour Carole,

Luciole. Un mot qui est déjà un poème, un bout de rêve, le début d'un conte...
Tu te penches sur cette petite chose pas très jolie, une larve grise et terne et pourtant. Elle offre une lumière extraordinaire et te permets de nous donner à lire une très belle poésie, tendre,
légère et émouvante.
Merci Carole.

Bonne journée ;)
Martine
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C


Merci, Martine. Il faut souvent se pencher sur ce qui semble d'abord peu avenant. Les vrais trésors sont cachés...



Z
et là, comment je le dis,... que ton poeme me plait
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C


Dit comme ça, ça me fait tant plaisir ! Merci, Nathalie.



G
...en tout cas lui ..ton récit est brillant...et ne demande pas à être écrasé.
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C


Merci, Gérard. Ma luciole a failli être tondue hier... mais elle est toujours là.



N
Joli texte, je regarderais les lucioles autrement..
Douce soirée chez toi..
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C


Merci, Nanyfran. Elles valent la peine d'être regardées...



A
Un s à ressemble (tu lui ressembles) et voilà ce que c'est, trop vite, je l'ai vu trop tard.
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A
Par tes écrits tu lui ressemble car tu illumines un instant notre route lorsque l'on vient ici. Merci Carole pour cette petite luciole partagée dans ton ciel.
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C


Merci, Adamante, toi aussi tu es une luciole. Et même beaucoup plus !



H
Depuis l'enfance les lucioles m'attirent. Leur mystérieuse mission, petites fées en robe de lune, m'a toujours intriguée.
Quel grand symbole je découvre aujourd'hui à travers ton texte. Merci Carole pour ton écriture si pleine de richesse.

Hélène*
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C


Merci, Hélène. Moi aussi, il y a longtemps que je trouve ces petits insectes très troublants. J'en ai chaque année dans mon jardin.



S
Poésie, mon âme! sais-tu qu'elle est ici, plume caméléon, luciole d'un jour et qu'elle s'écrit sur le chemin de nos vies? Oh excuse-moi, je me parlais!... Ton texte est un aimant
d'inspiration...
Et merci tellement pour ton textoésie. Suzâme
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C


Merci, Suzâme, car je ne peux rêver d'un plus beau commentaire que celui qui "continue" le poème initial. Ecrire, c'est donner l'impulsion, l'envie de poursuivre - du moins c'est ainsi que je le
conçois.



C
Bonjour Carole,
Si les mots sont magie alors tu es une magicienne!
Et la luciole une perle d'or enchanté, même dans ses plus simples atours.
C'est mystérieux, merveilleux et un moment de pure grâce dans le quotidien.
Merci beaucoup.
Amitiés et douce fin de journée.
Cendrine
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C


Et merci pour ce magnifique commentaire. C'est l'heure où ma luciole se prépare à briller. Je la vois chaque soir...



J
Je suis sûre que tu lui ressembles Carole car toi, c'est avec tes textes que tu sais faire briller la lumière. Amitiés. Joëlle
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C


Merci, Joëlle. Amitiés !



E
Bon mardi!
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C


merci !



N
Grand merci pour cette précision. N'étant pas allée chercher plus loin, et connaissant les vers luisants depuis ma jeunesse en Normandie, et n'en ayant jamais vu voler, j'étais persuadée que
c'étaient deux espèces différentes. Mea culpa.
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C


Je ne savais pas non plus. Je disais toujours "luciole" sans me poser de questions...



E
une fable philosophique touchante, qui fait un peu penser à ces personnes au physique ingrat qui ont une voix sublime
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C


Et cette voix est d'autant plus belle. La souffrance agit comme un "filtre" souvent...



N
Quel beau conte. "Carole et le ver luisant" - car il semble à la puriste que je suis (mais je me surveille), que tu as eu affaire à cet insecte plus septentrional que sa cousine luciole, qui
enchante de son vol les contrées méridionales. Je me fais à l'instant cette réflexion, en écrivant, que les contes où le Prince se transforme en grenouille et la Belle en crapaud viennent peut-être
de notre curiosité.
Non, n'allez pas regarder de près cette petite lumière, qui semble venue de chez les martiens, qui brille la nuit dans les herbes...
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C


Puriste je ne suis pas, Nounedeb, mais je viens d'aller vérifier : apparemment les espèces de lucioles sont nombreuses au nord comme au sud. Il semble que j'aie vu une larve de luciole (espèce
nantaise donc, que je ne saurais nommer)."Ver luisant" est le nom familier qu'on donne à ces larves. Donc pourquoi pas, mais je préfère, tu le comprendras, le féminin "luciole", étant moi-même du
genre féminin...


Merci de ta remarque, car j'avais écrit rapidement et un peu instinctivement, sans me poser de questions autres que poétiques.


Ton analyse des contes me convient tout à fait !



J
Bonjour Carole... Je n'ai lu autant d'affectueux mots sur un luciole agonisante.... Tu ne l'as pas méprisée, tu l'as sublimée... merci !
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C


Merci, Jill. Ma luciole luisait plus fort encore cette nuit.



M
une respiration calme de la lumière, comme c'est beau. Se dévoiler, se mettre à nu,montrer la grâce et la bonté, ne serait-ce qu'un instant, voilà qui serait une belle démonstration de partage;
merci Carole pour ce voeu impossible à réaliser... quoique, tenter d'y parvenir...
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C


Tenter, c'est toujours un peu réussir...