Les grillages du ciel

Publié le par Carole

ciel grille 1
 
     Le galeriste avait fermé sa boutique pour le soir, tirant sur la vitrine le lourd rideau de grillage qui la protégeait des intrus sans cacher tout à fait à la vue des passants les oeuvres exposées.
     Il n'avait pas pensé que ce frais tableau qu'il vendait, délice de nuages et d'aurores fouetté par le pinceau d'un peintre habile, que ce beau ciel léger si doux, apparaîtrait ainsi, à nos regards nocturnes, étrange et carcéral, et carrelé comme une nasse, sous les barreaux de fer.
    On ne saurait penser à tout. On ne saurait se mettre à la place de ceux qui sont dehors, lorsque l'on est dedans. On ne saurait regarder à travers le grillage, quand l'horizon s'ouvre clair et vaste. On ne saurait imaginer la nuit, quand le jour pose à la fenêtre de grands rideaux de douceur.
 
    Souvent, depuis notre balcon, dans nos jardins paisibles, nous admirons le ciel. Et tant de choses encore. Tant de choses admirables en effet.
     Rarement nous pensons à ceux qui ne peuvent les entrevoir qu'à travers des grilles - de fer, de misère ou de désespoir. Plus rarement encore nous pensons à ce qu'on voit, derrière les grillages et les barbelés, à cette façon étrange qu'aurait le monde, soudain, de rétrécir en petits carreaux aigus, inflexibles et disgracieux, si nous le voyions, nous aussi, depuis notre prison de nuit.

Publié dans Fables

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L
super ce graphisme
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V
Tu sais admirer -et nous faire admirer- avec un regard aigu. .. oui, point de balcon en prison...
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H
Un monde de papier quadrillé où tout est contenu et séparé.
Très beau texte!

Hélène*
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G
C'est bien çà tu as prononcé le mot "prison " et le paysages derrière les barreaux à un certain charme...c'est le comble n'est ce pas.
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Z
bel article
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M
Les regards, les nôtres et ceux d'autrui, sont complémentaires et omniscients, il faudrait toujours prendre la peine de demander:et toi comment tu vois ça?
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J
Et pourtant, ne sommes nous pas bien souvent enfermés dans nos prisons intérieures qui érigent de bien grandes forteresses aux barreaux si épais que personne ne peut espérer y entrer un jour. Bonne
soirée Carole. Amitié. Joëlle
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M
Il y a tant de regards et de suppositions.. tout cela dépends de notre position, de notre état d'esprit aussi!
Tes mots sont toujours choisis!
Bonne soirée chère Carole
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N
A travers ces grilles, le ciel est encore plus symbole de liberté. Et là nous sommes en cage. Et ton beau texte fait aussi penser à l'horreur dans les prisons .
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A
Misère ou désespoir, peut-être, mais parfois extase.
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D
Lucidité brillante.
Ça m'amène à penser à ces animaux en cages pour le plaisir de quelques passants dans des "parcs animaliers". Le regard des singes me font souvent me poser la question de savoir qui est en cage. Eux
ou moi..
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R
En quelque sorte, l'on pourrait considérer que vous revisitez l' "Allégorie de la Caverne", de Platon.

J'aime cette approche contemporaine ...
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C


En fait, j'aurais plutôt pensé à La Vie est un songe de Caldéron. Mais il est vrai que Sigismond enchaîné est un peu l'homme de la "caverne" (néo)platonicienne.



V
Incroyable, sur ta photo on dirait vraiment le ciel ! Il brille et donne ne la lumière ! Et en effet, avec ce grillage l'effet est saisissant.
Merci aussi pour Miles Davis. Bises, Carole !
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M
En contemplant ce beau tableau, j'ai d'abord pensé à cette grille que l'on pose pour reproduire une photo ou une oeuvre. Puis, en lisant ton texte, ma pensée à dériver vers d'autres ciels
grillagés: ceux vus à travers une burqa.

Merci pour tes mots riches de réflexion partagée.
Martine
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C


La burqa, je crois qu'on y pense presque forcément. Il y a encore d'autres grilles, le "génie" humain en a inventé de toutes sortes.



J
Une chose est certaine, tu n'en loupes pas une...pas un regard sur le monde qui t'entoure, bavo et merci !
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A
Bien des choses dans ce beau texte, le rêve, la poésie et surtout la qualité et la force du regard que tu nous invite à poser selon nos sensibilités, en toute liberté.
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J
Fable ou évangile ?
Très très beau texte Carole , passe une belle journée
?
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