Les fils

Publié le par Carole

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Au village, c’est comme ça : les fils électriques ou téléphoniques pendent partout dans les airs, traversent les rues, se croisent, s’emmêlent, et se recroisent encore, s’égarent dans les champs, se promènent sur l’horizon, pour reparaître au flanc des fermes, puis s’en aller encore, très loin, là-bas, on ne sait pas bien où.
 
Par ces fils entrent les voix du monde et les images du lointain.
Par ces fils le village est relié à l’univers.
 
Ils se balancent au vent comme les cordes à linge tendues dans les jardins, comme les fils de fer des vergers palissés.
Des arbres grandissent à leurs flancs de ciment ou de bois, et se couvrent de lierre.
Les oiseaux qui s’y posent, confiants, y suspendent parfois, dans des nids barbelés de paille et recousus de mousse, des portées d’oisillons qui s’envolent en chantant.
 
Quand la tempête les abat de son souffle de bête, on les renoue les uns aux autres, on les retend avec soin sur leurs mâts.
On pourrait bien les enterrer, tous ces fils, mais, on ne sait pas pourquoi, ça fait plaisir, au fond, qu’ils soient là, bien visibles.
Qu’ils soient, au-dessus des maisons et des routes, les signes évidents de la vie battant son pouls rapide, les veines et les vaisseaux irriguant le village comme un petit morceau du corps immense et chaud de l’univers.
Que sur leurs longs cordages se hisse la grand voile de l'invisible espoir.
Et que là-haut se tende le grand filet maillé de ciel qui retiendra sur la terre le village.
 
 
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Publié dans Le village : Selommes

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adamante 25/07/2012 14:26

Et que feraient les hirondelles sans eux ? Amitié Carole.

Carole 25/07/2012 22:20



Les hirondelles ont le jugement sûr !



erato :0059: 21/07/2012 22:50

Cest curieux ton article, mais je l'aime beaucoup. Par contre , je n'aime pas les fils qui " abiment " le ciel et limitent le regard.Je les préfèrent enterrés. Mais je fais avec!
Belle soirée, bises Carole

Carole 22/07/2012 08:13



Ah, ces "fils", personne ne les aime. Pourtant, quelle joie quand ils sont arrivés ici, il n'y a pas si longtemps !



Danielle 21/07/2012 09:44

Bonjour Carole

Un grand débat ....ces fils dans le bleu du ciel
belle journée

Danielle

Carole 22/07/2012 00:06



Apparemment, oui, cela donne lieu à un débat. Je n'avais pas conscience du caractère "provocateur" de ce texte, mais ce n'est pas la première fois, et... j'aime bien ! Quand on réagit sur mes
textes, cela me donne l'impression qu'ils ne sont pas figés, qu'ils appellent les autres à réfléchir à leur tour. 



Nounedeb 20/07/2012 18:36

Ici, peu à peu on enterre les fils. C'est vrai que c'est plus "joli" mais bizarrement ça fait vide aussi: on y est tellement habitués! Et je me suis fait cette réflexion: où les hirondelles vont
elles se poser? - et les tourterelles qui s'y posent en brochettes...

Carole 21/07/2012 23:58



Il semble que mon article donne lieu à une petite polémique. Dans les villages touristiques, on enterre les fils, de même que dans les banlieues "aisées", car il est convenu qu'ils sont laids (ce
qui n'est guère niable, je le reconnais), mais dans les campagnes délaissées, ils font partie du paysage, et les oiseaux semblent approuver leur présence. Ils ne sont pas beaux, mais ils mettent
en évidence le fait qu'on n'est pas coupé tout à fait du monde, que "le courant passe" encore, et puis là-bas, les poteaux sont des troncs noueux, ou de vieux poteaux de béton tout couverts de
lichen...



passion 20/07/2012 14:17

j'ai toujours trouvé hideux ces fils qui traversent le ciel en traits noirs si nombreux...grillages qui parcellent l'azur,et que dire de leurs perchoirs de béton gris ou de ferrailles
rouillées!pour circonstances atténuantes, on pourrait dire qu'ils relient entre elles, les maisons des hommes...mais c'est la laisse qui relie le chien au maître...! dépendants!!! nous sommes
obligés pour multiples raisons de rester attachés aux cordons! Enterrons-les!!!qu'ils ne barrent plus l'horizon...
Les oiseaux s'en balancent d'y être rassemblés; pour eux,c'est comme une gare; tous prêts au départ...juste pour s'envoler...loin, la-bas, où seuls les arbres les attendent.

Carole 20/07/2012 15:05



Hideux ? certainement, mais quand on vit dans un village isolé où l'électricité et le téléphone sont arrivés tardivement, où la moindre panne peut durer des semaines, on a un regard différent sur
ces fils qui relient au monde et on les regarde avec affection (comme bien d'autres choses "hideuses" d'ailleurs): c'était ce que je voulais dire. Le regard des villageois sur les objets "hideux"
liés au progrès technique n'est pas le regard critique des gens des villes - ou des banlieues. De même l'idée de "dépendance" prend un sens très différent lorsqu'on est privé de beaucoup de
services considérés comme élémentaires ailleurs. Je le ressens parce que je vais de la grande ville au petit village reculé (et inversement). 



Suzâme 19/07/2012 23:04

Et puis... il faudrait tout de même demander leur avis aux oiseaux! Depuis l'enfance, je trouve magique qu'il se pose sur ces veines vilaines... Qu'il est bon de te lire à cette heure-ci ou le
matin très tôt. Etre calme comme un oiseau sur un fil... Suzâme

Carole 20/07/2012 15:13



Suzâme, je prépare justement un article sur les oiseaux et les "fils". Un prolongement à celui-là, mais sous un autre angle. Alors ton commentaire me vient comme un (très bel...) encouragement à
l'écrire ! Merci.



mansfield 19/07/2012 17:47

Magnifiques ces fils qui lient les hommes, une image de partage et d'échange, merci Carole pour cette approche de la communication, de sa fragilité comme ces fils parfois dénudés.

Carole 20/07/2012 15:18



Les fils, ce sont des liens... y compris pour l'ADSL, qui ne passe pas toujours dans ces petits villages.
On ne réfléchit plus à cela en ville. Mais le langage porte à jamais la marque de la richesse de sens et d'imaginaire liée (tiens...) à l'idée de "fil", de "lien" ...



emma 19/07/2012 15:03

pourtant que ce serait beau un paysage sans fils, sans pylones... comme du temps des ancêtres - mais tout enterrer serait très complexe, et pas toujours possible

Carole 20/07/2012 15:23



Mais du temps des ancêtres, la vie était dure à la campagne, alors les "fils", c'est aussi le confort... C'est un peu l'histoire des tables en formica préférées aux vieilles tables en bois et aux
lourdes nappes de lin à laver et repasser... Le regard des "ruraux" est tellement différent de celui des "urbains". Je trouve que c'est de plus en plus frappant d'ailleurs à mesure que le temps
passe et que les petits villages s'isolent, délestés peu à peu des "services" publics ou privés...



Hélène Carle 18/07/2012 22:47

J'aime particulièrement la dernière phrase.

Partout des ¨X¨ et des croix, le chemin signe sa voie.

Hélène*

Carole 20/07/2012 16:02



Oui, les chemins écrivent le paysage, et notre imaginaire se coule en eux comme une eau lente.


Merci, Hélène, pour ce beau commentaire.



jill bill 18/07/2012 22:33

Bonsoir Carole... J'ai le même poteau en face de chez qui abrite les amours de vieux tourtereaux... roucoulant encore et pourtant si on les enterre... Un jour viendra, pas bien loin, ils finiront
sous terre les câbles, ainsi soit-il ! Les oiseaux en seront bien acccablés.... Bonne nuit...

Carole 20/07/2012 16:01



Un jour viendra, peut-être... Les oiseaux ont transformé en arbres ces poteaux à peine équarris et semblent aimer ces fils qui ont l'air de traverser le ciel en funambules...