Les fenêtres

Publié le par Carole

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C'est comme ça, la rue : des gris obstinés de crasse, résolus dans l'obscur, le décrépit, le triste - de sombres façades à l'enseigne de mère misère - et puis, tout à côté, des murs joyeux, des fenêtres à rideaux festonnés, des bouts de Versailles sur le balcon, de la lumière qui danse au long du séjour traversant, et du jaune, du rose, du saumonné, pour baigner dans le monde comme une truite dans la rivière.
Des murs et des balcons qui préfèreraient ne pas frayer ensemble, contraints pourtant à se serrer ciment contre ciment, gouttière contre gouttière, flanc contre flanc, collés, pressés, poussés pour le même voyage, comme les usagers usés des transports en commun... gardant tout de même chacun son quant-à-soi - front levé, regards figés, évitant de lorgner le voisin.
C'est drôle que les fenêtres aient des visages - qu'elles soient comme ces gens qu'on croise, quand on va son chemin pressé, dans la foule qui passe.
 
Dire qu'on aurait pu ne pas lever la tête... dire qu'on aurait pu, dans le tumulte de la rue, oublier de se demander quelles vies, derrière ces vitres, comme malheur et bonheur - ou comme bonheur et malheur -,  si étroitement se côtoient, silencieuses, là-haut, dans l'ombre des fenêtres closes...

Publié dans Fables

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A
J'aime beaucoup ce texte, et les "bouts de Versailles sur le balcon..."
Dire que tu aurais pu ne pas lever la tête...
Amitiés Carole.
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C


Oh, je lève toujours la tête...



C
"Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie". Photo et texte en écho à Baudelaire ?
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C


Oui, mais j'avais déjà cité "Les fenêtres" dans un autre texte. Je suis très "baudelairienne"...



E
J'aime ton billet et ton regard.Une fenêtre c'est une page d'histoire de la vie, qui s'ouvre , se ferme , s'entrebaille.....Bisous Carole
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C


ET moi j'aime bien ta comparaison : fenêtre/ page... oui, une fenêtre qui s'ouvre, c'est un livre qui s'ouvre, que nous sommes tentés de lire, une fenêtre qui se ferme, un livre qui se ferme, et
que nous sommes tentés d'écrire, de réécrire.



G
j'aime ce contraste entre les deux fenêtres, l'une sombre et triste l'autre colorée et accueillante
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C


Un contraste encore plus frappant quand on sait que les maisons sont face à un hôpital...



A
comme c'est bien formulé ! on ne voit que très rarement la misère qui est à notre porte.

bravo pour ce message et bonne soirée
arielle
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C


Merci, Arielle, ce n'est que trop vrai, qu'on ne voit pas le "sombre" à notre porte.



J
Très beau contraste.
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C


Merci, Jackie.



K
Heureuse découverte fortuite de ce blog en cherchant Nantes... Hop, bien au chaud dans mes favoris;
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C


Kalalou, là, vous me faites vraiment plaisir ! merci ! Et à bientôt je l'espère.



N
Magritte, oui. J'aime bien ce voisinage, de la mixité sociale?
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C


Franchement, je ne sais pas, je passe depuis longtemps sous ces fenêtres sans avoir pu apercevoir les habitants...



R
Brel, bien évidemment, vers qui s'envola ma première pensée.
Puis, immédiatement après - pardonnez ce petit chauvinisme - Magritte. Incontournable ici.

Vous avez en effet vraisemblablement remarqué combien dans toute son oeuvre il décline le thème des fenêtres, qu'elles soient "ouvertes ou fermées", comme les portes chez Musset, - portes
d'ailleurs aussi très présentes dans le parcours philosophico-poético pictural du peintre belge - ; qu'elles soient entassées, toutes identiques, aveugles, comme dans "La Poitrine" :

http://www.google.fr/search?hl=fr&q=Magritte+poitrine&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.&biw=1024&bih=602&um=1&ie=UTF-8&tbm=isch&source=og&sa=N&tab=wi&ei=aDxIUOuaN8Wn0QWMzYH4Cw

; ou, plus abondamment encore, qu'elles donnent sur un paysage, monde extérieur qu'il propose en double vue grâce à la présence d'une toile à l'avant-plan, artifice qui débouche sur une
intéressante interrogation à propos de l'ambiguïté de la relation entre espace réel et espace représenté.
Je pense, entre autres multiples exemples, à "La Condition humaine", I ou II :

http://bleudecobalt.typepad.com/photos/fenetre_avec_vue/magritte---la-condition-humaine-ii-1935.html


Un autre lien, pour ceux de vos lecteurs qui n'auraient plus en mémoire ce thème des fenêtres abondamment décliné par Magritte :

http://www.google.fr/search?hl=fr&cp=17&gs_id=rx&xhr=t&q=Magritte+fen%C3%AAtres&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.&biw=1024&bih=602&um=1&ie=UTF-8&tbm=isch&source=og&sa=N&tab=wi&ei=TDpIUP-cFMfB0QXJ3YGYDQ
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C


C'est très juste, on peut penser à Magritte.
Brel, j'y ai pensé aussi, mais - j'insiste - j'ai préféré Gershwin, pour le croisement des lignes mélodiques joyeuses et mélancoliques, et le "tumulte" des bruits urbains : je trouve qu'Un
Américain à Paris est un merveilleux témoignage musical de la vie urbaine.


Merci pour toutes ces remarques très intéressantes et utiles ! 



C
Bonsoir Carole,
C'est un sourire, cette fenêtre!
Une offrande pour le regard...
Les façades sont des émulsions de vie. Dans l'océan urbain,j'aime contempler les fenêtres qui sont autant de visages...
Une fois encore, merci pour ce très beau texte qui attise mes songes.
Belle soirée, bises chaleureuses
Cendrine
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C


Elle sourit dans la rue sombre, face au vieil hôpital qui se trouve de l'autre côté... Merci, Cendrine, je suis toujours si heureuse de tes passages sur mon blog.



M
C'est drôle, moi je me pose souvent des questions lorsque je passe sous les fenêtres du quartier, surtout quand elles sont éclairées la nuit tombée et que l'on aperçoit comme une ombre de vie, une
ébauche de réponse...
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C


A la nuit tombée, moi aussi, j'adore ça : je trouve qu'on a toujours envie d'entrer dans une maison éclairée...



E
je préfère penser
Qu´une fenêtre fermée
Ça ne sert qu´à aider
Les amants à s´aimer

http://www.dailymotion.com/video/x33f09_jacques-brel-les-fenetres_music
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C


La chanson est sur deezer aussi. C'est marrant que tu m'en parles, car j'avais pensé à la mettre en écoute, avant de prendre finalement Gershwin... (à cause du beau "tumulte" du début et de
l'alternance des rythmes, à l'image des vies qui se côtoient en ville).



J
En passant devant de belles maisons, je me demande souvent si ce qui s'y vit est aussi beau . Ne pas se fier aux apparences, elles sont si souvent trompeuses ! Bonne soirée Carole. Joëlle
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C


Moi, Joëlle, je m'amuse à imaginer toutes sortes de vies, des bouts de roman, heureux, malheureux...


Merci et à bientôt.



@
Cette façade, sourit, respire le beau, le soleil et la vie !
@nnie
Ils se sentent bien à l'intérieur !
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C


Je ne sais pas... justement ! Mais ce "soleil" contraste si fort avec le noir environnant qu'il "fallait" que je le montre et que j'en parle. Il faut dire que ces maisons se trouvent dans une rue
que je prends pour aller travailler, et que je vois sans cesse.



J
Bonsoir Carole ! Oserais-je dire tels proprios telle maison, je crois que oui... Ceux qui aiment leur chez soi et le bichonnent et les autres... C'est un peu comme à Venise, le beau côtoie le laid
aussi... Texte bien imagé en mots... comme tjs !
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C


Oui, ou peut-être, plus exactement, la maison reflète-t-elle l'image qu'on veut donner de soi - ce qui est une bonne indication sur les "proprios", mais pas suffisante en elle-même... merci pour
l'idée des "images en mots" (si seulement c'était vraiment possible... !)