Les échafaudages de la cathédrale

Publié le par Carole Chollet-Buisson

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On a dressé un nouvel échafaudage contre le mur de la cathédrale. Cela m'a vraiment fait plaisir... Car, voyez-vous, c'est si étrange à dire, peut-être ne me comprendrez-vous pas... : comme tout le monde j'admire le travail des tailleurs de pierre, lorsqu'il apparaît au grand jour, et pourtant... pourtant elle me plaît davantage, la vieille cathédrale, dans ses atours de chantier, soutenue de ces tours de métal, de ces balustrades de bois, de ces voiles de plastique, de ces contreforts d'escaliers et de passerelles dont on avait cru bon, pour quelques mois, de la débarrasser.

Il y a dix ans, quinze ans, cent ans, deux cents ans , cinq cents ans, mille ans peut-être - plus personne ne sait - que la cathédrale est habillée d'échafaudages. Il ne peut pas en être autrement.

On la restaure, on la retape, on la recrée sans fin, bergère usée que la guerre amputa, qu'un incendie défigura et que chaque jour ride de crasse et de mousses. Par pans tout blancs et dentelés, elle montre parfois son charmant minois refait à neuf, et l'on repose l'échafaudage un peu plus loin, car il reste encore bien du travail - dix ans, quinze ans, cent ans, mille ans - personne ne sait plus ce que les journaux avaient annoncé -. Mais j'ai confiance, j'espère, - non, je sais que la cathédrale sera toujours ainsi, en travaux, en chantier, qu'on ne la dépouillera jamais tout à fait de ses échafaudages.

Comme la Sagrada Familia de Gaudi, fidèle à l'espérance placée dans ces plans médiévaux que les maîtres d'oeuvre ne concevaient que pour les transmettre à d'autres maîtres d'oeuvre, c'est ainsi qu'elle doit nous apparaître : en travaux, en devenir, à jamais inachevée, absurde et lente, soutenue de projets et de tiges, légère comme une flamme sous l'armature de fer, forte comme un arbre planté dans la terre, et grimpant vers le ciel sur l'échelle des hommes - semblable à la foi des enfants, à l'élan des artistes. Comme toute oeuvre véritable - work in progress. 

Publié dans Nantes

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Richard LEJEUNE 06/11/2012 15:11

"... l'évolution des travaux, très lente, est belle à suivre ...", m'écrivez-vous.

Là il faudra que vous m'expliquiez comment il est possible de voir cette évolution des mois entiers cachée derrière tous ces paravents métalliques ou de tissus.

"Lorsqu'on est touriste (...) on a une exigence de perfection esthétique ..."

Bien évidemment : or en tant que touriste et, accessoirement historien, je me retrouve souvent extrêmement frustré d'être privé de cette perfection esthétique qui, pour moi, et dans ce cas précis,
ressortit au seul travail des bâtisseurs de cathédrales médiévaux.

"... mais la perfection se bâtit peu à peu, chaque jour, dans un effort souvent "laid"..."

A quelle perfection faites-vous allusion ?
A mes yeux, il ne s'agit nullement de perfection - elle a existé, oui, avant, mais le temps (ou les hommes) l'ont mise à mal. D'où la nécessité d'une réfection, mal nécessaire, - et vous savez
comme moi que les résultats contemporains ne sont pas toujours à la hauteur du talent des artistes d'antan ; mais je vous accorde que c'est un autre vaste débat ! -, mal obligatoire si l'on veut
encore sauver ce qui peut, ce qui doit l'être mais qui nous contraint à devoir supporter trop longtemps cet "effort", non pas souvent, mais toujours extrêmement laid.


Merci d'avoir pris la peine de lire mes propos que je pressentais enclins à quelque peu vous perturber et, surtout, de poursuivre cet intéressant dialogue.

Carole 06/11/2012 15:17



Vastes questions... ! disons que j'aime bien les travaux du bâtiment, et que je regarde souvent les ouvriers aller et venir sur leurs échafaudages, leurs gestes professionnels ont pour moi une
forme d'élégance. 


En fait, je trouve que leur labeur quotidien ressemble à celui des artistes : beaucoup de temps passé, beaucoup de travail caché, peu de résultats visibles... et que c'est ainsi que les choses
doivent être : "work in progress". En outre, il est merveilleux qu'il y ait encore quelques crédits pour l'entretien des vieilles pierres, vous ne trouvez pas ?


Mais j'arrête là le débat, aussi intéressant (et infini) soit-il, car je dois sortir... A bientôt, passez un bon après-midi.



Richard LEJEUNE 06/11/2012 12:45

Entièrement d'accord avec vous, Carole : mais là, vous intellectualisez.
Personnellement, je me plaçais en tant que touriste lambda qui, très terre à terre, vient découvrir les détails d'une une architecture romane ou gothique et auquel ne sont offerts que des
"ascenseurs" métalliques du plus laid effet.

Carole 06/11/2012 14:31



Non, ce n'est pas aussi "intellectuel" que vous le dites : je passe souvent près de cette cathédrale (je travaille dans une rue voisine), et l'évolution des travaux, très lente, est belle à
suivre. Lorsqu'on est touriste, on voit le monde autrement, on le change en "décor" du seul fait qu'on est devenu un touriste, et on a une exigence de perfection esthétique, mais la perfection se
bâtit peu à peu, chaque jour, dans un effort souvent "laid"...



Richard LEJEUNE 06/11/2012 09:01

De retour de vacances, je commence la lecture de vos articles quotidiens par celui-ci.
Et d'emblée, m'engage fougueusement en sens inverse de tous les commentaires qui vous ont été adressés : c'est extrêmement laid de voir ces échafaudages métalliques qui recouvrent, encadrent, donc
défigurent tout ou partie des cathédrales.

Certes, de réfection elles ont besoin : mais avec des matériaux plus aérés, moins enveloppant, de manière qu'à travers eux la pierre millénaire nous soit encore visible ...

Carole 06/11/2012 12:27



Certes, ces matériaux aérés seraient souhaitables et sans doute existeront un jour. Mais, en l'état actuel des choses, je les aime, ces échafaudages, pour ce qu'ils représentent d'effort vers
plus de beauté, pour le travail des tailleurs qu'on entend lorsqu'on passe, et pour cette idée qu'il n'y a de "cathédrale" qu'en construction.



Gérard Méry 30/10/2012 00:26

A Tours c'est la même chose, j'ai travaillé 25 ans avec la vue d'échafaudages le long de la cathédrale...je crois qu'ils sont toujours en place en tournant autour.

Carole 03/11/2012 17:30



Saint-Gatien ! une pensée émue pour cette belle cathédrale de là-bas - qui fut un jour chez moi !



zadddie 30/10/2012 00:03

oui, je me répète: belle tournure d'esprit

Carole 03/11/2012 17:29



"Tournure", sans doute... je fais un peu tourner les idées, jusqu'à ce qu'elles penchent plutôt vers le beau que vers le laid, vers l'espoir que vers le néant... pas toujours simple, d'être
tourneur d'idées !



Valentine :0056: 29/10/2012 23:20

La photo est bien prise ! Et en effet, ton commentaire est plein de bon sens... Bonne nuit, Carole.

Carole 03/11/2012 17:28



Une photo en contreplongée !



Hélène Carle 29/10/2012 22:57

Symbole du cheminement sans cesse croissant vers le plus grand de soi, la cathédrale a toujours été enseignement, dans sa pierre, dans sa chair. J'aime admirer sa constante évolution, son
adaptation au maintenant, voir qu'elle aussi peut avancer même en béquilles et que de ce fait, elle est des nôtres, parmi nous.

Hélène*

Carole 03/11/2012 17:26



Merci pour ce beau commentaire, Hélène.



mansfield 29/10/2012 19:04

La marche du temps se lit das ces échafaudages ce qui est rassurant bien sûr et le devenir aussi. Une cathédrale c'est vivant, alors ça se refait le portrait pour séduire et accompagner les hommes,
une idée que j'aime beaucoup!

Carole 03/11/2012 16:58



Etre bâtie, rebâtie, c'est le destin de toute oeuvre lancée dans le temps - sinon elle meurt.



MARIE 29/10/2012 18:30

Oh j'ai cru que c'était un ascenseur vers d'autres cieux !...
Bon, plaisanterie mise à part, c'est vrai que la propre d'une cathédrale, c'est d'être toujours en travaux, vitre d'un savoir faire, témoin de la générosité des donateurs, symbole de foi...

Carole 29/10/2012 21:11



C'est vrai : la cathédrale de Nantes est si haute que les échafaudages prennent toujours des allures d'ascenseur. J'aime bien l'idée d'"ascenseur vers le ciel".



Nounedeb 29/10/2012 18:07

Un cathédrale vivante!

Carole 03/11/2012 16:48



Work... in progress !



les cafards 29/10/2012 18:00

un sacré job !

Carole 03/11/2012 16:40



sacré farceur !



Nais' 29/10/2012 13:55

Bonjour Carole !
Cette batisse semble pourtant bien solide vue en contre-plongee.. Il est des batiments qu'on ne peut pas imaginer sans ses renforts, je connais ce sentiment moi aussi !
Bises, bonne journee !

Carole 03/11/2012 16:21



Solide, oui, mais bien abîmée tout de même (après un incendie...). Merci, Nais'



michèle 29/10/2012 09:45

Je trouve aussi que l'échafaudage semble déjà faire partie du batiment, un genre d'extension.
La contreplongée est très esthétique.

Carole 02/11/2012 23:59



J'ai cherché à obtenir l'effet "maximal" de contreplongée en m'agenouillant au bas du mur. Je voulais montrer la cathédrale dans toute sa hauteur. Merci, Michèle.



joelle.colomar.over-blog.com 29/10/2012 08:54

La cathédrale qui nous habite aussi restera toujours en chantier : oeuvre d'une vie. Amitié. Joëlle

Carole 29/10/2012 17:47



Merci pour ce beau commentaire, qui fait vraiment écho à mes pensées. A bientôt, Joëlle.



jill bill 29/10/2012 07:50

Bonjour Carole ! Ces échaufaudages deviennent comme une seconde peau... En faire le tour côté rénovation prend des années et des années... J'en connais aussi !! Comme certains châteaux il est des
patrimoines qui sont titanesque dans leur maintenance... Merci...

Carole 29/10/2012 21:39



En effet, c'est le propre des "grands" monuments. Mais c'est aussi une façon pour eux d'accompagner sans fin l'effort des hommes de ce monde.



louv' 29/10/2012 07:21

Chez moi aussi il y a une cathédrale en travaux...depuis toujours. Ces vieilles dames ont un grand souci de l'esthétisme, on dirait. A moins que ce sont les hommes qui ne supportent pas le temps
qui passe...
Bonne journée Carole.

Carole 29/10/2012 21:14



C'est, je crois, le propre des cathédrales : oeuvres sans fin, on les fait, puis on les refait...