Les cormorans

Publié le par Carole

 
Au bord de l'Erdre lente, aux rives de la ville, nichent les cormorans. Hiératiques et sombres comme des divinités anciennes, ils attendent. Les yeux levés, le cou tordu, ils ont toujours l'air de vouloir déchiffrer, aux longs cartouches blancs que dessinent là-haut le sillage des avions et des nuages fugitifs, des phrases invisibles, de mystérieux signaux.
Et les arbres des rives chargés de ces cormorans immobiles semblent de grands chandeliers sombres enfoncés dans la terre face aux bateaux qui passent, d'étranges sémaphores, plantés sur la rive du monde pour avertir ceux qui passent  - de quelle obscure menace, là-haut, que leur déroberait le bleu du jour et la douceur des berges ?
Parfois, un des oiseaux s'envole et rase l'eau pour attraper un poisson dans un sillon boueux du flot qui se referme. On se sent soulagé, on se dit que ce n'est après tout qu'un oiseau pêcheur, un banal cormoran, venu de la mer, retiré dans les terres, un dévoreur de poissons, un glouton comme un autre.
Puis l'oiseau revient, sans bruit se percher sur la rive, pour guetter, immobile et sombre, le ciel si bleu qui nous paraît de nouveau traversé de nuages, de sillages et d'angoisses.
Que pourraient donc savoir les oiseaux, que les hommes ignorent encore ?

Publié dans Nantes

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Dan 19/09/2012 09:08

Ce qu'ils savent que nous ignorons? Peut-être l'équilibre ou l'envol ou .... quelle question!
Jonathan le magnifique le cherche encore ce joyaux-là!
La connaissance intrinsèque se nicherait-t-elle au centre de l'altérité ?
J'aime la profondeur de ta question ouvertes aux quatre vents...

Carole 20/09/2012 18:44



J'avais pensé à Jonathan, c'est vrai. Merci, Dan.



Erato :0059: 31/08/2012 20:45

Ton regard est merveilleux, il sait voir au-delà. Tes mots ont magnifiquement traduit cette vie de cormorans .Comme tu le dis , que savent-ils que nous ne savons pas ?Beaucoup de choses , je pense!
Douce soirée, bises Carole

Carole 04/09/2012 17:37



Merci, Erato, toi aussi tu sais écouter les oiseaux.



Lorraine 31/08/2012 16:03

Ces guetteurs au cou tordu, en effet, que cherchent-ils? Pourquoi cette garde perchée, que savent-ils que nous ignorons? Que lisent-ils que nous ne voyons pas? Qu'ont-ils appris de la mer qu'ils
taisent aux humains? Après toi, je m'interroge. En vain! Bonne soirée, Carole.

Carole 03/09/2012 23:21



Ces oiseaux m'ont toujours intriguée, mais je n'ai pas les réponses... Merci, Lorraine.



Balladine 31/08/2012 11:30

On les aperçoit maintenant dans les terres, j'en ai vu l'hiver dernier près de chez moi en Ile de France, ces grands oiseaux posés sur une branche, se font sécher les ailes, leur position en
étendard est bien particulière. Merci pour ce beau texte. Bonne journée

Carole 03/09/2012 21:35



Je ne savais pas qu'ils remontaient jusqu'en Ile de France ! 



emma 31/08/2012 09:21

c'est vrai qu'il est hiératique et du coup je suis allée voir quels rôles il joue dans les mythologies. un peu déçue, je lui aurais imaginé plus de présence - mais quand même il a eu maille à
partir avec Noé, à qui il doit sa couleur noire en guise de punition

Carole 03/09/2012 21:32



Tu vois... ça va se nicher jusque dans l'arche !



Hélène Carle 30/08/2012 23:15

Être rassuré sur notre supériorité, cela apaise les humains. Pourtant...

Hélène*

Carole 03/09/2012 21:31



Pourtant, oui, il y aurait tant à dire... mais une autre supériorité des cormorans est leur silence, alors, je ne dis plus rien...



Gérard Méry 30/08/2012 22:55

...et ils peuvent recevoir..il reste une place sur une branche

Carole 03/09/2012 00:10



Tu remarques tout. Je n'ai jamais réussi à trouver l'arbre que je cherchais, où toutes les branches auraient été couronnées d'un cormoran...



joelle.colomar.over-blog.com 30/08/2012 18:15

Ils doivent sûrement savoir plein de choses car les hommes ne cessent d'étudier encore et encore sans jamais avoir fini. La vérité d'hier est souvent remise en cause aujourd'hui ! Amitié. Joëlle

Carole 03/09/2012 00:09



C'est vrai. Et eux savent tout d'emblée, forcément.



Nounedeb 30/08/2012 17:58

Inquiétants guetteurs, tu les saisis, et dépeints, entre ciel et terre, entre vie et mort, à la lisière du fantastique.

Carole 03/09/2012 00:09



C'est ce que j'ai essayé de faire, oui, me tenir au bord du fantastique. Merci, Nounedeb, pour ta lecture attentive.



jill-bill.over-blog.com 30/08/2012 10:59

Bonjour Carole ! Belle interprétion par le cliché... Cette fourche leur refuge de chasseur, dénudée, semble être l'idéal obvervatoire... le plongeoir au bord de l'étang puisque éloigné de la mer...
Comme les mouettes par chez moi faisant des flaques blanches au pré... venus aussi se perdrent à l'intérieur des terres... mystère ! Merci...

Carole 03/09/2012 00:08



Les mouettes, on les voit depuis toujours, mais les cormorans sont venus plus récemment, et sont plus hiératiques, plus mystérieux, je trouve.