Bancs d'automne

Publié le par Carole

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"Le désespoir est assis sur un banc" - Jacques Prévert
 
 
Par ces jours bruineux d'automne, on ne vient plus guère au jardin, qui lentement se dévêt, tournoyant dans ses feuilles et se poudrant d'or mat.
Et plus personne ne s'assied sur les bancs humides et noircis.
Sauf eux.
Des hommes, des femmes aussi, âgés, pauvrement vêtus, solitaires.
Ils attendent. Ils restent là longtemps, à regarder sans rien dire les oiseaux et les arbres, les fleurs aux yeux mouillés et les étangs troués de pluie, à suivre du regard les feuilles qui dansent lentes avec le vent, puis tombent épuisées sur les chemins déserts qui ne vont qu'en tournant.
 
Pourtant, ce n'est pas le désespoir qui les assied sur leur banc, dans la pluie et le froid - car il y a dans le désespoir encore toute l'ardente énergie de l'espoir, se renversant vers le néant. 
C'est bien plutôt la résignation. Et cette solitude, si vaste, si lourde sur leurs épaules, qu'elle les oblige à venir s'asseoir là, et à attendre, quand le jardin fait route vers l'hiver.
Comme si l'attente était la dernière promesse de la vie.
Une façon d'aller encore, quand on ne sait plus où.

 

Publié dans Fables

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ADAMANTE 29/10/2013 21:44

À moins que ce ne soit l'écoute qui les motive, ce silence laissé par les hommes fuyant l'humidité, laissant parole à la nature, celle que l'on entend bien qu'avec l'oreille du cœur et qui dit "tu
n'es pas seul(e). Ce charme apparaît bien dans ta photo.

Cendrine 29/10/2013 01:24

Profonde solitude alors que virevoltent les feuilles à la peau d'or... L'or de l'automne se confond avec les brumes du coeur. Terrible résignation qui, je l'espère, pourra être soufflée par le vent
de tempête et apaisée par la chaleur humaine.
Bon courage Carole, j'espère que tout se passe bien pour toi.
Cendrine

lorraine 28/10/2013 09:41

Comme tu as bien saisi la solitude des personnes âgées, celles qui viennent dans les parcs respirer encore un peu le temps qui passe, l'odeur des feuilles mortes et toute la nostalgie qu'ils
cachent sous leur apparente indifférence.

(Je découvre seulement maintenant que tu es hospitalisée. Je te souhaite une prompte guérison, chère Carole, et ton retour vers nous, quand tu le pourras.)
Pensée amicale,
Lorraine

Joëlle Colomar 28/10/2013 09:03

Que de déchirantes solitudes abritent nos villes ! Ces personnes vont-elles plus tôt que d'autres à la rencontre d'elles-mêmes? Amitiés. Joëlle

FAN 27/10/2013 16:43

Toujours dans la tristesse et la nostalgie!! Pas besoin d'un parc et d'un banc pour se sentir seul et abandonné et la résignation n'a pas besoin de décor, elle est au fond, au tréfonds de l'être
qui souffre!! A quand un peu d'espoir?? BISOUS FAN

mansfield 27/10/2013 14:20

Le fardeau de l'extrême vieillesse est vraiment bien rendu dans ce texte de saison!

almanitoo 27/10/2013 11:35

Celui qui marche dans ce beau parc a besoin de solitude, pour se ressourcer, mais celui qui s'assied est certainement résigné oui, hélas, ils sont de plus en plus nombreux à ne plus rien attendre.

jamadrou 27/10/2013 11:31

Quand arrive l'automne j'aime aller m'asseoir sur mon banc au fond du jardin et souvent quand je ferme les yeux je vois mon père et "son ninas au bec" ou je vois Prévert et sa casquette
"un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe"...

"Si vous l’écoutez
Il vous fait signe et rien ni personne
Ne peut vous empêcher d’aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit"....

"Des oiseaux s’envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux."

Oui quand arrive l'automne, je pense à l'hiver.

jill bill 27/10/2013 11:21

J'ai relu avec plaisir ce banc de la solitude... Merci, jill

Erato :0059: 04/11/2012 18:21

Texte très touchant ... Une attente d'un regard, d'un échange , d'une main tendue dans la solitude du moment .
La nature permet et offre un moment plus serein que le pavé du trottoir .
Belle soirée Carole

Carole 08/11/2012 00:27



Et elle est si accueillante dans ces beaux parcs. Mais la solitude reste bien lourde à vivre.



Catheau 27/10/2012 22:23

Se résigne-t-on jamais vraiment ? "On décide de se taire, c'est tout", dit Gilles Archambault.

Carole 28/10/2012 22:45



Oui, et dans le silence, peu à peu, on disparaît, on s'efface. De lentes tragédies.



MARIE 27/10/2012 15:29

Vieillir en ville est quelque chose d'extrêmement triste, à la campagne il y a toujours quelque chose à faire, nourrir les poules, tailler quelques haies... on se sent encore vivants et utiles...
très beau texte !

Carole 28/10/2012 23:10



C'est très juste, ce que tu dis là. En ville, la solitude a quelque chose d'effrayant. Et elle est si fréquente...



zadddie 27/10/2012 12:38

dans le desespoir , toute l'energie ardente de l'espoir.... ça me laisse pensive..

Carole 28/10/2012 23:10



C'est ainsi, du moins, que je le perçois. Peut-être parce qu'en fait je n'arrive jamais à perdre vraiment espoir ?



Nais' 27/10/2012 09:45

Bonjour Carole !
Sublime ce texte, ô combien mélancolique... Je trouve cette solitude à la fois triste et romantique.
Bises, bon week-end !

Carole 28/10/2012 23:09



Je traverse presque tous les jours ce parc, et je suis, à chaque fois, attristée par ces gens qui attendent, seuls, par tous les temps. En même temps, je sais qu'ils viennent chercher là le
réconfort de la nature, de la beauté, et que les bancs sont un peu leurs amis.



armide+Pistol 27/10/2012 08:05

Un peu mélancolique ...Je pense que ces personnes trouvent encore plaisir et apaisement au contact de la simplicité et de la sérénité.

Carole 02/11/2012 22:51



Le parc est si beau qu'il peut consoler en effet bien des coeurs souffrants. Mais la solitude n'en reste pas moins évidente. Merci, Armide.



Gerard 26/10/2012 23:35

Une vie mon automne une vie. Isolée

Carole 02/11/2012 22:42



monotone, c'est la rime d'automne ! Merci, Gérard.



Valentine :0056: 26/10/2012 22:03

Magnifique texte : un véritable poème en prose... Bravo Carole.

Carole 02/11/2012 22:37



Merci de ce commentaire, il me touche car je travaille autant que possible dans la direction du poème en prose. Non sans peine peut-être.



Plume 26/10/2012 19:56

"Aller encore, quand on ne sait plus où", quand son appétit de vivre a déserté ... une mort lente . Je pense à la chanson de Jacques Brel, les vieux ...
Quelle profonde analyse de ce mal de l'isolement et de la résignation ...
Merci Carole, Plume .

Carole 02/11/2012 22:32



En effet, la chanson de Brel dit bien (mieux !) cela. Je pourrais peut-être la mettre en lien par l'intermédiaire de Deezer. Merci, Plume, à bientôt.



Nounedeb 26/10/2012 17:38

Une belle réflexion. Effectivement, il y a dans le désespoir une énergie, qui n'est plus dans la résignation. On voudrait les briser, pour désigner un résespoir.

Carole 02/11/2012 22:29



un résespoir, cela me plaît beaucoup - espoir de résilience ou de résurrection ?



mansfield 26/10/2012 17:12

Un beau regard posé sur ses résignés de la vie, avant qu'ils ne s'enferment dans le froid de l'hiver.

Carole 02/11/2012 22:28



Le froid est déjà en eux, j'en ai peur. Merci, Mansfield, à bientôt.



Hélène Carle 26/10/2012 13:17

Ils reconnaissent cet espace entre deux choses, deux moments, ¨l'entre-changement¨ qui n'est pas encore l'antre du changement. Au large de toute rive, ils se reconnaissent dans cette marge.

Hélène*

Carole 02/11/2012 17:52



Dernier rivage pour les échoués de la vie... Ils me font tant de peine quand je les vois sur leurs bancs.



valdy 26/10/2012 12:49

Une écriture profonde et magnifique de justesse, de pudeur et de poésie.
Cette énergie de l'espoir dans le désespoir, un oxymore tout en clair-obscur. Admirable ...

Carole 02/11/2012 17:47



Merci, Valdy, ton compliment me touche infiniment. 



emma 26/10/2012 10:01

oui bien sur, en te lisant je trouvais qu'il y a une différence entre "désespoir" dans lequel la révolte a encore sa place, et "désespérance" où il n'y a plus rien

Carole 02/11/2012 17:41



Je pense qu'il y a une grande différence en effet. Et que les plus malheureux sont souvent ceux qui ne sont plus capables de se révolter.



Joëlle Colomar 26/10/2012 08:27

Terrifiante ou bienheureuse solitude. Je crois que la deuxième touche bien des êtres jusqu'à l'isolement. La nature, toujours aussi généreuse leur sert de compagne. Amitié. Joëlle

Carole 01/11/2012 21:13



Elle est douce et cruelle à la fois, cette solitude, et finalement, tôt ou tard, c'est notre lot à tous.



jill bill 26/10/2012 07:46

Bonjour Carole... Chose qu'on voudrait ne plus voir, comme la misère, cette solitude des bancs publics... pour ne pas rester seul chez soi, préférant être seul là, parmi les feuilles mortes de
l'automne.... Merci...

Carole 01/11/2012 21:12



Je pense que tu as tout dit, Jill. C'est pour cela que j'ai parlé de "résignation", face à cette solitude que plus rien ne semble pouvoir vaincre, qu'on "traîne" au-dehors avec soi.