Bancs d'automne

Publié le par Carole

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"Le désespoir est assis sur un banc" - Jacques Prévert
 
 
Par ces jours bruineux d'automne, on ne vient plus guère au jardin, qui lentement se dévêt, tournoyant dans ses feuilles et se poudrant d'or mat.
Et plus personne ne s'assied sur les bancs humides et noircis.
Sauf eux.
Des hommes, des femmes aussi, âgés, pauvrement vêtus, solitaires.
Ils attendent. Ils restent là longtemps, à regarder sans rien dire les oiseaux et les arbres, les fleurs aux yeux mouillés et les étangs troués de pluie, à suivre du regard les feuilles qui dansent lentes avec le vent, puis tombent épuisées sur les chemins déserts qui ne vont qu'en tournant.
 
Pourtant, ce n'est pas le désespoir qui les assied sur leur banc, dans la pluie et le froid - car il y a dans le désespoir encore toute l'ardente énergie de l'espoir, se renversant vers le néant. 
C'est bien plutôt la résignation. Et cette solitude, si vaste, si lourde sur leurs épaules, qu'elle les oblige à venir s'asseoir là, et à attendre, quand le jardin fait route vers l'hiver.
Comme si l'attente était la dernière promesse de la vie.
Une façon d'aller encore, quand on ne sait plus où.

 

Publié dans Fables

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A
À moins que ce ne soit l'écoute qui les motive, ce silence laissé par les hommes fuyant l'humidité, laissant parole à la nature, celle que l'on entend bien qu'avec l'oreille du cœur et qui dit "tu
n'es pas seul(e). Ce charme apparaît bien dans ta photo.
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C
Profonde solitude alors que virevoltent les feuilles à la peau d'or... L'or de l'automne se confond avec les brumes du coeur. Terrible résignation qui, je l'espère, pourra être soufflée par le vent
de tempête et apaisée par la chaleur humaine.
Bon courage Carole, j'espère que tout se passe bien pour toi.
Cendrine
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L
Comme tu as bien saisi la solitude des personnes âgées, celles qui viennent dans les parcs respirer encore un peu le temps qui passe, l'odeur des feuilles mortes et toute la nostalgie qu'ils
cachent sous leur apparente indifférence.

(Je découvre seulement maintenant que tu es hospitalisée. Je te souhaite une prompte guérison, chère Carole, et ton retour vers nous, quand tu le pourras.)
Pensée amicale,
Lorraine
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J
Que de déchirantes solitudes abritent nos villes ! Ces personnes vont-elles plus tôt que d'autres à la rencontre d'elles-mêmes? Amitiés. Joëlle
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F
Toujours dans la tristesse et la nostalgie!! Pas besoin d'un parc et d'un banc pour se sentir seul et abandonné et la résignation n'a pas besoin de décor, elle est au fond, au tréfonds de l'être
qui souffre!! A quand un peu d'espoir?? BISOUS FAN
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M
Le fardeau de l'extrême vieillesse est vraiment bien rendu dans ce texte de saison!
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A
Celui qui marche dans ce beau parc a besoin de solitude, pour se ressourcer, mais celui qui s'assied est certainement résigné oui, hélas, ils sont de plus en plus nombreux à ne plus rien attendre.
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J
Quand arrive l'automne j'aime aller m'asseoir sur mon banc au fond du jardin et souvent quand je ferme les yeux je vois mon père et "son ninas au bec" ou je vois Prévert et sa casquette
"un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe"...

"Si vous l’écoutez
Il vous fait signe et rien ni personne
Ne peut vous empêcher d’aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit"....

"Des oiseaux s’envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux."

Oui quand arrive l'automne, je pense à l'hiver.
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J
J'ai relu avec plaisir ce banc de la solitude... Merci, jill
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E
Texte très touchant ... Une attente d'un regard, d'un échange , d'une main tendue dans la solitude du moment .
La nature permet et offre un moment plus serein que le pavé du trottoir .
Belle soirée Carole
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C


Et elle est si accueillante dans ces beaux parcs. Mais la solitude reste bien lourde à vivre.



C
Se résigne-t-on jamais vraiment ? "On décide de se taire, c'est tout", dit Gilles Archambault.
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C


Oui, et dans le silence, peu à peu, on disparaît, on s'efface. De lentes tragédies.



M
Vieillir en ville est quelque chose d'extrêmement triste, à la campagne il y a toujours quelque chose à faire, nourrir les poules, tailler quelques haies... on se sent encore vivants et utiles...
très beau texte !
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C


C'est très juste, ce que tu dis là. En ville, la solitude a quelque chose d'effrayant. Et elle est si fréquente...



Z
dans le desespoir , toute l'energie ardente de l'espoir.... ça me laisse pensive..
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C


C'est ainsi, du moins, que je le perçois. Peut-être parce qu'en fait je n'arrive jamais à perdre vraiment espoir ?



N
Bonjour Carole !
Sublime ce texte, ô combien mélancolique... Je trouve cette solitude à la fois triste et romantique.
Bises, bon week-end !
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C


Je traverse presque tous les jours ce parc, et je suis, à chaque fois, attristée par ces gens qui attendent, seuls, par tous les temps. En même temps, je sais qu'ils viennent chercher là le
réconfort de la nature, de la beauté, et que les bancs sont un peu leurs amis.



A
Un peu mélancolique ...Je pense que ces personnes trouvent encore plaisir et apaisement au contact de la simplicité et de la sérénité.
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C


Le parc est si beau qu'il peut consoler en effet bien des coeurs souffrants. Mais la solitude n'en reste pas moins évidente. Merci, Armide.



G
Une vie mon automne une vie. Isolée
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C


monotone, c'est la rime d'automne ! Merci, Gérard.



V
Magnifique texte : un véritable poème en prose... Bravo Carole.
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C


Merci de ce commentaire, il me touche car je travaille autant que possible dans la direction du poème en prose. Non sans peine peut-être.



P
"Aller encore, quand on ne sait plus où", quand son appétit de vivre a déserté ... une mort lente . Je pense à la chanson de Jacques Brel, les vieux ...
Quelle profonde analyse de ce mal de l'isolement et de la résignation ...
Merci Carole, Plume .
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C


En effet, la chanson de Brel dit bien (mieux !) cela. Je pourrais peut-être la mettre en lien par l'intermédiaire de Deezer. Merci, Plume, à bientôt.



N
Une belle réflexion. Effectivement, il y a dans le désespoir une énergie, qui n'est plus dans la résignation. On voudrait les briser, pour désigner un résespoir.
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C


un résespoir, cela me plaît beaucoup - espoir de résilience ou de résurrection ?



M
Un beau regard posé sur ses résignés de la vie, avant qu'ils ne s'enferment dans le froid de l'hiver.
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C


Le froid est déjà en eux, j'en ai peur. Merci, Mansfield, à bientôt.



H
Ils reconnaissent cet espace entre deux choses, deux moments, ¨l'entre-changement¨ qui n'est pas encore l'antre du changement. Au large de toute rive, ils se reconnaissent dans cette marge.

Hélène*
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C


Dernier rivage pour les échoués de la vie... Ils me font tant de peine quand je les vois sur leurs bancs.



V
Une écriture profonde et magnifique de justesse, de pudeur et de poésie.
Cette énergie de l'espoir dans le désespoir, un oxymore tout en clair-obscur. Admirable ...
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C


Merci, Valdy, ton compliment me touche infiniment. 



E
oui bien sur, en te lisant je trouvais qu'il y a une différence entre "désespoir" dans lequel la révolte a encore sa place, et "désespérance" où il n'y a plus rien
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C


Je pense qu'il y a une grande différence en effet. Et que les plus malheureux sont souvent ceux qui ne sont plus capables de se révolter.



J
Terrifiante ou bienheureuse solitude. Je crois que la deuxième touche bien des êtres jusqu'à l'isolement. La nature, toujours aussi généreuse leur sert de compagne. Amitié. Joëlle
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C


Elle est douce et cruelle à la fois, cette solitude, et finalement, tôt ou tard, c'est notre lot à tous.



J
Bonjour Carole... Chose qu'on voudrait ne plus voir, comme la misère, cette solitude des bancs publics... pour ne pas rester seul chez soi, préférant être seul là, parmi les feuilles mortes de
l'automne.... Merci...
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C


Je pense que tu as tout dit, Jill. C'est pour cela que j'ai parlé de "résignation", face à cette solitude que plus rien ne semble pouvoir vaincre, qu'on "traîne" au-dehors avec soi.