Le vrai du faux

Publié le par Carole

porte trompe-l'oeil
 
Au n°3 de la place Fernand Soil la porte est toujours close. Bien sûr, me direz-vous, puisque c'est, comme le vieux téléviseur abandonné sur le seuil, comme la pierre de taille et les joints de ciment de l'encadrement, comme le numéro 3 lui-même, si joliment gravé dans la pierre qui n'existe pas, un trompe-l'oeil, une illusion, un faux.
Et pourtant... pourtant, regardez de plus près : sous la fausse porte en trompe-l'oeil il y a bien une vraie porte. On en distingue très nettement les gonds et les clous, et le dormant de bois est encore bien visible sous la peinture brune. Si vous observez mieux encore vous distinguerez même sur la droite le départ d'une seconde porte, parfaitement authentique elle aussi, et que le peintre a emmurée dans les pierre d'illusion de sa fresque. Bien sûr les poignées de cuivre sont fausses, et il n'est plus possible d'ouvrir, de la rue, aucune de ces deux portes, définitivement bloquées sur leur mystère.
Quant aux belles grilles de fer forgé, toutes sont feintes, évidemment, mais les grilles d'aération, laides et noires, habilement masquées par le dessin, sont bien vraies, tout comme ce bout de table que la photo a arraché à la terrasse du café voisin. Et, sur le téléviseur inexistant, le compteur électrique, avec son tag négligemment tracé, est, croyez-moi, des plus réels, malgré sa face blanche et ses coulures de peinture. Car ce numéro 3 qui n'existe pas est tout de même habité par des gens qui se chauffent et s'éclairent, comme nous.
 
Le vrai, le faux, s'entremêlent étroitement pour tisser, trame et chaîne, la tenture du décor. Le faux s'appuyant sur le vrai, le vrai se défaussant sur l'illusion, et tous deux finalement s'entendant à merveille, pour créer ce trompe-l'oeil admirable, cette porte bien close sur ses ombres, qu'on a coutume d'appeler Vérité.

 

Publié dans Nantes

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M
Que dire sinon que nos existences ont elles aussi leurs faces cachées, leurs illusions!
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L
Des ombres-vérité dont tu perces en partie le mystère, obstinée à séparer le vrai du faux, entrant ainsi de plein-pied dans l'autrefois. Un autrefois étriqué, dont tu grappilles l'inconnu à petits
bouts de détails. Nous mettant devant tes questions: le vrai, le faux, si bien entremêlés par ton texte que nous restons là, rêveurs, intéressés, un peu mélancoliques... :)

Lorraine
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F
c'est tjs étonnant les trompe-oeil
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M
Nous sommes là à l'origine de toute réflexion sur l'art.
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L
Le dernier paragraphe du texte, particulièrement, est superbe.
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M
Je relis moi aussi.. toujours impressionnée par la force de vos mots, de vos recherches qui nous font voir un autre côté de ce que l'on croit.. Et si c'était vrai ?
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A
La Vérité existe-t-elle seulement?
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A
Le texte est tout aussi fascinant que l'image, je vais de l'un à l'autre sans arrêt, je décortique les mots autant que les détails de cette vraie fausse porte, je m'y perds, mais qu'importe les
vérités.
C'est sympa d'avoir pensé à rééditer malgré tes soucis, je découvre ce texte et pourtant ce n'est pas faute d'avoir fouillé dans tes archives!
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J
Je relis avec plaisir... ;-)
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C
Passionnant regard sur les trames mystérieuses de l'espace urbain...
Quand réel et illusion s'entrelacent, affolent nos yeux et notre raison, nous glissons dans l'entre-deux, à la lisière des choses et de leur contraire et nous nous émerveillons...
Amitiés
Cendrine
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C


L'entre-deux, c'est souvent le lieu de l'écriture - ou de la photographie. Merci, Cendrine.



P
Comme le yin a besoin du yang... probablement le vrai et le faux n'existent pas l'un sans l'autre... Habile développement en forme de trompe l'oeil !
J'ai adoré !
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C


Et notre pensée, surtout, ne peut se passer ni de l'un ni de l'autre... C'est vrai que le texte est lui-même un trompe-l'oeil.



C
Un oeil qui débusque tous les faux-semblants !
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C


Si seulement c'était possible !



N
C'est toute la différence entre l'être et le paraître. Le vrai et le faux, ce que les gens croient ou voient de nous, ce que nous sommes vraiment profondément, intimement... Difficile parfois de ne
pas chercher à se protéger, ne pas avoir peur de décevoir....
Avoir tout simplement envie de fouler seul le sol de notre jardin secret...
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E
formidable travail d'artiste
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C


Oui, j'en montrerai peut-être autre chose, car la place entière est ainsi décorée.



A
Quel plaisir de te lire.
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C


Et quel plaisir de lire ce commentaire !



D
bonjour,
Merci pour cet excellent moment.
La démonstration, l'explication de la photo et le final "ce qu'on a coutume d'appeler Vérité", j'aime beaucoup ça.
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C


Merci, Dominique, à bientôt.



N
Il faut louer autant l'artiste en trompe l'oeil que que celle dont la plume, jour après jour nous fait voir le menu monde, et au delà.
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C


Là, Nounedeb, tu me fais vraiment plaisir, car tu résumes mon projet, ou plutôt mon rêve, car pourrai-je vraiment y parvenir ?



R
Réflexion à propos du Vrai et du Faux, admirablement soutenue par un trompe l'oeil remarquable ... et remarqué par votre oeil que l'on ne trompe pas !
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C


Si, justement, il se trompe souvent... et c'est bien ce qui m'incite à mieux regarder !



J
Une prouesse d'artiste que ton oeil avisé a su déceler. Si difficile de démêler le vrai du faux si intimement conçus. Belle journée à toi Carole. Amitié. Joëlle
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C


"intimement conçus", voilà une expression parfaite ! Merci, Joëlle. 



N
J'aime beaucoup les trompes l'oeil,
merci de nous avoir proposé celui-ci
particulièrement réussit et comme toujours
bien détaillé..
Bizzz
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C


Merci NanyFran. A bientôt.



Z
j'aime ce texte sans doute autant que s'il avait été écrit par Hector Obalk...bref, j'essaie de dire que je me suis délecté!
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C


Voilà un commentaire qui fait plaisir ! Merci !



H
Portes sur portes, la vérité bien gardée dans le secret des dessins réussit quand même à nous tendre la main.

Hélène*
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C


Elle n'existe que dans notre recherche, sans doute...



@
Oui, et comment déceler le vrai du faux quand on ne regarde pas assez. Je me suis faite avoir, je n'ai pas vu la grille d'aération ni le semblant d'une deuxième porte à gauche. je n'ai vu qu'une
porte.
Bonne soirée, @nnie
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C


Si cela peut te rassurer, j'étais passée devant des dizaines de fois avant de les remarquer, grâce à la pluie qui rendait les détails bien plus visibles que d'habitude...



G
Encore une image insolite, tes recherches sont fructueuses. A moitié vraie cette porte ?
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C


En fait, je passe souvent par là (c'est près d'une librairie...). Et, il y a quelques jours, à la faveur de la pluie qui avait accentué les détails, j'ai vu les gonds de la "porte", je ne les
avais pas remarqués jusqu'alors. De vrais gonds....



M
Dans la peinture comme dans la vie, difficile de déterminer ce qui fait l'être, entre ce que l'on perçoit de lui et ce qu'il donne à voir, si ce n'est par une observation attentive comme tu le dis
ici.
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C


Et parfois vérité et illusion reste entremêlées aussi...



J
Tu sais quoi Carole, j'aurai l'oeil sur tous les n°3 !!!! Merci pour ce conte city... JB
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C


Il faut toujours avoir l'oeil, Jill ! Merci.