Le ventre du papillon

Publié le par Carole

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Quand le papillon s'est posé sur la vitre, j'ai remarqué son abdomen. Il respirait comme une fleur, d'un simple frisson presque imperceptible dans la lueur du soir. Je n'avais jamais observé ainsi un ventre vivant de papillon...
Il ressemblait à la fois au corps annelé et ponctué de la chenille qu'il avait été naguère, et à la coque grise comme cendres de la chrysalide dont il venait de s'échapper.
 
Petit papillon, ai-je pensé, tu portes le fardeau qui nous échoie à tous.
L'enfance faible et maladroite, les premières saisons rampantes et balbutiantes dont tu as dû t'extraire, le passé sombre ou plein de soleil qui te façonna ce corps tendre et fragile, ces pattes de brindille. Le long effort aussi de ta métamorphose, la brûlante souffrance de ton élan vers la lumière, et cette déchirure qui te laissa si seul, parmi les débris desséchés de ton dernier abri.
Et tout cela que tu fus, et que tu es encore, pèse beaucoup plus lourd que ces ailes de soie qui s'ouvrirent dans le jour comme de longs pétales, en ce matin du monde où, te croyant libre, tu t'envolas dans la lumière.
Mais, tu sais, je te regarde ce soir derrière la vitre, et, ce corps pesant que tu traînes, je crois qu'il est aussi beau que tes ailes.

Publié dans Fables

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P
Tes mots disent exactement le pourquoi de mon pseudo...Merci à toi.
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C


Pyrausta, je trouve ton pseudo magnifique !



L
Tu nous a montré l'envers du papillon et tu as raconté son histoire. Une belle histoire un peu douloureuse, car pour devenir papillon il faut se glisser hors d'une carapace dont nous ne pensons
jamais qu'elle est lourde, contraignante pour ce petit corps à qui il pousse des ailes! C'est bien de nous faire penser aux efforts de la nature pour devenir fleur ou papillon. Tout part de presque
rien, mais les métamorphoses sont laborieuses. Merci pour cette réflexion si appropriée à la photo!
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E
Un texte magnifique et émouvant qui rend hommage à ce superbe insecte dont la vie est douloureuse et qui apporte tant de joie .Belle soirée, bises Carole
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C
"L'univers tressaille éternellement de sentir à la fois agoniser la chenille et s'éveiller le papillon", écrivait Hugo. Merci, Carole, de nous rappeler avec tant d'art que nous sommes à la fois
corps et "psychê".
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P
Belle photo bien observée.
cordialement
Paul
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N
Je trouve cela très émouvant. Les secrets du papillons, que sait voir la poète. Et je pense aussi à ce beau conte de Patrick Chamoiseau: "Le papillon et la lumière".
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C


Je ne connais pas ce conte, je vais essayer de le lire : merci pour la référence.



J
Tu vois avec les yeux du coeur. Que seraient ces belles ailes sans ce moteur de vie ? Belle journée. Amitié. Joëlle
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C


Merci, Joëlle. Voir avec les yeux du coeur, c'est ce que tu fais toi-même si bien, chaque jour !



R
C'est magique. Le texte est magnifique, empli de sensibilité et de tendresse pour la vie. J'aime la musique délicate qui en scelle les phrases. Cadeau, une photo de ce même papillon qui s'était
posé sur un miroir: http://idata.over-blog.com/1/01/82/90/photos-jardin/une-annee-au-jardin2/Papillon-corail.jpg
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C


Merci pour le lien : la photo est merveilleuse ! Tellement, tellement meilleure que la mienne !



N
J'aime tes écrits qui accompagnent tes photos. ce papillon est beau à regarder, très belle photo.
À bientôt.
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C


Merci, Nadia. Mais tu sais, je crois que ce sont plutôt les photos qui accompagnent les textes, même si les "règles" du blog m'amènent à inverser cet ordre. A bientôt.



H
Je crois aussi que le papillon est beau de partout. On pourrait en faire une chanson ou le credo du papillon! (sourire)

Hélène*
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C


Pourquoi pas ?



G
A te lire tu sais regarder un papillon différemment de nous..ta plume est efficace.
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C


Oh, je crois que c'est toi qui sais tout regarder "différemment" - si j'en juge par tes photos !



P
Mais oui, c'est vrai que nous ne parlons que des ailes du papillon ... tu t'attaches à revaloriser son corps, ses métamorphoses pour ses naissances successives dans la souffrance,et çà, dans
l'essence même d'une vie, mérite toute notre attention et notre admiration !
Quelle belle réflexion, merci Carole !
Bisous, Plume .
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C


Prendre à rebours les habitudes, c'est un peu mon habitude...



C
Bonsoir Carole,

J'ai goûté avec ferveur les sonorités et les images de ce merveilleux texte!
Je me sens si souvent comme ce papillon gorgé d'ambivalences qui me fait penser à l'albatros de Baudelaire... "Monstrueux" et aérien... si fascinant!
Excellente soirée, amitiés
Cendrine
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C


Il ressemble à l'albatros par sa dualité, mais l'albatros de Baudelaire est exceptionnel, et le papillon, lui, est semblable à tout ce qui vit - et à chacun de nous.


Merci de rapprocher mon petit texte du poème parfait de Baudelaire !


Amitiés, Cendrine.



L
un texte magnifique Carole - très émouvant ! - . Cette fragile beauté, et cette oxymore de la lourde légèreté de notre vie de papillon...
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C


Merci d'avoir remarqué l'oxymore, je n'avais pas voulu qu'il soit trop visible, mais  il donne sa structure au texte - et sa beauté au papillon.



S
Oh quelle belle folie que de s'adresser à un papillon, à son corps plutôt qu'à ses ailes... Nous sommes ici dans la confidence d'un instant inestimable...Suzâme
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C


A son corps, car là est la vie.



J
Bonsoir Carole ! Sait-il qu'il n'a qu'un été pour se dépêcher de naître, vivre, aimer avant que la mort... Quelle loterie la vie, ouf je suis née Eve.... merci ! jill
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C


Une vie de papillon, le bel envol d'un instant sur la terre. Mais nous aussi nous sommes papillons dans l'éternité.



M
Papillon de Dieu portant son fardeau comme nous tous! Un texte magnifique Carole.
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C


Et merci pour ce papillon de Dieu, qui remet l'insecte au centre de l'Eden.