Le prisonnier

Publié le par Carole Chollet-Buisson

 
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      "Pour moi, la vie, c'est le mouvement" (Lola Montès - Max Ophüls)
"Celle qui dit
Bientôt, bientôt
Et qui sourit
Dans votre dos
Toute enfoncée dans ses pensées
D'espoir "
(chanson de Lola - Jacques Demy)
 
C'était un 28 août, comme aujourd'hui, le temps était couvert, comme aujourd'hui. C'était l'année dernière. Je traversais le Passage. En levant la tête, j'ai remarqué ce prisonnier, un tigre gonflable au pelage lisse et doré, dérisoire Icare en costume de plastique brillant pendu à la verrière, qui remuait encore, très doucement, sous la brise d'on ne sait quelle fenêtre laissée ouverte.
- "Un danseur de corde qui aurait voulu bondir vers le ciel... nez collé à la vitre du dehors, corps noué au fil de fer qui conduit chaque vie dans sa piste comme une longe - et sur lequel on croit pouvoir danser. Qui sait ? peut-être finalement s'échappera-t-il, quand il aura trouvé le chemin du vent." - Voilà ce que j'avais alors pensé - et écrit sur un coin de carnet.
Aujourd'hui, je retrouve la photo alors que je viens de regarder, une nouvelle fois, Lola, le film de Jacques Demy qu'on aime tant ici, à Nantes, et qu'on a récemment restauré. Dans cette oeuvre si peu réaliste, troublante image pourtant de ce va-et-vient d'élans, d'erreurs, d'incertitudes et de désirs qu'on appelle la vie, le Passage Pommeraye, mystérieux couloir d'Ariane qui mène de la fuite au retour, de l'attente au voyage, est le point nodal. En ce lieu se partagent, se croisent et se séparent les existences errantes qui vont, d'un escalier à l'autre, de la lumière à l'ombre, de l'ombre à la lumière, et d'hier à demain, de demain à hier - toujours emprisonnées, toujours fuyant, aux miroirs de l'espoir.
 
Je crois comprendre maintenant : ce tigre prisonnier, ce bagage d'enfant qui voulait être libre mais que son poids infime retenait sur la terre, c'est l'ombre aérienne et dansante de Lola, de Frankie, c'est le jouet d'Yvon, oublié sur les planches d'un des hauts escaliers, lancé par Lolita... non, je veux dire, par la jeune Cécile... vers Roland qui s'en va où s'en alla Michel. Et si je l'ai aperçu, moi qui passais à mon tour, c'est parce que je marchais, c'est parce que je marche, là, sur la corde fine et pailletée de songes de leurs traces légères, levant la tête vers tous les cieux qui tremblent aux vitres troubles de l'immense verrière, parmi les vieux enfants rêveurs du long Passage, et les miroirs encadrés d'or où se perd mon image.
Mais peut-être ne connaissez-vous pas Lola ? - Qui la connaît, d'ailleurs ?

Publié dans Nantes

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Martine 01/09/2012 06:17

Cela fait très longtemps que j'ai lu ce roman de Stendhal.Merci du rappel
Bonne journée Carole ;)
Martine

Carole 01/09/2012 16:53



Oui, je comprends. Souvent on le lit au lycée, et ensuite, comme c'est un gros livre, on n'y revient plus. Mais c'est l'un de mes romans préférés, dans toute la littérature, je ne m'en lasse
pas... Déjà cette trouvaille du nom de "Verrières" : c'est unique...



Nounedeb 29/08/2012 16:07

Suite...Ils ne peuvent passer tous les films. J'espère que Lola sera sélectionné.

Carole 01/09/2012 19:41



J'ai confiance... Lola, tout de même !



Martine 29/08/2012 07:41

Bonjour Carole,

J'aime cette photo et les mots qu'elle t'inspire.
est-ce qu'il n'y a pas une petite part de Lola en chaque femme?
Verrières, barrières invisibles où nous nous emmurons tout seul.
J'ai aimé suivre ton lien vers Lola. Merci
Bonne journée Carole
A bientôt
Martine

Carole 30/08/2012 23:23



Tu as raison, Martine. Et as-tu remarqué que Stendhal avait nommé "Verrières" la ville de Julien dans Le Rouge et le Noir ?



zadddie 29/08/2012 00:02

Merci, Carole : )

Carole 30/08/2012 22:58



 : ça veut dire "merci aussi" ! 



Hélène Carle 28/08/2012 22:50

Poésie des rues, des parcelles d'espace, mouvements et arrêts, morceaux de rien, farandoles de poussière, de lumière et d'herbes folles, poésie partout si bien saluée par une femme dont le coeur a
de grands yeux.

Hélène*

Carole 30/08/2012 22:58



Merci, Hélène qui as toi-même de si grands et beaux yeux à poser sur le monde...



dvnumerike 28/08/2012 21:00

Bravo pour le texte et l'instant photographique.

joelle.colomar.over-blog.com 28/08/2012 20:08

Elle existe en chacun de nous de manière différente . Amitié. Joëlle
PS: je crois que nous faisons souvent les mêmes rencontres !

Carole 30/08/2012 22:57



Oui, je pense qu'il y a une grande parenté dans nos recherches, et dans nos pensées aussi, même si les modes d'expression sont un peu différents. 



Catheau 28/08/2012 18:49

Rayures du tigre, barreaux de la verrière, fenêtres closes : comment sortir de sa prison ?

Carole 29/08/2012 21:43



Une large fenêtre est ouverte, l'été, au fond du Passage : c'est l'unique issue. N'y a-t-il pas, pour tous, un "chemin du vent" à trouver, même au fond de nos prisons multiples ?



EmilieRD 28/08/2012 16:51

Bon mardi!

Carole 29/08/2012 15:31



Merci ! 



Nounedeb 28/08/2012 16:50

Je n'ai pas vu le film. La version restaurée passera-t-elle dans la petite salle arts et essai du pays royannais? Je l'espère, pour pouvoir y guetter ton ombre, car à coup sûr tu es quelque part
dans un film de Jacques Demy...

Carole 29/08/2012 15:31



Oui, oui, j'y suis ! Plus sérieusement, je ne vois pas pourquoi ça ne passerait pas à Royan (?).



jill-bill.over-blog.com 28/08/2012 11:50

Bonjour Carole, oui ces nouveaux ballons personnages de Disney le plus souvent... J'ai suivi Lola... merci ! Bon mardi à toi...

Carole 28/08/2012 23:11



 Disney, l'Amérique, c'est bien l'ambiance que créent les soldats américains et la fête foraine dans ce film de 1961.