Livre de pierre

Publié le par Carole

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      Provins - Collégiale Saint-Quiriace
 
 
    L'architecte a pensé l'édifice et dressé les piliers - hauts et droits, ils s'en vont vers le ciel.
   Mais en bas, sous la voûte, dans les recoins pleins d'ombre, ça grimace et ça grince, ça mord, ça erre, ça meurt. Angoisse, haine et détresse, qui rongent et qui grignotent le long frein de misère. C'est hideux, douloureux, si laid, très pitoyable, et tout à fait terrestre.
    L'architecte n'y prend pas garde. Il réfléchit plus haut.
    Est-ce que cela importe, ce qui se grogne là, à celui qui bâtit la demeure éternelle, étirant sur les plans ses colonnes grandioses, méditant l'édifice en toute perfection pour que le ciel s'y pose?
 
    Et puis vient l'artisan, l'humble ouvrier, aux mains salies, au dos ployé, qui modèle le grès comme il dessinerait ses os. Travaillant et peinant, il sculpte, sans y penser, près des piliers célestes, les visages effarés de la terre, les faces de boue grise, cette glaise d'en bas, plus dure que le rocher, qui soutient les chefs-d'oeuvre et les nobles élans. 
 
     Et tout est dit alors, tout s'écrit dans la pierre.

Publié dans Fables

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M
Bonjour,
Très belle envolée,le travail de l'artiste et le travail de l'ouvrier ansi reconnus, associés c'est sublime. bravo
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C


Merci Marilug.



R
De la beauté des détails que votre regard déniche ...
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A
Merci pour cette belle photo et ton texte qui, comme d'habitude la fait vivre. J'adore ces minois qui s'égaillent sur nos édifices... ils racontent tellement de choses ! il faut les chercher, se
tordre le cou... pour qu'ils vous glissent leur confidence en catimini ! bisous
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C


On se tord le cou, et on ne le regrette pas, car on découvre toujours de nouvelles merveilles.



J
Il a su laisser une emprunte de cette dure vie face aux idées folles des concepteurs, mais toujours avec humilité. Amitiés. Joëlle
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C
Elan vers le ciel, grimaces et grognements de notre quotidien ici-bas - tu me laisses toute songeuse, Carole, c'est à Provins que j'ai rencontré mon homme!
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C


A Provins, il peut se passer tant de choses ! J'ai bien aimé cette ville, visitée trop rapidement, mais j'ai été frappée d'y trouver des églises très belles mais vraiment très très abîmées,
j'espère qu'on pourra les restaurer.



C
Le vertical et l'horizontal formant la croix des hommes.
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C


Merci pour ce très beau commentaire.



M
Artistes non reconnus encore.. qui se vengeaient en se moquant peut-être de leurs chefs ??
Merci Carole pour ce beau texte.
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C
Happée par tes mots, en ce livre de pierre, où se conjuguent les souffrances humaines et l'âpre fantasmagorie des ouvriers, des artisans aux passions d'artiste.
J'ai toujours été aimantée par ces fascinants grotesques.
Belle soirée Carole, amitiés
Cendrine
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C


Ils me fascinent moi aussi, ces "grotesques", issus de cette "grotte" de nos imperfections humaines qui soutient la cathédrale.



M
Ces visages sont extraordinaires de sentiment douloureux.
Quel talent que celui de ces humbles...
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N
Hommage vibrant à ces artistes, ces modestes qui avaient ainsi le pouvoir d'exprimer le talent.
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F
ces visages de souffrance existent depuis que l'être humain a "pensé" qu'il était intelligent en trouvant comment faire et garder le feu !! Donc, il existera encore et encore des "cerveaux" qui
réfléchissent mieux que les autres et c'est ainsi que les classes sociales sont nées!!Celui qui aime moins réfléchir sera toujours en souffrance physique!!Ainsi va la vie!! Hormis cette réflexion,
les têtes sculptées on été réalisé par ces mêmes ouvriers mais à cette époque, ils n'étaient pas encore "ARTISTES"!!et pourtant.......
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A
Et les mains usées, grises et rugueuses de l'ouvrier finissent par se confondre avec la pierre.
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C


Beau commentaire !



J
Celui qui conçoit les plans, celui qui exécute... vrai que ces visages sans corps sont bien intriguants.... Bon lundi Carole...
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