Le Navigateur

Publié le par Carole

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  « LE CUISINIER : La terre tourne et derrière l’Isthme fatal qui ferme l’horizon de l’Humanité un autre Océan apparaît.
  CHRISTOPHE COLOMB I : Et comment s’appelle-t-il, celui qui l’a découvert ?
  UN CHORISTE : Il s’appelle Balboa.
  LE CUISINIER : Un autre Océan plus large que le premier.
  CHRISTOPHE COLOMB II : Ah, il ne l’est pas encore assez pour moi !
  CHRISTOPHE COLOMB I : Comment s’appelle-t-il, celui qui l’a découvert ?
  UN AUTRE CHORISTE : Il s’appelle Magellan.
   CHRISTOPHE COLOMB I : Ainsi je n’atteindrai jamais Cipango et ces îles d’or et de neige que je vois là à la portée de ma main ?
  LE CUISINIER : Tu ne les atteindras jamais. » (Paul Claudel, Le Livre de Christophe Colomb)
 
 
     Sur la place du Commerce, devant les épaisses colonnes de la vieille Bourse qui sont comme de grasses cuisses immobiles d’armateurs, Henri Le Navigateur se tient face à la ville. Il est grand, assombri par le temps, l'eau de mer et la mort, solitaire. Les gens qui font la queue devant le cinéma Gaumont s'appuient sur lui, indifférents ; ceux qui entrent et sortent de la Fnac ne le regardent même pas ; les clients du café débordant sur la place ne parlent jamais de lui. Debout sur le pont d'on ne sait quel navire disparu, raidi par l'oubli, il est pourtant l'un des pilotes de cette ville, qui fut un repaire de marins et de négriers, et où souffle encore, certains soirs bleus de lune, le vent salé, tout assoiffé d'or, des grands voyages vers l'impossible.
    Certains affirment qu'il s'appelle en réalité Magellan. D'autres avancent même le nom de Christophe Colomb. 
 
     Et nous sur la Pinta, cherchant où va le monde quand il n'a plus de rives.

Publié dans Nantes

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