Le manteau

Publié le par Carole

     On peut voir en ce moment à la médiathèque Jacques Demy de Nantes une très intéressante exposition de dessins et lavis d'Olga Boldyreff. L'artiste y évoque les romans de Dostoïevski à travers une série de vues de la ville moderne de Saint-Pétersbourg, où elle a suivi patiemment le parcours de l'écrivain et de ses héros.
     Au milieu de ces vues, somme toute assez classiques, une oeuvre étrange et tout à fait remarquable surprend soudain le spectateur : ce "Manteau" dérisoire et immense, sombre et long comme un spectre se dressant dans l'hiver.
 
le-manteau.jpg
 
     Ce manteau n'appartient pas à Dostoïevski, me direz-vous, puisqu'il est celui de Gogol et de son Akaki Akakievitch. Pourtant, il est partout, ce manteau, dans le destin des personnages de Dostoïevski, il habille toutes les détresses, toutes les rêveries et toutes les révoltes de son univers. Il est, à vrai dire, l'âme même de Saint-Pétersbourg, fantastique et brumeuse cité de beauté, de douleur et de littérature.
                                                          
    Sur le mur, comme il se doit, le manteau projette deux ombres - une ombre pour ce monde, et une ombre pour l'autre. Une ombre pour l'humiliation et une ombre pour l'immensité. Une ombre pour la misère et une ombre pour l'éternité.
 
    A ses pieds d'incorporelle étoffe, j'ai admiré cette pelote de fil doré :
 
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    Fil serré du destin, fil doré du désir.
    Fil sans fin du récit qui brode à l'or des mots
    la trame grise et noire des pauvres vies humaines.
    Et qui s'en va tissant, araignée pénélope,
    sa toile et sa pelote à faire rouler les mondes.
 
    Le Fil, ai-je pensé. Le Fil. il fallait bien que quelqu'un songe un jour à le rembobiner, et à le poser quelque part, en équilibre au bord d'une ombre. C'est pour qu'il roule encore, qu'il roule comme un chat, parmi les nuits trop blanches et les fantômes noirs, son or léger de laine à tout raccommoder.
 
   

Publié dans Nantes

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C
Le spectre de la littérature européenne dans le manteau de Gogol. Toujours passionnantes, vos réflexions !
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M
Impressionnant ce manteau d'ogre, et moi tout bêtement j'y vois Yvan Rebroff, un homme à coffre et à poumons...
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Q
Splendide !!!
Le manteau, la pelote de fil doré et ces mots que tu leur as donnés.

Décidément, il faudra que je relise l'oeuvre de Dostoïevski...
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C


Et de Gogol !



F
ce doit être une exposition riche en souvenirs
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A
Honnêtement ça ne me parle pas trop. Ils auraient en plus pu faire attention à ce que l'ombre ne soit pas coupée dans le panneau qui est trop court et laisse voir le reste de la salle.. Mais je
suis contente que tu aies trouvé ton bonheur dans cette expo.
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C


Je pense que cela ne peut en effet "parler" qu'à ceux qui ont lu "Le Manteau" de Gogol. Mais je ne peux faire davantage que renvoyer en lien vers un résumé de cette oeuvre.



A
Frappant, oui, vraiment ce manteau, et belle méditation que tu nous offres encore autour de ce fil, le "fil du discours" qui nous entraîne de rêve en rêve...
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M
Pelote de fil, pelote de poésie, qui de Saint Pétersbourg à Nantes tisse le fil du temps qui passe : tu as le regard aiguisé, Carole, l'imagination fertile, la plume subtile et élégante comme du
fil doré roulé en pelote. J'aime.
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F
très intéressante cette oeuvre symbolique!! BISOUS FAN
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A
Moi aussi, je veux connaitre cette histoire de fantômes qui semble sans fin!
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N
Tu me donnes envie de relire, non pas Dostoïevski - je viens de le faire, mais Gogol!
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R
Bizarre !
Que voilà un bien beau manteau pour les petits fonctionnaires russes de l'époque ...
Nullement usé !

Nul besoin de le remplacer, celui-là !
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T
Merci pour ces explications sur les significations symboliques ... Elles donnent bien sûr une toute autre vision.
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M
Un long, très long manteau aussi sombre que les nuits sans lune. Celles de Dracula
D'ailleurs, son ombre se profile derrière, tu ne trouves pas?
Humeur a surfer sur un conte ce matin.

Merci Carole
Bonne journée
;)
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J
Manteau bien mis en scène, Dostoïevski pas lu j'avoue, merci Carole...
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