L'art d'être passant

Publié le par Carole Chollet-Buisson

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    L'art d'être passant, dans les rues d'une grande ville, consiste à maîtriser les figures d'un vaste et mystérieux ballet. Croiser, par exemple, lorsqu'on monte la rue du Calvaire, ceux qui la descendent, ou se ranger à temps à gauche quand le passant d'en face oscille vers la droite, pencher un peu son parapluie quand on rencontre, Pont Sauvetout, un autre parapluie, s'incliner au moment opportun pour éviter la baleine pointue qui menace.
    Les flâneurs, en général, maîtrisent à la perfection ces figures depuis longtemps apprises et répétées.
    Parfois, pourtant, un pas se désaccorde, un geste s'égare. Celui qui monte la rue du Calvaire oscille trop tôt à gauche, quand celui qui face à lui la descend oscille trop vite à sa droite, la main ne soulève pas à temps le parapluie, les épaules ne se penchent pas assez souplement : on  menace de se cogner, de se heurter, de  s'embrasser, de se crever un œil, une gorge, un sein. On s'excuse, gêné, honteux.
    Comme elles nous troublent, ces erreurs, dont on comprend si bien, sans se l'avouer, tout ce qu'elles miment : cette rencontre amoureuse qui n'aura jamais lieu, cette tendresse qui nous rendrait la vie, ou cette rage, cet élan meurtrier qui jetterait les uns contre les autres les individus oppressés par la foule, le désordre qui pourrait s'instaurer, et que, d'un nouveau pas de côté, d'une harmonieuse inclinaison, réintégrant la danse, au dernier instant, - pardon monsieur, - pardon madame, on retient.
 
  Quelquefois - rarement - on rencontre des gens qui s'accordent à merveille, et vont dansant du même pas sur leur sentier de lumière. On les admire, on les envie. Et puis on passe son chemin.

Publié dans Nantes

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D
bonjour, j'aime ces deux passants.. et les ombres encore plus. j'imagine supprimer une des ombres, ça donnerait quelque chose d'étrange
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C


Ce qui m'a frappé c'est le double accord, du couple et des ombres.  C'était dansant, harmonieux, un peu mystérieux aussi.



R
"Vous qui passez sans me voir", disait le poète ...

Combien, depuis que je fréquente ce que d'aucuns appellent votre blog, ce que je m'autorise à nommer votre "Carnet de poésies quotidiennes", vous l'aurez fait mentir, ce poète ...
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C


Merci, Richard. Ce blog, c'est peut-être un mélange de "journal quotidien" et de "poésie en prose"... je ne sais pas exactement. J'aime bien tout de même le mot "blog" avec son côté bizarre, son
air de devoir vite se démoder, son côté vraiment précaire... et puis, dedans, il y a "log" (le "carnet de bord"), et l'idée de voyage (de la pensée) me séduit aussi.



Q
Vous n'êtes pas obligée de répondre tout de suite à l'invitation d'OB.

Pour les anthologies, nous en sommes à la troisième. Elles sont publiées en auto-édition sous forme d'un recueil comportant des textes inédits. Les droits d'auteurs et bénéfices divers sont
reversés à l'association "Rêves" pour réaliser celui d'un enfant malade.

Tous les renseignements sont ici :
http://les-anthologies-ephemeres.over-blog.com/

Merci. :)
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C


Merci, je vais voir cela.



Q
On passe son chemin, je crois... c'est vrai.
Mais on s'en souvient encore longtemps après. :)

Merci pour cette très belle page, Carole.

Au fait... accepteriez-vous de vous joindre à nous pour la prochaine Anthologie éphémère ?
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C


Probablement, mais qu'est-ce que l'anthologie éphémère ? 


Je continue un peu le blog, comme vous le voyez, mais c'est la "phase terminale", j'ai déjà reçu l'avis d'OB qui me "propose" de migrer.



J
Le hasard au nom si hasardeux fait souvent bien les choses. Apprenons à l'observer, il nous donne des signes judicieux en nos vie. Le ballet des êtres en osmose nous montre que la rencontre et
l'entente existent et, qu'il ne faut pas désespérer. Amitiés. Joëlle
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Z
Joli article
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A
Un très joli texte, et une photo superbe et lumineuse...
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V
C'est très beau, ce ballet que tu as su évoquer avec ses pas, ses mimiques - ses difficultés et ses ratages aussi ; et cette fin lumineuse consacrée à quelques virtuoses du genre : les couples
d'amoureux ?... Bonne soirée, Carole.
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N
Ils vont d'un pas dansant que ton objectif n'a pas figé, et leur ombre danse, elle aussi.
Bravo!
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L
Comme Hélène, cela me fait penser aux patineurs, mais ceux de Brueggel. Un texte très harmonieux.
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H
Cette idée me vient aussi souvent en regardant la foule ou en étant dedans.
Nous sommes tous des patineurs de fantaisie glissant sur la vie.

Très joli ce texte Carole, il est un de mes préférés, tout valsant qu'il est.

Hélène*
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N
Bonjour Carole !
Cette rue dont tu parles semble dangereuse, combien de borgnes a-t-elle déjà créé ? ^^
Très jolie réflexion, agrémentée d'une belle photo !

Bises, bonne journée à toi
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E
tes mots font penser à
http://www.youtube.com/watch?v=2UlEJXkxnSc
et
http://www.youtube.com/watch?v=WJ9ahN4mPHw
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M
Que c'est joliment dit!
C'est "La musique du hasard" (Paul Auster)
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J
Très belle réflexion, bien amenée vers nous, comme toujours chez toi.Bravo.
Crac! je pense à une autre page...
L'art d'être patient
dans une salle d'attente
d'un cabinet médical...
malade je suis, de mots qui trottent et trottent dans ma tête.
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J
Ah Carole... l'art de passer dans la rue que l'on partage en se côtoyant... plus si affinité ! J'aime.... JB
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