Le ciel

Publié le par Carole

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Depuis longtemps, en ville, je ne savais plus grand chose du ciel. Parfois j'en saisissais du regard quelques pans déchirés flottant entre de hauts immeubles, ou bien je tendais les mains vers des flaques de bleu éparses au reflet des vitrines, j'enjambais des bouts de nuages oubliés dans les caniveaux, j'égrenais des poussières d’étoiles dans la lumière fuyante des réverbères et des enseignes.
 
Dans ce village de Beauce rudement déboisé, au milieu des champs plats chichement bordés de maigres haies, j'ai retrouvé le ciel.
Comme à chaque fois, il m'a été tout entier donné.
Grand chapiteau des lumières et des ombres, théâtre des levants, des couchants, des pluies, des brouillards, des orages, immenses plafonds à caissons suspendus des nuages que le vent forme, déforme, et toujours emporte, et toujours ramène, palais des champs baignés d'eau verte : j'ai vécu là comme en moi-même.
J'ai marché dans les herbes où mûrit la couleur.
J'ai été, contre l'azur au ventre gris, le caillou clair, la terre roussie des chemins qui vont loin.
J'ai vogué comme un banc de nuages vers cette nacre au bord de tout, ce lointain emperlé de brume où toutes choses se confondent.
 
Sur les chemins de mon village, le ciel est la forme visible du monde : il suffit de marcher, et la sagesse emplit les yeux qui savent, la vérité grandit dans le corps qui va.
L’horizon sans limites s'enroule au bout de chaque champ comme au bord de nos doigts. En tournant sur nous-mêmes, nous pourrions devenir des astres, semblables aux grands tournesols d’août qui vont lentement sur leur tige.
 
Une moitié de terre brune, de pierres blanches, de vagues vertes ou jaunes - une moitié de ciel, de soleil, de nuées, d’étoiles et de lune : il n'est rien qui ne tienne dans ce double hémisphère.
 
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Publié dans Le village : Selommes

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M
Bonjour Carole, vraiment magnifique cette photo !
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C


Merci Mireille. Ce qui est magnifique, c'est le ciel de Beauce !



V
Une brise amie, soufflée en quelques mots, en ce ciel encré d'être... Merci.

Voilier
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C


Merci, Voilier, pour ce "ciel encré" -très belle image.



L
quand je marche là, avec toi, je sens, je ressens, que je fais partie de ce monde, de cette terre, et ça c'est exaltant, tellement qu'il est difficile de mettre les mots dessus
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C


Exaltant, c'est le mot que je trouve le plus juste, en effet, et c'est vrai qu'on ne sait quoi dire de plus, alors qu'on voudrait tout dire de ce sentiment essentiel.



G
Même sans la photo ton texte nous renvoie à cette nature à ce petit coin tranquille sans panneau publicitaire ni fils électriques
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C


Les fils électriques y sont, pourtant... mais ils se fondent dans le paysage très simple et vaste où tout s'accorde.



J
La pollution des villes nous empêche de voir un vrai ciel. Je n'en ai jamais vu d'aussi pur qu'en montagne ! Savoir les voir et les apprécier donne de la force en soi... Bonne soirée Carole. Joëlle
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C


Le ciel est beau partout où il reste un peu de nature. En montagne, il est admirable. En Beauce, il n'est pas aussi pur, mais il est immense sous le regard.


Merci, Joëlle, à bientôt.



A
Un très bel ensemble texte/photo, qui toujours me comble. Merci Carole.
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C


Je voulais montrer cette Beauce mal aimée où le ciel est si vaste.



L
Beauté d'un paysage qui va toute limite, beauté et justesse des mots pour le dire.
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C


Merci, Cosima, ton commentaire me touche beaucoup.



N
L'oeil et la plume amis. Au lignes anguleuses d'un labeur besogneux, la légèreté fantasque du ciel. Merci encore pour ce texte.
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C


Tu as raison de le rappeler, la campagne est aussi un espace de labeur. Ce sera le sujet d'autres articles (j'en prépare toujours trop à la fois).


Merci, Nounedeb.



E
que ces belles et essentielles choses sont bellement dites !
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C


Merci, Emma, pour ce commentaire qui me touche beaucoup.