Le château

Publié le par Carole

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Quand j’étais enfant, c’était un tas de pierres où l’herbe poussait dru. On y menait paître les bêtes, et les poules y couraient. La Houzée toute verte se coulait dans ses ruines comme une couleuvre longue.
On l’appelait alors le château de Puitfonds. Il était plein de lézards et de salamandres, et de mystères profonds que ruminaient les vaches.
 
Plus tard on a reconstruit une tour et un bout de donjon avec les pierres moussues. On a planté des saules et posé tout autour un long filet de barbelé pour éloigner les bêtes. Entre ses rives bien fauchées fleuries de grands bouquets de marguerites, la Houzée a reflété très pure sa silhouette de conte. On y a organisé des fêtes comme au château du bois dormant, et on s’est mis à l’appeler le château de Pointfonds.
Il paraît que c’était écrit ainsi dans les livres qui conservent intacte la mémoire des vieux noms.
 
Je ne sais pas. Moi, je sais seulement qu’au profond du village, au confluent de tous les ruisseaux qui tissent ensemble le cours tranquille de la douce Houzée, le vieux château est comme un puits plein d’échos. Qu'il est comme un puits de lumière où l’aurore vient se prendre. Qu' il est comme le jour qui point dans la soie des matins. Qu'il est comme le point nodal où le village se coud au monde.
 
Il faut, pour qu’un village rêve, une rivière aux longs yeux d’herbe, un vieux château dormant entre des prés à vaches, une petite église, et des noms incertains, miroitant comme des reflets sur les lieux du passé.
 
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Publié dans Le village : Selommes

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adamante 18/07/2012 00:46

J'aime beaucoup : "les mystères profonds que ruminaient les vaches" et les "cheveux d'herbe de la rivière". Ce lieu que je ne connais pas, je le sens, vit en moi, il fait partie de mon imaginaire.

Carole 03/08/2012 00:31



Il a, je crois, quelque chose d'universel : quel village n'a ses ruines et sa rivière ? C'est pourquoi j'ai écrit LE château.


Merci, Adamante, amitiés.


 



Danielle Risse 17/07/2012 10:48

une envie de aprtir le visiter ce château

merci Carole

amitié
Danielle

Nounedeb 16/07/2012 16:28

Carole, nouvelle Mélusine qui, de sa plume magique, fait remonter de profonds souvenirs d'enfance où le réel se fond avec l'imaginaire.

le Pierrot 16/07/2012 13:10

Bonjour Carole, très belle façon de t'exprimer sur cet endroit, c'est bien dit...bise et bon lundi.

joelle.colomar.over-blog.com 16/07/2012 11:48

Ici, je dirais des vieilles pierres,une église, un cour d'eau à sec et le vent qui rend le ciel bleu ! Bises. Joëlle

zadddie 16/07/2012 11:30

joli texte... il me semble, cependant,avoir perçu un fugace regret..

Quichottine 16/07/2012 10:03

J'aime énormément le rêve de ce village.
Merci pour ce beau moment passé avec toi.

Douce journée, Carole.

Catheau 16/07/2012 08:39

Avec ces mots, vous réveillez en nous ce lieu intime, inoublié.

Hélène Carle 16/07/2012 02:49

Dans la grande beauté de ces mots je laisse glisser mon regard qui s'irise d'imaginaire.
Ce ¨village qui se coud au monde¨, cette¨ rivière aux longs yeux d'herbe¨ remplissent mes pages de dessins qui me prennent.

Hélène*

Plume 15/07/2012 21:42

C'est un lien amoureux qui vibre sous ta plume ... la poésie de ce lieu est le chant de l'eau, des pierres et du temps dont tu te fais l'interprète. Quelle sensibilité, quelle richesse, et quel
talent !
Merci Carole, bisous, Plume .

Suzâme 15/07/2012 20:57

Tu fais d'un témoignage, d'une confidence, une si belle page de littérature. Le mot serait-il obsolète? Alors je le change pour "prose". Quelqu'un me sourit. Moquerie? Et pourtant tes mots sont
purs. Ils viennent d'un encrier qui connaît sa plume et la désaltère dès qu'elle a soif... A bientôt. Suzâme

jill bill 15/07/2012 19:09

Bonsoir Carole, je suis d'accord avec ta conclusion finale... L'enfance des uns n'est plus l'enfance des autres.... Merci pour ta page du jour...JB

mansfield 15/07/2012 19:06

Il faut du rêve et un esprit de légende, une atmosphère de conte et un coeur d'enfant, il me semble que tu as tout ça Carole.

emma 15/07/2012 19:02

une rivière aux longs yeux d’herbe, que c'est beau... et doux, et toujours un peu mélancolique, comme si la belle vie s' était assoupie