Le château

Publié le par Carole

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Quand j’étais enfant, c’était un tas de pierres où l’herbe poussait dru. On y menait paître les bêtes, et les poules y couraient. La Houzée toute verte se coulait dans ses ruines comme une couleuvre longue.
On l’appelait alors le château de Puitfonds. Il était plein de lézards et de salamandres, et de mystères profonds que ruminaient les vaches.
 
Plus tard on a reconstruit une tour et un bout de donjon avec les pierres moussues. On a planté des saules et posé tout autour un long filet de barbelé pour éloigner les bêtes. Entre ses rives bien fauchées fleuries de grands bouquets de marguerites, la Houzée a reflété très pure sa silhouette de conte. On y a organisé des fêtes comme au château du bois dormant, et on s’est mis à l’appeler le château de Pointfonds.
Il paraît que c’était écrit ainsi dans les livres qui conservent intacte la mémoire des vieux noms.
 
Je ne sais pas. Moi, je sais seulement qu’au profond du village, au confluent de tous les ruisseaux qui tissent ensemble le cours tranquille de la douce Houzée, le vieux château est comme un puits plein d’échos. Qu'il est comme un puits de lumière où l’aurore vient se prendre. Qu' il est comme le jour qui point dans la soie des matins. Qu'il est comme le point nodal où le village se coud au monde.
 
Il faut, pour qu’un village rêve, une rivière aux longs yeux d’herbe, un vieux château dormant entre des prés à vaches, une petite église, et des noms incertains, miroitant comme des reflets sur les lieux du passé.
 
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Publié dans Le village : Selommes

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A
J'aime beaucoup : "les mystères profonds que ruminaient les vaches" et les "cheveux d'herbe de la rivière". Ce lieu que je ne connais pas, je le sens, vit en moi, il fait partie de mon imaginaire.
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C


Il a, je crois, quelque chose d'universel : quel village n'a ses ruines et sa rivière ? C'est pourquoi j'ai écrit LE château.


Merci, Adamante, amitiés.


 



D
une envie de aprtir le visiter ce château

merci Carole

amitié
Danielle
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N
Carole, nouvelle Mélusine qui, de sa plume magique, fait remonter de profonds souvenirs d'enfance où le réel se fond avec l'imaginaire.
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L
Bonjour Carole, très belle façon de t'exprimer sur cet endroit, c'est bien dit...bise et bon lundi.
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J
Ici, je dirais des vieilles pierres,une église, un cour d'eau à sec et le vent qui rend le ciel bleu ! Bises. Joëlle
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Z
joli texte... il me semble, cependant,avoir perçu un fugace regret..
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Q
J'aime énormément le rêve de ce village.
Merci pour ce beau moment passé avec toi.

Douce journée, Carole.
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C
Avec ces mots, vous réveillez en nous ce lieu intime, inoublié.
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H
Dans la grande beauté de ces mots je laisse glisser mon regard qui s'irise d'imaginaire.
Ce ¨village qui se coud au monde¨, cette¨ rivière aux longs yeux d'herbe¨ remplissent mes pages de dessins qui me prennent.

Hélène*
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P
C'est un lien amoureux qui vibre sous ta plume ... la poésie de ce lieu est le chant de l'eau, des pierres et du temps dont tu te fais l'interprète. Quelle sensibilité, quelle richesse, et quel
talent !
Merci Carole, bisous, Plume .
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S
Tu fais d'un témoignage, d'une confidence, une si belle page de littérature. Le mot serait-il obsolète? Alors je le change pour "prose". Quelqu'un me sourit. Moquerie? Et pourtant tes mots sont
purs. Ils viennent d'un encrier qui connaît sa plume et la désaltère dès qu'elle a soif... A bientôt. Suzâme
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J
Bonsoir Carole, je suis d'accord avec ta conclusion finale... L'enfance des uns n'est plus l'enfance des autres.... Merci pour ta page du jour...JB
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M
Il faut du rêve et un esprit de légende, une atmosphère de conte et un coeur d'enfant, il me semble que tu as tout ça Carole.
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E
une rivière aux longs yeux d’herbe, que c'est beau... et doux, et toujours un peu mélancolique, comme si la belle vie s' était assoupie
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