La reine des abeilles

Publié le par Carole

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J'avais plusieurs fois photographié ce beau médaillon, rue de la Fosse, sans y prêter toute l'attention qu'il méritait.
Or, par hasard, tout à l'heure, en feuilletant un vieux numéro des "Annales de Nantes et du pays nantais", je suis tombée sur cet article, signé Claude Kahn :
 
 
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Je venais de découvrir qui était la reine des abeilles. Et qu'elle régnait précisément sur la ruche où naquit Jules-Elie Delaunay, dont j'ai toujours admiré la sombre "Peste à Rome", superbe apocalypse d'épidémie tragique, mâtinée d'un je ne sais quoi de Saint-Barthélémy...
 
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      Jules-Elie Delaunay, "La Peste à Rome", Musée d'Orsay
 
 
Ainsi, tout s'expliquait.
C'était le dard délicat des abeilles qui avait inspiré au peintre le bras mince et aigu de son ange meurtrier.
C'était la cire des ruchers blonds qui lui avait appris le modelé des corps et l'empâtement des ombres.
C'était la reine des abeilles qui avait placé dans ses mains la couronne d'abondance.
C'était du labeur des insectes utiles qu'il avait fait son miel d'artiste.
Et c'était en butinant, gourmande, dans les rues et les livres que j'avais recueilli la délectable histoire de la reine des abeilles - petite fable aux ailes repliées sur la pierre d'un vieux mur, qui avait bourdonné jusqu'à moi.
 
Rien de bien remarquable, rien de très mémorable, allez-vous dire, dans ce nectar musard, tout juste la matière d'une mince tartine de mots, de miel et de peinture.
Cependant je voudrais que ma vie toute entière soit à l'enseigne du cirier Delaunay :
petite abeille laborieuse, promeneuse, active et nonchalante, faisant son miel de ce qui vient à elle, et façonnant la cire que d'autres pétriront.

 

Publié dans Nantes

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.erato 29/03/2014 16:09

Un tableau magnifique tout en ombre et lumière .Je ne connaissais pas sa vie et pourtant j'aurais dû!
Belle soirée Carole

flipperine 26/03/2014 09:31

et les abeilles il faut les protéger même si elles piquent

jill bill 26/03/2014 08:20

Tout s'explique, merci...

Cendrine 26/03/2014 01:12

Une abeille qui susurre à mon oreille et promène ses velours sur la page blanche, y déposant des runes de cire et de miel. Une abeille sculptée dans la pierre, petite nymphe tout en finesse qui a
traversé le temps.
Je retrouve tes mots avec tant de plaisir, j'étais un peu fantôme ces derniers temps, les vitamines de l'abeille me réjouissent.
Amicalement Carole
Cendrine

Carole 27/03/2014 00:11



Merci Cendrine, je suis vraiment heureuse de te retrouver. J'espère que ces vitamines d'abeille vont t'aider à passer un beau printemps.



Leïla Bloop 25/03/2014 21:04

Intéressant :)

mansfield 25/03/2014 17:12

Un vocabulaire imagé au service d'un texte savoureux ce qui me donne envie de me faire une bonne tartine de pain au miel!

Lorraine 25/03/2014 15:43

Le mystérieux enchaînement des choses, chère Carole, tu l'expliques grâce à ce don que tu as de ressusciter les affinités, même invisibles, surtout invisibles.Et il me plaît à croire, moi aussi,
que l'odeur virginale des cierges de l'enfance imprégna le peintre au long de son parcours,afin qu'il répande à son tour sur le monde la grâce qui semble surgir jusqu'au geste meurtrier de "La
Peste à Rome". Merci pour ce nouveau morceau d'histoire et de vie, et de poésie et d'enchantement!
Lorraine

Alain 25/03/2014 14:57

Gustave Moreau façonnait la cire. En 2010, une exposition "Gustave Moreau, l'homme aux figures de cires" parlait de la technique de modelage à la cire de ses sculptures. Ami de Jules-Elie,
peut-être s'approvisionnait-il chez son père, le cirier Delaunay ?

Carole 25/03/2014 15:16



Je retiens l'hypothèse, très séduisante !



Richard LEJEUNE 25/03/2014 11:33

Merci Carole.
J'ignorais complètement, ainsi d'ailleurs que la nouvelle de Mérimée que je n'ai jamais lue !

Carole 25/03/2014 13:04



Pour poursuivre, on trouve aussi une belle "vamp" (à peu près au sens littéral) nommée Arsène dans La femme au collier de velours de Dumas. Le prénom a dû être en vogue pour les femmes entre la
fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe, mais je n'en sais pas plus.



Jonas D. 25/03/2014 11:15

Je découvre ton blog truffé de surprises. La curiosité est une belle qualité, ne croyons pas ceux qui prétendent qu'elle est un vilain défaut. Le travail étonnant, concis et lumineux que tu fais
ici à propos de ce médaillon alimente en moi le plaisir de connaissance. Merci pour cela.
Jonas

Carole 25/03/2014 23:31



Merci Jonas pour cette agréable visite.



Anne-Marie 25/03/2014 10:10

Les petites abeilles trouvent les plus jolies fleurs, celles qui ont les plus belles couleurs, celles qui sont les plus parfumées.Elles en récoltent le nectar et elles montrent le chemin aux autres
petites abeilles...Tu sais très bien faire tout ça Carole!

Richard LEJEUNE 25/03/2014 09:24

J'ai été fort étonné, à la lecture de l'extrait des "Annales" de Nantes que vous nous proposez, de découvrir le prénom Arsène attribué à la mère de J.-E. Delaunay.

Après quelques recherches étymologiques, j'ai même appris qu'il dérivait du grec "arsenios" qui en fait signifie : viril, mâle ...

Bizarre, n'est-il pas que des parents attribuent ce prénom à leur fille ?

Carole 25/03/2014 10:55



Non, rien de bizarre alors, les gens sont peu étymologistes. Arsène était un prénom mixte autrefois. Il y a d'ailleurs une belle nouvelle de Mérimée dont l'héroïne s'appelle Arsène Guillot.



oups 25/03/2014 09:03

magiquement émouvant :-)

almanito 25/03/2014 08:41

J'en redemande, moi, de ces "tartines de mots, de miel et de peinture" que tu sais si bien nous confectionner!
Un mets rare et délicat qui remet les esprits en place, révélant la beauté là ou personne n'y prête attention.
Très belle histoire, (je trouve que le tableau porte en lui l'influence de Gustave Moreau en effet.)

M'amzelle Jeanne 25/03/2014 08:10

Grand bonheur de lire ce matin le superbe commentaire que tu as mis sur ma participation au défit..Je suis touchée et te remercie sincèrement. Lorsque je lis tes écrits, les superbes instants
décrits dans ton voyage à travers ta ville que tu nous fais découvrir, je vois le fossé qui existe! Mais comme l'abeille je souhaite continuer à butiner les mots.. à lire .. à faire la différence..
à comprendre.
Pour tout cela je te remercie de tout coeur chère Carole.

jamadrou 25/03/2014 07:49

Mieux comprendre un tableau en apprenant des livres la vie du peintre...
j'aime bien ton article Carole, ton interprétation du tableau de " Ce peintre qui a grandit dans une atmosphère de cire vierge et d'encens... "