La queue pour le loto

Publié le par Carole

loto---vendredi-13-copie-1.jpg
 
J'ai pris la photo en passant, le soleil dans les yeux, sans même pouvoir viser. Bien sûr, elle est ratée, et pourtant tout y est : les voitures hâtivement garées sur le trottoir, les costumes un peu fripés du vendredi soir, les silhouettes patientes cernées de hauts murs sombres, la poubelle, et le grand ciel brûlé d'un soir de juin brûlant. La queue pour le loto.
C'est qu'on était vendredi 13, et qu'il y avait un gros tirage à espérer. C'est qu'il était presque sept heures, et qu'il fallait se hâter de jouer. Tenter de battre ou de rebattre les cartes du destin mal distribuées par des croupiers obtus. Se dépêcher d'aller changer pour les bons numéros la monnaie sans valeur d'une vie de numéro. 
Loto. Un impôt sur l'espoir. Le seul dont on s'acquitte sans sommations. 
Faire payer les rêveurs, les rameurs, les chômeurs pour le lendemain qui déchantera, au grand soir du tirage : il suffisait d'y penser.
On se presse à la porte des châteaux en Espagne. Qu'importe si le ticket n'est valable que jusqu'à ce rempart où on lit sans comprendre : "Laissez toute espérance".
 
J'ai bien l'impression que, d'année de crise en budget d'austérité, elles sont de plus en plus longues, ces queues pour le loto.
Comme la fin des mois.
 

Publié dans Fables

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Effectivement ta photo est complète, même la grande poubelle y a sa place. La dernière fois que j'ai acheté un billet (potentiellement) gagnant, j'ai été outrée de voir un petit seau en métal à
l'entrée du bureau de tabac, presque empli de cartes à gratter perdantes. Quand on sait que ce genre de petit jeu coûte minimum 2 euros et que le papier tient très peu de place, je pense que ce
seau contenait une belle somme... pour l'état, et un énorme poids d'espérances perdues... Depuis je n'achète plus ce genre de gadjets...
Répondre
C


J'aime beaucoup ta remarque sur la poubelle. Pas de bureau de loto sans sa poubelle aux espérances, en effet. 



Z
t'as pas vu celles en Guadeloupe....!( de files d'attente..
Répondre
C


Oh, je te crois ! 



P
le bonheur c'est si simple il suffit juste de développer notre capacité à apprécier tout ce qui s'offre à nous.

Pas dans une course à l'avoir, mais en appréciant toujours plus avec de moins en moins.

La vie devient alors plus belle, plus riche, plus libre et plus heureuse.

Peut être que certain penseront à cela en faisant la queue devant cette porte, il y a tant d'autres portes...
Répondre
E
c'est assez étonnant... et souvent, le malheureux qui gagne le gros lot devient fou !
Répondre
F
si on attend après le loto pour vivre on a bien le tps de mourir rares sont les chances de gagner mais nombreuses les fois pour payer le ticket
Répondre
M
Misère économique bien fixée sur pellicule!
Répondre
D
Pas de superstition pour moi, ni de jeu au loto !
Mais les gens ont besoin d'espoir... d'une vie meilleure, croient-ils !
Répondre
A
Quand il n'y a plus d'espoir certains se raccrochent au loto comme d'autres vont à Lourdes...
Une personne de ma famille a gagné 1,3 millions d'euros il y a quelques années. Bonne pioche, mais elle est morte deux ans plus tard d'un cancer foudroyant. Le bonheur dans tout ça?
Répondre
J
Une illusion à laquelle certains s'accrochent. je peux le comprendre mais n'y ai jamais cru pour moi. Amitiés. Joëlle
Répondre
R
Ah !
C'est vrai : c'était vendredi 13 ...

Et l'on s'attarde encore à ce genre de superstition ?
Répondre
C


Je crois que le lot est plus gros ces jours-là. Pas seulement une affaire de superstition. Mais de crédulité, oui.



A
C'est si bien vu! Carole, si un jour tu veux changer de métier, deviens chroniqueuse à France Inter, je t'y vois tout à fait!
Répondre
J
Et oui un treize est plus vendeur encore... porte-bonheur des pauvres gens qui espèrent changer de vie, de peau...
Répondre