La maison sur le mur

Publié le par Carole

maison sur le mur 1
 
On voit cela souvent, aux marges de la ville, dans ces béances où l'on construit : une maison fossile enfermée dans un mur, aplatie, écorchée et rugueuse, comme une cicatrice.
L'histoire est si connue : c'était, en banlieue, une rue de pavillons tranquilles, avec leurs petits jardins, leurs vieux et leurs enfants, leurs oiseaux et leurs chiens... 
Un jour, la maison a tremblé : on démolissait les pavillons d'à côté pour bâtir des immeubles.
Elle a longtemps résisté, avec sa cheminée, et son petit jardin, ses vieux, ses enfants, ses oiseaux et ses chiens. Inquiète et isolée, elle a vécu ainsi, frêle et forte, accolée au vainqueur, luttant de toutes ses pierres et de toutes ses poutres pour ne pas s'écrouler.
Et puis, comme tout s'use, et surtout le courage, elle a fini par céder, par se vendre, par s'écrouler, par s'incendier - est-ce qu'on peut savoir quoi, maintenant qu'on l'a démolie ?
Qu'importe ? On va bâtir d'autres immeubles, toute une rue d'immeubles, un rempart haut et gris, triomphant.
En attendant, la maison reste là, dans le mur de béton, comme un dessin d'enfant sali, avec sa cheminée, son toit en pente douce, ses planchers qui craquaient, ses papiers peints roses et bleus, son air maladroit et naïf.
Demain viendront les grues, les bétonnières, les ouvriers casqués. Dans le béton et les parpaings on l'emmurera tout à fait, la maison d'autrefois, avec sa cheminée, son toit en pente douce, ses planchers qui craquaient, ses papiers peints roses et bleus, et son petit jardin, et ses vieux, ses enfants, ses oiseaux et ses chiens.
Qui l'entendra gémir, le vieux dessin d'enfant, broyé et lézardé, coulé dans l'avenir ?
 
L'histoire est si connue... et ainsi va la vie comme on la fait aller. On démolit, on rebâtit. Plus haut, bien plus solide. Mais il y a toujours quelque part, invisible, oubliée, une cicatrice, un coin emmuré du passé qui pleure et se lézarde au profond du béton.

Publié dans Fables

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L
Comment résister à l'infernal béton? A la folie des constructeurs dont le coeur n'a jamais battu pour une petite maison, ses vieux, ses oiseaux et ses chiens? Les planchers qui craquèlent, le
jardin en pente douce, c'est dépassé, c'est archi-usé, c'est une autre époque, très loin, très loin...Vive les murs lisses et blancs la lumière blanche, les grandes fenêtres, l'ascenseur, les
terrasses et les meubles sans âme comme on en voit dans les vitrines des magasins...Je me détourne, chère Carole, car moi qui aime les vieilles maisons avec des oiseaux et des chats et des fleurs,
je suis triste...
Lorraine
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C
Coulée dans le béton, telle une victime de la mafia des affaires ! Terrifiant !
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G
bel article qui n'a rien d'un texte de façade
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H
Cette image est très émouvante. Je n'ai jamais vu ce genre de ¨fossile¨, j'ai même du mal à saisir comment cela peut se faire?
C'est troublant ce vivant qui se meurt en embrassant ¨l'ennemi ¨ vainqueur...

Hélène*
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C


Moi aussi je me demande comment on peut "râcler" comme cela les parois d'une maison détruite. Mais ce n'est pas la première fois que je vois cela, même si cette fois c'était spectaculaire.



D
Comment te dire ce que j'éprouve après avoir lu ces mots. C'est fort. Terrible. J'ai un grand respect pour ce que tu fais. Merci
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F
Je voulais t'envoyer "le petit jardin" de J.Dutronc (paroles Jacques Lanzman)mais j'y arrive pas!! dommage!! BISOUS FAN
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C


Merci. Je le trouverai sans doute sur you tube ou deezer ?



M
En voyant la photo, j'ai tout de suite pensé à un de ces dessins d'enfants en 2D bien affirmés, avec cette naïveté et cette certitude de l'enfance... et puis, comme l'enfance, la maison a
(tré)passé, reste le dessin sur le mur comme sur un cahier de poésies illustré avec le soin d'un autre temps...
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C


Beau commentaire ! Merci, Marie. je partage tout à fait ces sentiments.



Z
les maisons de villes, avec effectivement leurs vieux....elles ont du charme pourtant..
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C


Mais on les démolit en quantité, ici !



P
J'adore aussi ces maisons fantômes !
http://photogus.over-blog.fr/article-cris-des-murs-119847733.html
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C


Je vais voir tes fantômes.



J
Au suivant comme disait Brel eh oui même pour nos toits.... Merci, jill
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C


Oui, au suivant... pareil pour les textes du blog, après tout...



E
ah que c'est triste et si bien dit, Carole, et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis... cela s'appelle "le temps qui passe" mon enfant...
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C


Je n'ai rien voulu dire d'autre. C'est la tragédie silencieuse, banale, que nous partageons tous.



M
Oh! comme un spectre elle reste encore présente, pour prouver qu'avant des âmes y vivaient heureux!
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C


Une sorte de spectre, en effet. Comme tout bonheur passé, peut-être.



A
Impitoyable béton qui renferme implacablement nos maisons et leurs murs tout imbibés des joies et des peines de plusieurs générations.Un peu de notre âme y reste.
La maison de mon enfance engloutie sous l'autoroute..surtout ne jamais y retourner, garder tout intact dans le coeur,et ne rien oublier...
Très émouvant poème Carole!
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C


Sous l'autoroute ! Garde-la bien dans ton coeur.