La maison du bord de l'eau

Publié le par Carole

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Maison au bord de la Sèvre. Rezé
 
 
C'est une maison du bord de l'eau. Une demeure aux yeux clos, dont on a muré toutes les fenêtres, toutes les portes.
 
On y vivait heureux parmi des arbres pleins d'oiseaux. Les nuages en rêvant trempaient dans la rivière le bout gris de leurs ailes, le ciel en frémissant posait sur le courant des chemins bleus, des rayons de pluie douce, ou des filets d'étoiles. Dans les allées du grand jardin, un couple marchait le soir en se tenant la main, et des enfants couraient dans l'envol des ballons et de la haute balançoire.
 
Puis quelque chose est arrivé. Quelque chose que j'ignore, que je ne peux qu'imaginer.
Le couple s'est séparé.
Quelqu'un est mort.
Les enfants sont partis, oubliant derrière eux de vieux arbres d'hiver, des allées noires emplies d'orties et de corneilles.
On a vendu la maison. On va la démolir et construire un immeuble d'exception - Rives de Sèvre - Côté rivière - Les Naïades. BBC. Larges baies. Profonds balcons. Terrasse panoramique. Parc privatif.
 
Je ne sais pas.
 
Je sais seulement que la maison du bord de l'eau est restée seule et triste, fermée sur ses secrets, étouffée dans son ombre, attendant de finir.
 
Pourtant, quand on la regarde en passant, on voit qu'elle penche un peu, qu'elle cherche à tâtons la rivière. Lorsqu'on s'approche tout près d'elle, on entend les vieux arbres lui parler à l'oreille - et d'un murmure elle leur répond dans le vent qui passe, et des oiseaux vivants tendent des nids sous les gouttières pour y capturer le bonheur.
 
C'est une maison du bord de l'eau.
Une maison qui rêve encore.
 
A coups de branches vives, à brassées de roseaux, brisez les briques de parpaings, ouvrez les portes et les fenêtres.
Faites venir le couple qui s'aimait,
faites entrer les enfants, et laissez-les crier,
faites courir dans l'herbe le ballon coloré,
accrochez au vieux saule la balançoire qui grince.
 
Et que rien ne finisse.
Et que tout recommence.
 
 
Qui n'a pas, quelque part, une demeure aux yeux clos,
un jardin oublié,
une maison du bord de l'eau ?

Publié dans Fables

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D
Bonjour ^
A mon tour de vous découvrir
de me plonger dans votre univers
et j'aime beaucoup
Danielle
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C


Alors, à bientôt, Danielle, pour partager nos univers !



K
Tes mots communiquent bien la tristesse de l'âme de ces lieux
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C


Merci, Kri, bonne soirée, et à bientôt !


 



P
C'est souvent dans la "période grise" que les ouvertures se font sombres, immobiles, condamnées...
Pourtant,le rose colore légèrement les pâquerettes,des reflets bleus dansent sur l'eau et tu pousses doucement la porte restée entr'ouverte...
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C


Je n'aurais pu rêver plus beau commentaire, "Passion" !


Merci, et à bientôt sur ton site,


Carole



P
je me reconnais bien ...En fait c'est une maison imaginaire que j'ai tout au fond de moi.Une maison comme celle que tu as decrite si bien,une maison qui ne demande qu'à ouvrir tout grand ses
fenetres et ses portes,faire fumer la cheminée et danser dans le jardin.
Tes mots une fois de plus sont pleins de douceur,de vie, de joie,du refus du malheur et la recherche du bonheur à tout prix.
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C


Cette maison est en chacun de nous. Mais, pour commenter à mon tour la fin de ton commentaire, j'ajouterai qu'il n'y a pas de bonheur sans conscience du malheur, pas de douceur si on ne connaît
pas la peine. J'essaie de traduire tous ces sentiments, mais il y a peut-être des "périodes" (comme chez les peintres... bleues, roses, ou grises). 


A bientôt Pyrausta, et bonne soirée !



G
Là où l'imagination déborde et c'est la crue. Le début d'un roman ...?
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C


En l'occurrence, ce serait plutôt une autobiographie, car j'avais de bonnes raisons de remarquer cette maison murée promise aux bulldozers...


Merci, Gérard, et bonne journée !



J
Parfois même, cette maison aux volets clos se trouve en nous ! C'est la plus triste et terrible des demeures ! Très beau ton texte. Merci . Joëlle
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C


Oui, et nos souvenirs mal emmurés remontent toujours.


Merci, Joëlle, à bientôt,


Carole