La main de l'ange

Publié le par Carole

 La Tour passage sainte-croix-copie-2
 
 
    J'avais vu au musée de Rennes la fameuse nativité de Georges de La Tour. Et bien sûr j'avais souvent rencontré au musée de Nantes l'ange de saint Joseph et le saint Pierre tremblant du même Georges de La Tour. Mais je n'avais jamais contemplé les trois toiles ensemble.
   Or la récente exposition du passage Sainte-Croix les a réunies, mettant ainsi en évidence – ou plutôt en lumière – la grande proximité de ces trois oeuvres, proximité qui est du reste – mais c'est une autre histoire – à l'origine de la redécouverte du peintre au XIXème siècle par l'érudit Hermann Voss.
    Ce qui m'a semblé saisissant, et que je n'avais jamais à ce point admiré, tant que je n'avais pas vu les trois tableaux ensemble et prenant tout leur sens d'être posés les uns auprès des autres comme des mots dans une phrase, c'est cette main levée, qui chaque fois s'interpose entre la lumière et nous. Paume envahie de clarté et dos inondé d'ombre, une main de lumière et une main de nuit, pour nous montrer que toute connaissance est doublée d'ignorance, et que le savoir le plus lumineux est celui qui s'extrait des ténèbres. Une main, surtout, qui nous prend par la main, et pourtant nous écarte, nous séparant de ce que le tableau révèle, mais nous rendant si proche, si nécessaire, la lumière entrevue. Qui montre et cache, qui nous repousse et nous invite d'un même geste, nous indiquant plus loin le seul chemin à suivre.
    Par trois fois cette main.
    La main de l'ange, la main de l'haut-delà, la main de l'artiste.
 
La Tour Saint-Pierre

 

Publié dans Nantes

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Cristophe 20/01/2014 11:17

On pond beaucoup de théories sur cette lumière alors que la vérité est toute simple : on protégeait la flamme des fréquents éternuements du peintre.

Carole 21/01/2014 12:12



Vérités d'en-haut, et contre-vérités d'en-bas : y verrons-nous clair à la fin ?



prouteau marie-hélène 19/01/2014 07:51

Très beau texte, en résonance avec la grâce austère de La Tour. Oui, la main "envahie de clarté".Elle ne serait rien sans le mouvement qu'elle esquisse vers les visages et les regards. Celui de
Marie, de Pierre ou de Joseph, chacun face à lui-même et à sa destinée.La maternité,la trahison,la paternité...
Est-ce une "connaissance" ? Je le ressens comme l'invitation à une expérience intérieure, un tête-à-tête avec soi-même. Grâce à une petite flamme qui, malgré le noir, fait palpiter l'espoir.
Marie-Hélène Prouteau

Carole 19/01/2014 17:52



Il n'y a sans doute pas d'autre connaissance. Et c'est justement cette petite flamme qui palpite dans ton roman.


Merci, Marie-Hélène, pour ce beau commentaire.



Catheau 16/01/2014 22:00

L'hu-main, main-tenant, grâce au pinceau de l'artiste.

Dalva 14/01/2014 13:18

Je n'ai regardé les tableaux qu'après avoir ton texte qui les éclaire.

MARIE 13/01/2014 23:29

Ah la main ... un des grand classique des cours de dessin d'art, c'est beau une main... enfin certaines mains plus que d'autres ;)

Nalo 13/01/2014 18:23

Magnifique !!

alorraine 13/01/2014 17:11

Superbement belle, ton interprétation, chère Carole. Cette main répétée trois fois dit trois fois que l'ombre et la lumière se complètent et que nous pouvons, nous les humains, passer de l'ombre à
cette Lumière...

Lorraine

Nounedeb 13/01/2014 16:35

Un article lumineux! Ce clair obscur, aussi, comme le dit et le non-dit qui passe à travers l'échange de regards.

emma 13/01/2014 15:43

trouvé cet article ‘'(http://enigm-art.blogspot.fr/2011/12/bougie-chandelle-et-flamme-dans-la.html )
sur la lumière de bougie en peinture, article qui fait la part belle à La Tour, le maitre de ces effets de clair obscur, si évocateurs de l’intimité des foyers de ces époques d’avant électricité -
et comme tu le dis, le maitre des mains, exercice si difficile pour beaucoup de peintres. La plus belle de ses mains en effet sur-réelles n'est-t- elle pas celle de l’enfant du Joseph Charpentier,
avec la chair des doigts translucide

Alain 13/01/2014 12:18

La redécouverte de La Tour au 19e me rappelle celle de Vermeer à la même époque. Deux oeuvres de lumière.
J'ai vu deux fois l'exposition parisienne de 1997. Génial !
La bougie... Elle est essentielle dans l'oeuvre diurne du maître : elle irradie vers l'intérieur, se cache, blottie derrière une main.
Dans le Saint Joseph charpentier du Louvre, la lumière n'est pas bloquée par la paume. Cette fois, elle traverse la main et fait rougeoyer les doigts. Cette main là, envahie de lumière, ne nous
tient pas à distance. Ne nous inviterait-elle pas à pénétrer dans cet enchantement pictural ?

Carole 13/01/2014 14:37



Précieux commentaire, qui ouvre bien des réflexions... il me semble que c'est là un motif à méditer longtemps et de bien des façons.



jill bil 13/01/2014 10:05

En effet, une main qui apaise, protège et éclaire... ou chacun selon ses vues...

Anne-Marie 13/01/2014 09:36

Je n'y aurais jamais prêté attention, mais maintenant que tu le dis...Une main qui, peut-être, nous tient à distance, nous impose concentration et respect...

mansfield 13/01/2014 08:07

La main du savoir qui donne envie de découvrir toujours davantage, cette part d'ombre en nous qui a un besoin infini de lumière

Richard LEJEUNE 13/01/2014 07:53

La lumière au centre de scènes très sombres, partiellement dissimulée pour mieux se diffuser : le grand art de Georges de la Tour ...

Carole 13/01/2014 14:38



Caravagesque, certes, mais si riche de sens aussi.



Martine 13/01/2014 06:47

Très pertinent. J'aime ta vision, ton interprétation des choses. Des oeuvres qui se rencontrent, qui modifient notre perception d'elles.
Bonne journée Carole
;)