La machine à écrire

Publié le par Carole

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Un jour, c'est arrivé. Cela devait arriver. L'auteur a cessé de lutter à mains nues sur la page, pour se colleter enfin à la machine.
Le texte a cessé d'être écrit pour être fabriqué.
Le manuscrit vivant est devenu l'impersonnel tapuscrit reproductible à l'infini.
La phrase est devenue cette mélodie imprimée qu'il fallait harmoniser avec la basse d'un clavier cliquetant et les grands chocs furieux d'un chariot soprano.
 
Un jour, ils ont été trois : l'écrivain, la page, et la machine.
 
Rien n'avait changé.
Et pourtant tout avait changé.
L'écrivain ne caressait plus la muse en retaillant sa plume comme un Pierrot de lune.
La machine à écrire l'avait assis à son clavier, posté là comme un autre, dans l'immense atelier de la modernité.
 
Il ne pourrait plus jamais être un dieu,
celui qui peinait et tapait sur les touches à ressorts.
Et, au fond, cela lui était bien égal.
Peut-être même, au fond,
qu'il s'était mis à l'aimer,
sa muse mécanique,
sa mignonne Remington.
 

Publié dans Fables

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Catheau 15/12/2014 14:45

Désormais, où sont les ébauches, les repentirs, les ratures ?

flipperine 13/12/2014 17:28

et avec la machine à écrire il y a l'avantage qu'on est pas obligé de déchiffrer l'écriture

Cardamone 13/12/2014 13:00

Bien possible, je l'ai lu il y a si longtemps...

JC 13/12/2014 08:17

Peut-être que la musique du cliquetis des touches berçait l'écrivain qui se sentait ainsi moins seul ! Amitiés. Joëlle

michèle 13/12/2014 07:55

J'aime énormément ton poème écrit ... sur l'ordinateur. 8-)

C'est la pensée claire et poétique qui choisit et guide tes mots. Il n'en est pas moins vrai que l'outil utilisé pour écrire peut évoquer et même faire regretter la magie d'habitudes moins
fréquentes presque tombées en désuétude, un désuétude nostalgique.

dalva 12/12/2014 21:55

La Remington, c'était comme écrire à la main. Il fallait se relire, corriger à la main, retaper, corriger encore, retaper encore. Le grand saut c'est quand même l'ordinateur.
Je me souviens avoir écrit des textes sur ma petite machine à écrire. C'est loin tout ça...

mansfield 12/12/2014 18:48

Eh oui, cette belle machine avait une âme que notre clavier d'ordinateur impersonnel ne sait pas vraiment retrouver!

dominique 12/12/2014 17:13

Bonjour, c'est intéressant.
Je me suis souvent posé la question de savoir si l'écrivain avait des mots différents en fonction du support utilisé.
Écrit-il la même chose sur du papier brouillon que sur du Vélin?
Est-ce différent avec un ordinateur?

Mamilouve 12/12/2014 12:11

... "étaient-ils", bien sûr !

Mamilouve 12/12/2014 12:10

Le tic tic de la machine à écrire a bercé mon enfance et bien souvent permis de m'endormir parce qu'il m'assurait de la présence maternelle dans la pièce voisine. A mon tour, j'ai très tôt appris à
taper et je ne regrette ni la plume, ni la machine familière : le traitement de texte est un outil bien plus maniable pour exprimer sa pensée au plus proche de ce que l'on souhaite exprimer. Quant
au "nivellement par le bas", il ne provient pas de l'outil utilisé mais plutôt de la façon dont on l'utilise (voir le langage SMS). Combien de nos ancêtres étaient-ils été familiers de la plume
d'oie ? Si j'en crois les registres d'état-civil, ils n'étaient en aucun cas majoritaires.

Carole 13/12/2014 23:59



J'imagine bien, chez toi, ce tic tic de la machine. Chez moi aussi, on vivait avec ce "tic tic", car on "tapait" du matin au soir... mais dans le bureau, contigu à notre cuisine, du secrétariat
de la petite entreprise familiale.



Lorraine 12/12/2014 10:53

Eh oui, je l'ai aimée, ma Remington!... :)
Lorraine

Carole 13/12/2014 23:59



Et Mamilouve le confirme !



Richard LEJEUNE 12/12/2014 10:42

Deux réflexions.
Par rapport à cette machine, d'abord : elle a déjà considérablement évolué et va d'ici quelques années disparaître au profit du texte dicté à son ordinateur par l'écrivain.

Ensuite par rapport à la décision danoise : voilà un grand nombre de siècles que toute personne qui réfléchit sur le "modernisme" se rend compte que l'on s'enfonce dans l'optique de ce que
j'appelle, dans l'Enseignement, le "nivellement par le bas".
Pour deux raisons : que les pays qui le décident puissent devenir, selon les statistiques européennes, un de ceux où le taux d'échec scolaire est le plus bas. (Rires !!!)
Et la seconde, que les jeunes à former ne réfléchissent pas trop, ne soient pas trop éduqués et ainsi, ne penseront pas à se révolter contre le pouvoir en place.
Abêtir le peuple, le maintenir volontairement dans une certaine ignorance intellectuelle, c'est se garder de le voir se rebiffer.
Nous voilà dans la droite ligne des relations médiévales entre seigneurs et vilains !

Carole 12/12/2014 14:12



Clavier, ou pas, le changement fondamental, c'est, à mon avis, le passage par la machine. Pour le meilleur ou pour le pire, là n'est plus la question, puisque c'est une étape maintenant
irréversible.


Sinon, en ce qui concerne la décision de "ne plus apprendre à écrire", j'ai vu qu'en fait, il s'agissait seulement de ne plus apprendre l'écriture cursive, base de la calligraphie. Il y a cependant un rapport évident avec mon sujet sur "la machine à écrire". Il ne faut pas oublier non plus la "machine à
écrire" imaginée par Kafka dans "La Colonie pénitentiaire".



zadddie 11/12/2014 23:13

objet culte en effet

Cardamone 11/12/2014 23:04

Je n'ai jamais eu de machine à écrire... pourquoi est-ce qu'elle m'évoque un écrivain en marcel, dans une ambiance chaude, voire étouffante, une bouteille de whisky à portée de main, en mal
d'inspiration???

Carole 12/12/2014 00:15



Hemingway ? 



Aloysia_Martine 11/12/2014 22:47

Il fallait l'écrire... Et pourtant, dire que maintenant, c'est la petite machine (la mienne était une olivetti, adorable et verte !) que nous allons regretter... Car tout de même, l'humain est
prodigieux : de même qu'il prolongeait sa main du crayon devenu partie de lui-même, de même se projeta-t-il dans la petite machine, poursuivant son rêve de mots dans un brouillard de touches
claquantes qui soudain offrent à ses regards éperdus un texte maladroitement calibré aux lettres parfois vacillantes et que bientôt il surchargera de blanco ou de petites étiquettes pour
d'inévitables corrections...
Alors, la regrettera-t-il, sa toussotante compagne quand, parcourant des mains le clavier quasi silencieux du PC, il découvrira avec ravissement son texte s'affichant à la perfection au fil de sa
pensée ? Le bon vieux stylo réclamait lui aussi bien des éléments : le bureau ; les cahiers ; les recharges d'encre ; ou pour le crayon, la gomme, le taille-crayon... A l'origine, on écrivait par
terre, dans le sable, avec les doigts !

cathycat 11/12/2014 19:11

Ton billet me fait sourire car il est vrai que la machine à écrire est venue s'interposer avec sa mécanique bruyante entre l'écrivain et l'écriture. Et pourtant quand j'entends le clic-clic-clic...
ding (fin de ligne) schlak (retour chariot), je me sens transportée des années en arrière et je me rappelle les lettres qui s'emmêlent, l'effaceur, les carbones, le Q, le M, le A, le P, le W qu'il
fallait taper sans ménager les petits doigts. Je vois aussi les écrivains taper à toute allure leur roman policier (c'est ce qui colle le mieux dans mon esprit avec l'évocation de la
dactylographie).
Et quand l'ordinateur est arrivé, j'ai trouvé qu'il était mille fois plus pratique mais que la frappe des textes avait un peu perdu de son âme, avec son correcteur d'orthographe, son copier-coller,
la correction à tout va de la mise en page et de la synthaxe. La technique rend l'exercice plus lisse mais en revanche les idées ont plus de facilité à s'exprimer, c'est plus rapide, plus visuel.
Ce qui est formidable, en somme, c'est d'avoir le choix de son outil.
En atelier d'écriture, pas d'informatique, nous apportons notre stylo, stylo plume... ou crayon. Pour ma part j'écris toujours au crayon à papier, j'adore ça...
Belle soirée à toi et merci pour ce billet qui me transporte dans tout plein de souvenirs...


l

hamza 11/12/2014 11:26

J'ai acquis ma première machine à écrire portative de marque OLIVETTI en 1965. Quelques temps après j'ai acquis ma deuxiéme machine à écrire toujours Olivetti grand'chariot et enfin une petite
machine toujours de la même marque mais en caractères arabes. Je ne les échangerais pas pour tout l'or du monde. certes l'écriture à la main permet à l'écrivain de faire travailler son esprit, de
réfléchir,et de raisonner. L'écriture à la machine est vite réalisée avec moins d'effort. C'est une question de temps aussi. La machine va plus vite que la main.

Carole 14/12/2014 00:06



Tout est dit dans votre commentaire, Hamza ! La machine à écrire est une étape dans nos vies... et dans nos pensées.



Quichottine 11/12/2014 11:17

Je suis assez d'accord... nous devons désormais tenir compte de bien des choses que la machine nous impose...

Mais qui sait ? Cela peut aussi nous apporter un "plus" dû à ce temps de réflexion nécessaire pour que ce que nous voulons dire s'inscrive dans notre page là où nous le désirons...

Un peu comme un peintre devant sa toile, comme un sculpteur sur son marbre. Nous devons apprendre à l'apprivoiser, à tenir compte de ses défauts, de ses limites.

La plume pouvait se jouer des obstacles... la machine a encore beaucoup à nous apprendre, nous venons seulement de la découvrir alors qu'il a fallu des millénaires pour que l'écriture soit celle
que nous connaissons aujourd'hui.

Mais j'espère que nous ne perdrons pas le plaisir d'écrire...

Passe une douce journée Carole.

lucm.reze 11/12/2014 10:19

Quand je vois une Remington, impossible de ne pas fredonner les paroles de Gainsbourg : « Sur ma remington portative. J'ai écrit ton nom Laetitia Elaeudanla Teïtéïa Laetitia les jours qui se
suivent. Hélas ne se ressemblent pas. Elaeudanla Teïtéïa …».
Le clac clac des touches, le vlaaaaan du retour à la ligne, le choc des empreintes, l’encre, le papier, l’écriture à la machine c’était aussi très physique, quasi charnelle. Avec l’ordi on ne
frappe pas, on saisit.

X 11/12/2014 09:39

Pour rebondir sur ce que dit JC Legros, il semblerait aussi que l'apprentissage de l'écriture manuscrite développe certaines parties du cortex cérébral de l'enfant et que, ces exercices tout bêtes
d'écriture (comme celui de l'apprentissage par coeur d'un texte) ont leur rôle dans le développement intellectuel de l'enfant. Je ne suis pas une scientifique et excusez-moi de rester vague.
Cela dit, la machine à écrire n'ôte rien à personne : avez-vous pensé à ces gens dont la main n'obéit plus vraiment, dont les doigts sont déformés, ce qui arrive parfois très tôt, et qui ont
peut-être encore quelque chose à dire?
Dans ma correspondance personnelle, j'écris au stylo-plume. Mais il arrive que la crispation de la main sur l'outil devienne douloureuse.
Ce qui compte, c'est tout de même ce qui est écrit. Et la machine est aussi une lutte à mains nues, il faut la maîtriser. Bien des sottises ont dû être écrites à la plume d'oie.

jill bill 11/12/2014 09:09

Steno-dactylo de formation, j'ai connu la machine, même pas électrique... ;-) et le Tipex !

jc legros 11/12/2014 06:56

Que dire alors de ce débat qui ne manquera pas d'avoir lieu, si l'on en croit les prémisses (vaguement entendues au JT voilà trois semaines)? On songe à abolir l'apprentissage de l'écriture cursive
pour une écriture "machine"afin que les enfants s'habituent à ce qu'ils auront sous les yeux plus tard. Il semblerait que le Danemark ait déjà opté pour cette "modification". Je me pose donc la
question: en Garamond, en Helvetica, en Goldoni?

almanito 11/12/2014 06:43

Voyons le bon côté des choses. Certes le charme de l'écrivain armé de sa seule plume n'est plus mais pourquoi lui aussi ne bénéficierait-il pas des facilités du monde moderne? Imaginons toutes les
œuvres que nous ne lirons jamais qu'un écrivain pourtant fécond comme Balzac aurait pu écrire en plus grâce à la rapidité de la machine...
Par contre, ce terme de "tapuscrit" me fait toujours rire, la trouvaille n'est pas très heureuse.