La hutte

Publié le par Carole

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Grande Brière - Hutte d'affût
 
 
Tout au bord des tourbières, on voyait aussi ces huttes de roseaux posées sur l'eau, toutes orientées différemment, et couronnées de hampes qui les confondaient, vues de très haut, d'un oeil morne d'oiseau migrateur fatigué, avec les roselières du rivage.
Il paraît que chaque chasseur de canards se bâtit ainsi quatre huttes, et va de l'une à l'autre sur son chaland, pour se tenir toujours du bon côté du vent. Gare à celui qui tomberait à l'eau en laissant échapper sa barque, car on ne peut se tenir sur la tourbe, dont la boue noire et sournoise happe et digère aussitôt les malheureux égarés enlisés, comme de simples mouches.
Beaucoup de ces huttes étaient ruinées ou abîmées. Et bien rares étaient les hameaux flottants où elles allaient encore par leurs quatre chemins de vent.
 
Ces constructions venues du fond des siècles, désormais délaissées, m'ont fait penser à ces affûts compliqués de branchages et de feuilles que se bâtissent aujourd'hui les photographes animaliers, à la façon dont ils étudient les directions du vent pour éviter d'effaroucher les bêtes, aux risques insensés qu'ils sont capables d'affronter, pour quelques belles prises.
Les photographes... ce sont peut-être eux, après tout, les descendants des chasseurs-cueilleurs d'autrefois.

Publié dans Fables

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Aloysia* 18/09/2014 19:05

Magnifique ! Qu'est-ce que tu écris bien, Carole ! Tout est beau, léger, clair, esthétique... Je suis vraiment admirative.

zadddie 18/09/2014 01:00

j'en étais déja arrivée à penser cela..

flipperine 17/09/2014 23:31

je n'avais jamais vu ces huttes que ne ferait-on pas quand on chasse mieux vaut aller à la chasse aux photos

almanito 17/09/2014 15:38

Ils ont bien du mérite, oui, les photographes animaliers. J'apprends beaucoup sur leurs blogs notamment. Par exemple que la nature sait régler les populations animales sans l'intervention humaine.
Ce sont d'ailleurs très souvent des militants écolos qui font beaucoup pour informer et changer les comportements.

Carole 17/09/2014 17:45



Ce qui m'émerveille, c'est leur incroyable patience. C'est un métier que je serais tout à fait incapable d'exercer.



Mamilouve 17/09/2014 09:55

L'affût, la capture, non plus de l'animal mais de l'image, gestes ô combien éternels revisités par le mode de vie et la technologie actuels. L'image est belle. Au propre, au figuré.

saravati 17/09/2014 09:30

Un bel article presque documentaire. On se demande ce que recherchent vraiment les constructeurs de ces abris flottants...au-delà des apparences matérielles ...

Richard LEJEUNE 17/09/2014 08:55

Peut-être, oui, d'autant plus qu'à l'instar des chasseurs nomades de la Préhistoire, ils s'orientent de manière telle que l'animal ne sente pas leur présence ...

J'ai vu voici quelques semaines un très beau et très intéressant reportage télévisuel sur ces chasseurs d'images animalières : les "abris" minuscules que ces photographes s'aménagent et dans
lesquels, sans bouger, ils s'allongent des heures entières forcent le respect !

Carole 18/09/2014 22:50



Oui, ce sont vraiment les héritiers de ces hommes patients que furent nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Un autre rapport, non seulement à la nature, mais aussi au temps (mais j'ai tort de faire
une distinction finalement).



jill bill 17/09/2014 03:21

Astucieux et dangereux à la fois, merci Carole je découvre....