La fenêtre de Chateaubriand

Publié le par Carole

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Lui, j'étais allée le voir à Combourg.
Après la visite des tours, du chemin de ronde et de la triste logette au chat fantôme, dans le sombre château de granit où, depuis si longtemps, il n'était plus, je l'avais soudain aperçu au village, à la fenêtre d'une crêperie.
C'était encore l'été, il faisait chaud, le grand homme avait poussé la vitre pour rêver au balcon, y saisir une phrase lentement mûrie, une ferme période, ou peut-être une tendre épithète, cueillie comme un fruit mûr aux branches du beau temps, dans les ramages du fer bleu et les volutes roussies de la vigne...
Et voilà qu'il était, au-dessus de la petite rue, dans la maison banale, un homme parmi les autres, un rien ébouriffé par le vent de l'histoire, à peine tourmenté par son âme d'Abencérage - juste un peu assombri par le manteau dont le fresquiste avait cru bon de le couvrir.
Un homme même pas très grand, qui ressemblait un peu à Stendhal, et aussi à Schubert, à Schumann - enfin à bien des gens -, et qui regardait fixement la boutique d'en face : il s'appuyait sur un mur de briques, croisait un peu les jambes, dans la nonchalance d'après-midi - sûrement il allait bientôt descendre dans la rue, pour acheter un journal, un bouquet... Le soir il irait manger une crêpe en bas. Au beurre salé, avec une bolée de cidre.
Il était parmi nous tout bonnement.
Tout de même, il y avait la plume. Entre ses doigts elle était si grande, si claire, si longuement caressée de vent... plume d'oiseau prophète, trempée dans l'encre du grand ciel et la douce harmonie des beaux jours de ce monde... et dans sa main pensive on voyait frémir, respirant l'avenir et l'air bleu dans ses pages légères, un manuscrit joli comme un billet d'amour, chantant comme une partition, où les mots d'outre-tombe dansaient en notes vives, sur les lignes du temps. 
 
De Chateaubriand jamais je n'aurais attendu tant de simplicité - ni tant de légèreté !
 
Puis il m'a semblé que le peintre, sous l'apparente naïveté de la représentation, avait touché profond.
Car c'est cela, le pouvoir de l'artiste.
Il vient à notre rencontre, sans que d'abord on le remarque, l'air de rien, homme parmi les hommes. Et quand nous percevons, à son passage, la tiède brise d'infini, le goût léger de ciel et de musique qui s'en vient dans nos vies, nous en sommes, toujours, un peu surpris.
C'est, dirait-on, si peu de chose.
Et tout est là pourtant.

Publié dans Fables

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Quichottine 14/09/2012 22:51

J'adore !!!
Un manuscrit beau comme un billet d'amour, le vent que je sens passer sur cette plume...

Que c'est beau !
Merci pour cette image et ces mots offerts... C'est magnifique !
Passe une douce soirée.

Carole 17/09/2012 23:23



Merci, Quichottine, ton commentaire me touche beaucoup.



erato :0059: 14/09/2012 20:57

Ton regard , ta plume, l'artiste peintre, Chateaubriand lui-même sont en harmonie pour créer un échange profond . Belle soirée, bises Carole

Carole 17/09/2012 23:22



Merci, Erato.



mansfield 14/09/2012 19:30

Où quand le peintre, l'écrivain et la passante sont en osmose totale! Bravo Carole

Carole 17/09/2012 01:10



Merci, Mansfield. La fresque surprenait, après la visite du château, et je dirais qu'elle soulageait...



EmilieRD 14/09/2012 15:15

Bon vendredi!

Carole 17/09/2012 01:10



Merci.



Voilier 14/09/2012 14:29

Et tout est là pourtant...

Voilier

Carole 17/09/2012 01:09



Merci, Voilier, car tout est aussi dans ce bref commentaire...



Nounedeb 14/09/2012 13:09

Je lis, je regarde cette fresque - qui ressemble a une tapisserie - j'écoute le piano. Et Chateaubriand devient un musicien, couchant le vent sur sa partition!

Carole 17/09/2012 01:08



Oui, c'est un musicien... sinon serait-il écrivain ?



Joëlle Colomar 14/09/2012 12:50

Il n'y a pas d'ami plus intime qu'un écrivain. Grâce à sa plume, il entre dans ses livres que nous tenons tendrement dans nos mains, sous la vigilance de nos yeux ! Amitié. Joëlle

Carole 16/09/2012 21:46



Joëlle, c'est exactement ce que je voulais dire. Il est dans nos vies, tout simplement.



Lorraine 14/09/2012 12:24

Je suis aussi allée à Combourg pour rencontrer Chateaubriand. Son souvenir s'estompe avec les années, mais j'aurais préféré l'imaginer comme toi, vivant parmi nous, et ressemblant (si pas à tout le
monde)du moins à Schumann ou a Schubert; J'ai savouré cette rencontre que tu fis, si naturelle, et certainement très émouvante! Accoudé au balcon, je l'imagine mieux qu'en son château sévère. Je
m'en retourne discrètement chez moi, vous laissant seule à seul en une conversation d'éternité et de nostalgie.

Carole 16/09/2012 21:45



Merci, Lorraine. C'est exprès que j'ai choisi cet auteur qui semble sévère et solennel, et plus encore losqu'on se trouve à Combourg.



Catheau 14/09/2012 08:32

Calme à la fenêtre, il désire pourtant les orages...

Carole 16/09/2012 21:44



Qui sait ?



Richard LEJEUNE 14/09/2012 08:16

Ah ! Chateaubriand ... toute mon adolescence.
Avec Proust, bien évidemment, le plus grand, à mes yeux à tout le moins ...

C'est aussi à Prague que je rencontrai Chateaubriand ...

http://egyptomusee.over-blog.com/article-amours-estivales-16-prague-le-chateau-royal-40923700.html

http://egyptomusee.over-blog.com/article-amours-estivales-18-prague-sous-la-plume-de-chateaubriand-43804456.html

Carole 16/09/2012 21:44



Merci pour le lien.



marine D:0019: 14/09/2012 07:29

Je connais un tel artiste,il était avec nous cet été faisant d'un simple morceau de bois de tilleul un bas relief, parlant musique, littérature, peinture, et surtout d'une présence et d'une
conversation si précieuse...
Belle peinture...

Carole 16/09/2012 21:42



Alors, s'il était ainsi, c'était bien un artiste...



jill-bill.over-blog.com 14/09/2012 06:57

Il est magnifique ce trompe l'oeil... et toi comme à ton habitude... superbe ! Jill

Carole 16/09/2012 21:42



Merci Jill, tu me fais plasir, là !