La fenêtre de Balzac

Publié le par Carole

fenêtre maison de Balzac
 
    Quand j'ai visité, à Passy, la maison aux contrevents verts, la vieille demeure campagnarde où Balzac a longtemps vécu, j'ai eu la surprise de découvrir, dans le bureau très simple qu'il y avait installé, cette fenêtre de manoir gothique. 
    Surgi de l'obscurité triste d'un soir de mauvais temps, c'était un grand vitrage qui découpait le monde en petits carreaux de couleurs. Un carreau vert près d'un carreau bleu, un carreau gris près d'un carreau mauve, un carreau rouge près d'un carreau jaune... Le monde, ainsi filtré par ces rectangles de verre fanés comme de vieux livres, et cernés de plomb comme de minces caractères d'imprimerie, était une somme de petits univers, enclos sur leurs couleurs, leurs lumières et leurs ombres. Et tout cela réuni recomposait un autre monde, harmonieux et brisé, chatoyant et obscur, précis et trouble comme un vitrail de cathédrale, où l'on reconnaissait pourtant le ciel et les nuages, les arbres et l'herbe des pelouses, les fleurs du jardin et le toit des maisons voisines, tous les humbles détails de la réalité humaine, perçus comme à travers une multitude de lentilles et de prismes magiques, transformant le regard pour l'éveiller, égaré, à tous les étonnements, à toutes les admirations, à toutes les pénombres.
    Une vraie fenêtre de romancier.

Publié dans Fables

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C
Il fallait lire dans mon commentaire précédent : "un plaisir que je n'avais pas eu"...
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C
J'ai relu Balzac avec plaisir récemment,
http://1671137.fr/blog/2013/08/24/baronne-enclenchee/
un plaisir que j'avais pas eu il y a... longtemps. Peut-être alors n'étais-je pas mûr pour Balzac. Je vais en lire encore.
Quant à la maison Balzac à Paris, je suis passé près souvent durant mes neuf années parisiennes, en allant ou en sortant de la maison de la radio. Ton billet me fait regretter de ne pas l'avoir
visitée, même si à l'époque je n'avais pas encore relu Balzac.
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C


L'endroit est peu fréquenté, mais d'autant plus émouvant. On y "sent" le travail de l'artiste, sa solitude aussi.



B
Oui, une belle fenêtre. C'est toujours émouvant de voir où les écrivains se sont installés pour travailler, ce qu'ils avaient sous les yeux tout en écrivant... Elle est belle, cette fenêtre.
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C


J'aime beaucoup ces visites de maisons d'écrivains, et j'aime moi aussi m'attarder dans le bureau. Mais on ne résout pas le mystère de la création.



L
Balzac, qui regardait de très près les souffrances, les sottises, les espoirs brisés, les mariages d'argent, les filles sans dot, tout un monde (son époque!) déprimant quelquefois, avait sans doute
besoin du mirage des couleurs. Et comment mieux s'évader que dans le prisme du vitrail, chaque jour différent et chaque jour sublime? Merci pour ton texte toujours si près des réalités cachées!
Lorraine
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G
Bonjour Carole, hé bien ta photo est aussi bien que celle de Loches, la mienne est plus rapprochée d'où les détails plus apparents et peut-être la qualité de l'objectif comme je te le dis en
réponse sue mon blog. Bravo encore.
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C


Là, tu es trop gentil ! Il y a aussi la différence de qualité entre les photographes eux-mêmes ! J'essaierai tout de même d'acheter un meilleur objectif.



J
Mondrian avait du voir les paysages sous le même prisme, ne crois-tu pas ? Amitiés. Joëlle
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C


Oui, je le crois !



V
Très intéressante remarque... !
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C


Merci, et... vive Balzac !



F
Merci Carole, tu sais combien j'aime les "passeurs de lumière"!! En l'occurrence, pas besoin de dessins, la vue sur le jardin nous laisse aller à toutes les rêveries possibles et impossibles,
aussi, pour un écrivain, il y a matières !!! BISOUS FAN
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C


Matières, j'aime bien ce s. Merci, Fan.



P
Une fenêtre à rêves...
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C


Une fenêtre pour mieux "voir". Merci de votre visite, Phil.



E
admirablement dit - le monde comme un kaleidoscope juste assez flou pour laisser cohabiter réalité et imaginaire - et diffuse une lumiere sourde sombre sur les intérieurs bourgeois de cette époque
un peu étouffants où macéraient les passions -
tu devrais aimer une photo très semblable, de Gérard, un magnifique artiste qui transcende le réel sans un mot: http://photoplap.over-blog.com/article-vitrail-119526427.html
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C


Oui, je connais Gérard, et je partage ton jugement sur lui. J'ai bien vu sa photo d'une fenêtre du château de Loches, elle est beaucoup plus belle que la mienne, évidemment. En fait, c'est en la
voyant que j'ai repensé à la fenêtre de Balzac, que j'avais photographiée en juillet. Et j'ai imaginé alors Balzac regardant le monde en "seigneur" des mots et de l'imaginaire. Je me suis même
demandée s'il n'avait pas lui-même fait installer cette fenêtre pour jouer au châtelain des bords de Loire, mais, ça, je n'en sais rien.


J'aime beaucoup visiter les maisons d'écrivains. Pour Balzac, il "faut" voir aussi Saché.



C
"Une oeuvre d'art est un coin de la réalité vu à travers un tempérament" ou pourquoi pas un vitrail... Merci pour ce billet en l'honneur de celui qui écrivait vêtu de son froc de moine.
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C


Un côté chapelle dans ce bureau de Balzac, en effet. Une pièce étroite, sombre, éclairée par ce "vitrail". La cafetière comme ostensoir, et le bois usé du bureau comme un autel.



A
Me voici de retour après un long silence.... repeindre la vie en couleurs, qu'elles soient claires ou foncées, joyeuses ou tristes, c'est en effet, le travail d'un écrivain. Sûre que cette fenêtre
colorée devait donner à l'auteur toutes les nuances de son inspiration.
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C


Je suis heureuse de te savoir de retour "parmi nous" !



J
Je découvre... Le vitrail fait des fenêtres particulières, une vraie peinture que celle-ci... merci !
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