Hope

Publié le par Carole

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    J'étais au bord du canal Saint-Félix, photographiant les reflets qui tombaient sur l'eau noire, quand cet homme est venu s'asseoir devant moi. Il faisait froid, j'ai pensé qu'il ne resterait là qu'un instant - car peut-on prendre plaisir à s'asseoir au bord de l'eau, par une froide nuit d'hiver?
    Mais il s'est mis à manger quelque chose qu'il avait apporté dans un papier, et à boire, de la bière, je crois. Et à attendre, longuement, regardant l'eau comme s'il avait voulu s'y noyer.
    Il y avait dans toute son attitude l'infini désespoir de ceux que la ville repousse, le soir, de ceux qui n'ont nulle part où aller, quand les portes se ferment. 
   Déjà sa silhouette se perdait d'ombre et les reflets du canal glissaient sur son visage, qui semblait s'effacer. Déjà sa vie se brouillait devant moi, et j'ai eu peur pour lui.
    Puis il y a eu, soudain, cette lueur entre ses mains.
    Il avait allumé un briquet, pour réchauffer ses doigts sans doute, comme la petite fille du conte. La lueur a dansé quelques moments dans la nuit, étincelle vive et légère.
     Alors j'ai vu ce mot sur le bord du ponton - Il m'a semblé lire "Hope"...
   Et j'ai pensé que cet homme, malgré tout, allait se relever, et qu'il retrouverait sa route. Puisqu'il tenait encore entre ses mains un peu de la lumière si fragile du monde. Puisque quelqu'un, un autre soir, était venu dans ce coin solitaire écrire pour lui ce mot sur le béton glacé.
   A cet instant, l'homme en effet s'est levé, j'ai recommencé à photographier les reflets de la rive et il est reparti vers la ville. 

Publié dans Fables

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H.M 07/02/2013 23:41

Tout simplement magnifique comme photographie ! Sans mot...

Carole 08/02/2013 00:31



Merci, votre commentaire me touche beaucoup. 



michèle 04/02/2013 09:52

précision: je parle en général, pas de la personne que tu as aperçue bien sûr.

Carole 04/02/2013 10:41



Et, en général donc, tu as raison. Mais quand je prends une photo, j'essaie de rester extérieure et neutre.,



michèle 03/02/2013 14:26

en fait la pudeur empêche les gens seuls de s'adresser aux gens seuls.

michèle 03/02/2013 14:24

Cette photo est fort belle et très touchante.

MARIE 02/02/2013 14:11

Des "petites marchandes d'allumettes" il y en a plein nos villes, hélas, peut-être pas plus qu'autrefois mais toujours ce même désespoir entre leur mains ...

emma 02/02/2013 12:01

encore un superbe article - tu sembles être toujours là où les signes apparaissent - quand même est il raisonnable de te promener en des lieux si déserts le soir ?

Carole 03/02/2013 22:09



Il n'était pas très tard, la nuit tombe tôt. 


Quant aux signes, je trouve que la vie en déborde. Mais parfois leur sens échappe, parfois, au contraire, il semble d'une étonnante "clarté".



Lorraine 02/02/2013 10:22

Un solitaire dans le soir, un canal mélancolique, un mot presque indistinct...Et l'espoir que ce passant perdu dans les ombres de la ville recommence à espérer. Tout l'anonymat des villes que le
tableau et tes mots restituent, Carole.

Hélène Carle 02/02/2013 00:33

C'est bien là une vraie et belle rencontre!
Assister à l'échange du monde qui sans le savoir unit les uns aux autres, bien au-delà de ce qu'on en pense. Un mot grand comme une bible, un homme immense comme tous les hommes, le regard présent,
attentif, attentionné, d'une âme largement ouverte... C'est si vaste la vie.

Merci Carole,

Hélène*

zadddie 01/02/2013 22:47

: )

Cendrine 01/02/2013 19:58

Des mots qui tremblent de beauté à la surface des eaux noires, comme des cristaux d'espoir...
Combien de vies errantes, de silencieux désespoirs?
Combien d'ombres vivantes?
Je souhaite à cet homme de pouvoir faire croître cette lumière dansante aux courbes d'or...
Amitiés, excellente soirée
Cendrine

Nais' 01/02/2013 19:53

Pardon, je me suis trompée ! Je voulais dire :difficile de distinguer son visage effacé... Et non regard !

Nais' 01/02/2013 19:52

Bonsoir Carole !
En effet, difficile de distinguer son regard effacé... Quel joli mot, Hope !
C'est le prénom d'un de mes personnages :)
Bises, belle soirée À toi !

Mansfield 01/02/2013 19:08

Un de ceux que la misère entraîne dans sa course tout comme notre économie qui tangue dangereusement aussi hélas! Un instant triste bien raconté Carole!

Valentine :0056: 01/02/2013 17:34

Bravo ! Bravo!... Encore un très beau texte, sur un sujet profond... et avec une belle image.

jamadrou 01/02/2013 17:20

Réponse à ta réponse Carole.
Je ne vois pas de E, est-il tombé dans l'O
mais finalement quelle importance?
hop! il n'a pas sauté parce que HOPE l'espoir d'encore espérer peut aider à repartir d'un bon pied.

M'amzelle Jeanne 01/02/2013 16:06

Tu es venue me voir.. une mauvaise manip m'a fait effacer ton commentaire.. Je suis désolée !
Bonne soirée et bisous

Nounedeb 01/02/2013 16:04

Peut-être aussi un moment de recueillement intime, de ferveur, à l'écart des bruits et des lumières...

Philippe du Mans 01/02/2013 14:28

terrible !!!
belle et triste histoire !
belle et triste image !!!!

Alain 01/02/2013 14:01

Photo étonnante de spontanéité !
Il fallait être là au bon moment pour capter toutes ces lumières d'un coup : la flamme allumant les mains de l'homme, ce "hope" lueur d'espoir calée sous ses pieds, et cette scène à l'intensité
d'un clair-obscur caravagesque.

louv' 01/02/2013 14:00

Un mot sur un ponton, comme un rendez-vous pour les âmes errantes..
Et comment ne pas garder espoir devant cette lumière sublime sur les eaux du canal ?

dominique 01/02/2013 13:42

texte touchant. lui reste t-il encore de l'espoir?

Quichottine 01/02/2013 12:59

J'aime cet espoir... finalement, la lumière était là, et qui sait ? C'est peut-être ta présence qui l'a sauvé.

Passe une douce journée.

Balladine 01/02/2013 12:13

Un moment éphémère où l'on ressent de façon intense parfois le désespoir des autres...

M'amzelle Jeanne 01/02/2013 11:11

tes mots sont intenses.. Combien de désespoirs silencieux chaque jour sont près de nous Il leur faut beaucoup de force et d'espoir pour pouvoir continuer... puis se relever !
Je partage..
et t'envoie un doux bisou.

les cafards 01/02/2013 09:47

magnifique et plein de sensibilité ! Merci

Richard LEJEUNE 01/02/2013 09:16

Le plus interpellant dans notre société, Carole, c'est que celui-là dont vous avez intercepté un instant de vie est loin d'être le seul à ainsi errer à la recherche d'autres instants qui, ceux-là,
constitueraient peut-être de vrais lendemains qui chantent !

Gerard 01/02/2013 08:49

Le début et la fin d'une histoire sans en connaître l'issue

almanitoo 01/02/2013 08:38

Très drôle le second commentaire!
Je crois aux petits signes qui jalonnent nos vies, même dans les cas désespérés, il y a toujours une petite flamme, un signe discret qui font le déclic, parfois à notre insu...
Carole ne pouvait pas faire mourir cet homme, le mot "hope" justement l'accompagnait.

Parisianne-Musardises 01/02/2013 08:37

Certaines désespérances se noient dans les reflets brillants pour mieux repartir. Je lui souhaite à cet inconnu qui n'aura peut-être pas vu le message d'espoir mais en aura inconsciemment perçu la
lueur.
Bonne journée Carole
Anne

jill bill 01/02/2013 08:22

Etrange oui ce solitaire pour se nourrir-là un soir... mieux vaut que mourir-là un soir... Merci !

jamadrou 01/02/2013 08:16

Et hop! il n'a pas sauté.
Et hop! d'un tour de passe-passe Carole n'a pas fait mourir "la petite fille aux allumettes" ce conte qui m'a tant fait pleurer quand j'étais petite fille.
Bonne promenade dans les rues de Nantes.
JD.

Carole 01/02/2013 15:44



Moi aussi j'ai pensé "hop !" il va "rebondir". c'est vrai qu'on hésite en lisant entre "hope" et "hop". Finalement, j'ai préféré "hope".



Martine 01/02/2013 06:58

Nous croisons chaque jour des solitudes désespérées ou simplement rêveuses.
J'aime te mots qui touchent l'âme de leur immense sensibilité. Beau texte
Douce journée à toi
Martine