L'incendie

Publié le par Carole

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 Carnaval de Nantes - 1er avril 2012 
 
 
Le carnaval venait de commencer, et les chars s'apprêtaient à partir, quand l'incendie s'est déclaré soudain. C'était tout près, du côté de la rue Crébillon, ou de la place Royale. Un vent rageur, sans doute envoyé par Neptune en personne, rabattait sur la foule de grands nuages âcres et sombres.
J'ai aperçu la fumée alors que je longeais le char d'Ulysse, certainement le plus beau de tous, et le plus impressionnant, avec son armée d'hoplites casqués d'or. Une immense queue de sirène terminait le cortège, battant l'air lourd et agité comme la houle. Mordant le ciel, elle avait l'air d'appeler sur la ville la tempête et la mort. Les hoplites armés de carton l'entouraient de leurs lances hérissées, tandis qu'Ulysse la défiait bravement sur son navire arrêté.
C'était étrange, au milieu de la fête un instant suspendue, de voir l'angoisse, l'incendie, le chaos et  les monstres venir du fond des âges nous rappeler que toute insouciance se conquiert sur la menace, que la joie est précaire, et qu'elle n'en est que plus précieuse.
Il y a eu un moment d'hésitation. Puis le Roi a donné, de son sceptre de plastique doré, l'ordre de continuer. Ulysse et ses amis se sont lentement mis en route, et, tous, sagement, suivant la vieille loi de Carnaval, ont détourné les yeux de cette fumée noire qui piquait nos narines, pour avancer résolument vers la part de bonheur qui leur était promise, en ce jour de soleil, de musique, de folie et de danse.
 
 
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Publié dans Nantes

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A
La joie se conquiert sur la menace, cela me fait penser que le monde semble ne plus savoir rire ne sachant plus accepter l'issue, il manque de l'insouciance la plus élémentaire. Comme toujours, un
texte d'une grande finesse et de superbes photos.
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C


Tu as raison, et l'esprit du carnaval nous rappelle un passé où le rire était le revers de la douleur.



G
Je ne suis pas venu à Nantes, je me faisais cette réflexion en te lisant. Bonne nuit Carole
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C


Alors, c'est que mon récit est réaliste, puisque je te prenais pour un témoin direct.


Bonne nuit à toi aussi.



G
Au début j'ai cru à un vrai incendie, après je pensais qu'il faisait partie du spectacle ..et enfin oui c'était bien un feu qui éclata pendant le carnaval. Vous ne faites pas les choses à moitié à
Nantes
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C


Je ne savais pas que tu étais venu aussi à Nantes pour le carnaval !


C'était un vrai incendie, et il a continué jusqu'au lendemain. Je crois que ce soir la situation est maîtrisée.


Carole



S
La fête a gagné, elle est rare il faut la savourer coute que coute, yeux qui piquent ou pas !! :)
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C


Ce fut l'avis de tous, ce jour-là.



N
Un hasard, une coïncidence, qui t'as permis d'évoquer l'insouciance et et le drame. La vie.
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C


Oui, c'était extrêmement troublant sur le moment, car l'incendie était énorme.



J
Une leçon de vie sur le vif ! Saurions-nous apprécier les bons moments si les mauvais n'existaient pas ? Joëlle
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C


Oui, et, comme l'incendie n'est toujours pas éteint aujourd'hui, la leçon se poursuit...



Z
tu vois bien que je me répète...
Tu décris si bien la préciosité, la fugacité du bonheur....
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C


Zadddie, c'est si gentil pour moi quand tu te "répètes"... 


A bientôt, bises,


Carole