L'enfant sur le chemin

Publié le par Carole

    Le maître venait de se mettre en route, dans le vent froid qui fouettait jusqu’au coeur son frêle corps humain, le laissant comme nu dans ses os délavés.
    On l’avait appelé "Bashô", le maître du Bananier, parce qu’il s’était installé, après s’être engagé sur la voie de la poésie et avoir abandonné les honneurs du palais et les prérogatives des samouraïs, dans une humble cabane, plus pauvre que la plus pauvre cabane du plus pauvre des paysans, devant laquelle un disciple avait planté un bananier, pour le nourrir et l’ombrager. Mais un jour la cabane avait brûlé avec le bananier. Le maître avait longuement contemplé les cendres de ses dernières possessions terrestres. Il avait compris qu’il lui fallait reprendre, vieilli, et plus léger encore, la dure voie de poésie, jusqu’à ce terme de perfection qu’il n’avait fait encore qu’entrevoir, et il était parti pour un voyage de mille lieues vers son pays natal [...]
 
Suite du récit à lire sur mon blog cheminderonde.wordpress.com

Publié dans Récits et nouvelles

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Anne-Marie 08/07/2014 16:27

Alors, sans parler comme je l'ai fait de façnn un peu réductrice de "morale occidentale" , ne peut-on penser que le poète bien à l'abri dans sa sphère ethérée, tel le moine à l'abri de son couvent,
ignore ou dédaigne les réalités du monde ou bien s'en sert à son propre profit pour nourrir son inspiration mais sans jamais agir?
Tu as raison, "être dérangée" fait réflèchir!

Carole 09/07/2014 00:59



C'est d'autant plus juste que Bashô s'était en effet fait moine.



Anne-Marie 08/07/2014 13:42

On jurerait que ce texte a été écrit par un vieux sage oriental tant ton style est inspiré de cette culture.
Pour autant, ce texte et surtout les propos du poètes me dérangent, je l'avoue, tant ils choquent ma conception occidentale de la morale. Mais peut-être ai-je mal interprété ton propos?

Carole 08/07/2014 14:40



Je ne sais pas. J'ai été surprise en lisant chez Bashô le récit de cette rencontre avec l'enfant  et en effet, cela m'a "dérangée" et même choquée, qu'il quitte le petit malheureux après lui
avoir simplement jeté un peu de nourriture. Aussi j'ai imaginé une sorte de choix, une autre histoire, dans laquelle Chiri le disciple revient, lui, vers l'enfant, conformément sans doute à notre
morale occidentale. Quant à l'artiste qui passe son chemin, tout en consacrant une oeuvre au malheureux qu'il n'a guère aidé, j'ai essayé de comprendre son attitude sans forcément la condamner,
car Bashô est un des plus grands poètes de tous les temps. Je voulais aussi rappeler le fait que ce poète a reçu la dure éducation des samouraïs, et qu'il y a un lien entre la perfection
surhumaine du haîku et la pensée des samouraïs - lien que la vogue actuelle de cette forme poétique occulte tout à fait chez nous.


Et cela ne m'a pas paru inactuel car, sur un autre plan, il m'a rappelé, dans le monde occidental contemporain, la figure du "photographe reporter", par exemple - bien que la comparaison puisse
sembler bizarre. Et d'une façon plus générale, le fait que si souvent, nous nous croyons "moraux" et irréprochables, alors que nous n'avons fait que substituer nos bonnes paroles à nos actions
inexistantes.


Sinon, que dire, sinon qu'être "dérangé", c'est toujours bon pour la réflexion.