L'arbre et le grillage

Publié le par Carole

arbre-grillage-copie-1.jpg
 
On ne l'avait pas remarqué sans doute quand on avait posé le grillage. Il était si petit, à peine une touffe de feuilles dans l'herbe, peut-être même un simple gland que l'automne avait égaré sous la mousse. Et personne n'avait pris la peine de l'arracher. Ou bien il était déjà là, jeune pousse incertaine et fragile, mais le tronc mince était à un peu de distance de la clôture, et on n'avait pas eu le coeur de l'abattre.
Puis il avait grandi, il avait forci, n'ayant pas d'autre choix que de s'appuyer sur le fer qui lui mordait la peau mais soutenait son élan.
Il était devenu finalement un arbre accompli, le plus beau, le plus grand de la haie, le plus chargé d'oiseaux et de nids pépiants.
 
Il y avait dans son écorce tant de blessures, tant de plaies corsetées par la ligature de métal.
L'acier lui était entré dans la chair et il s'était fiché peu à peu tout au fond de son être comme un os aigu.
C'était un arbre étranglé, un arbre dans les fers, mais qui n'en élevait que plus haut son libre et léger feuillage,
 
semblable à bien des hommes :
de ce qui l'opprimait faisant le support de sa vie,
de ses morsures nourrissant son écorce,
de sa douleur faisant un tronc solide,
fermement s'appuyant sur ce qui le blessait.
 
Et nul n'aurait su dire,
depuis tant d'années qu'il avait remâché ce fer,
si le grillage était son mal
d'enfance et de toujours,
ou s'il était, de tous ses biens, le plus précieux.

Publié dans Fables

Commenter cet article

pierrot, vagabond poète 27/02/2013 14:39

ici Pierrot,
ce fut un honneur pour moi
de rendre visite à un si noble blogue

longue vie
et mesci pour votre sensibilité
aux arbres

NOUS FUMES NOMADES CASSANDRE

COUPLET 1

nous fumes nomades Cassandre
nous fumes nomades Cassandre

hier j’ai dormi
dans la forêt du labrador
j’ai fais un feu
mais j’avais froid
sans toi dehors

nous fumes nomades Cassandre
Nous fumes nomades Cassandre

hier on m’avait
donne deux sandwichs au poulet
j’aurais aimé les partager
tu me manquais

REFRAIN

tes 19 ans Cassandre

c’etait la vie
avant l’barrage de Manic 5

c’etait l’mont Wright Cassandre
avant l’enfer
d’la mine de fer
en plein hiver

c’était surtout
la jeune femelle caribou
et le vieux mâle encore debout

c’etait surtout
la jeune femelle caribou
et le vieux mâle
vagabond fou

COUPLET 2

vieux mâle au doux regard
celui d’monsieur Bernard

qui s’est battu
pour sauver son chalet du feu
avec son fils
4 nuits sans fermer les yeux

c’est fascinant à voir
un bout d’forêt toute noire

y a des souvenirs de jeune femme
qui s’enflamment au fond de soi
se consumant tout comme
un ancien feu de joie

COUPLET 3

debout je marche la vie
debout je prie la vie

pour que la riviêre de tes rêves
soit aussi belle
que la petite Manicouagan

devant laquelle j’écris
la tendresse de mes cris

parce qu’une nuit
t’as pris l’bateau
qui t’a conduite
de Bécomo à Rimouski

Pierrot
vagabond céleste

WWW.DEMERS.QC.CA
CHANSONS DE PIERROT
PAROLES ET MUSIQUE
NOUS FUMES NOMADES CASSANDRE

pierrot, vagabond poète 26/02/2013 23:52

Ici Pierrot, vagabond-poète du Québec

Bravo pour ce magnifique poème
au sujet d'une blessure d'un arbre:)))

Dans le cadre de mon vagabondage poétique
blogues-musée pertinents mais aléatoires
pour mon oeuvre littéraire
pertinente mais aléatoire,

permettez-moi
de vous offrir
une de mes chansons

L'ECORCE D'UN ARBRE

couplet 1

Quand t'as l'corps comme l'écorce d'un arbre
les mains propres comme des feuilles d'Automne
les yeux rougis par des rides en gouttes de pluie
c'est que l'bon dieu t'as accordé, un sursis

couplet 2

un sursis pour dire à ma femme
je rêve d'acheter deux chaises berçantes
des bonnes couvertes, une chandelle
du thé de menthe
pour rapiécer les bouts d'passé
qui me manquent

couplet 3

à soir j'ferme la télévision
j'ai la coupe stanley à maison
87 ans cette année j'ai l'goût d'parler
j'veux d'profiter d'la rémission
qui m'est donnée

couplet 4

c'est sur mon p'tit lit d'hôpital
que j'ai hurlé quand j'ai eu mal
que j'ai crié, Doré Doré sors-moé de d'là
j'ai eu peur de mourir sans toé
ma femme à moé

couplet 5

toute ma vie j'ai dit à mes chums
qu'ma femme avait marié un beau bonhomme
à soir ton beau bonhomme
veut s'confesser
y veut pu qu'tu t'sentes mal aimée
mal aimée

couplet 6

quand t'as l'corps comme l'écorce d'un arbre
les mains propres comme des feuilles d'automne
les yeux rougis, par des rides
en gouttes de pluie

c'est que l'bon Dieu
m'a accordé
un sursis

pour dire
à ma femme
merci:)))

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

www.demers.qc.ca
chansons de pierrot
paroles et musique

sur google,
Simon Gauthier, conteur, video vagabond celeste

merci
Pierrot, vagabond poète

Carole 27/02/2013 00:43



Merci, Pierrot, pour cette belle chanson qui a la bonne odeur des arbres et des hommes de la terre. J'aime tant vos visites vagabondes...



Nais' 30/09/2012 21:58

Oui c'est sur, je parlais surtout de la photographie qui est tout de même un peu douloureuse à voir, mais vous en avez fait quelque chose de magnifique !

Nais' 30/09/2012 15:09

Bonjour Carole, je découvre votre blog avec cet article qui me bouleverse... C'est une superbe réflexion à partir d'une vision un peu triste, vous avez vraiment une très jolie facon de penser,
merci de l'avoir partagé ici d'une si belle manière !
Bon dimanche à vous

Carole 30/09/2012 20:11



Merci, Naïs. Je ne sais pas si l'article est triste, il parle aussi d'espoir, de "guérison".



Cendrine 26/09/2012 00:28

Bonsoir Carole,

Ta réponse m'a profondément touchée...
Le pouvoir des mots est si intense. J'y trouve un grand réconfort même si, parfois/souvent, je dois redoubler d'efforts pour me concentrer et organiser ma pensée en raison des douleurs et des
prises d'opiacés.
Mais quand je me suis retrouvée confrontée à un choix: vivre ou sombrer, accepter que la douleur intense ferait partie de ma vie ou... que faire?, chaque petite parcelle de beauté, de bonheur, de
rêve est devenue un trésor.
Cela m'a amenée à une forme d'équilibre, très fragile, mais bien réel.
Je prends beaucoup de plaisir à lire tes écrits. Ils font partie de ces trésors et je t'en remercie.
Bonne nuit, bises

Cendrine

Carole 28/09/2012 10:59



Il arrive que, de nos maux, nous tirions des forces... et même il arrive souvent qu'il n'y ait pas d'autre voie vers ces "forces" que nous découvrons alors en nous, mais le prix à payer est
parfois lourd. Je pense que toi, tu as trouvé ton équilibre, oui, dans la réflexion, dans l'écriture et dans le partage. Et je ne crois pas que cela soit "fragile".



erato:0059: 25/09/2012 20:49

Quelle souffrance dans cette photo, mais aussi , quelle volonté de vaincre et de vivre. Très joli texte.Belle soirée Carole

Carole 28/09/2012 11:00



Un arbre "double", souffrant et fort.



louv' 25/09/2012 09:16

Bonjour,
Je découvre ce blog via celui de Pascale Madeleine. Quelle bonne surprise !
Ce texte, particulièrement, me fait mal et m'enchante.
Si on lui enlevait la ferraille, comment réagirait-il ? Mal sans doute, plus douloureux encore.
C'est très beau.
Amicalement,
Louv'

Carole 28/09/2012 00:02



Je réponds un peu tard à ce commentaire, mais il m'a fait le plus grand plaisir : c'est toujours un enchantement pour moi, que, de blog en blog et de communauté en communauté, on puisse partager
tant de choses ! Merci donc, et à bientôt.



le Pierrot 25/09/2012 06:09

Triste de voir cela, c'est vrai, mais l'arbre aura raison du grillage, c'est sûr...

Carole 27/09/2012 18:12



Ils sont en symbiose désormais, je crois.



armide+Pistol 24/09/2012 23:46

Voilà là un état qui peut porter le nom de "résilience"
Comme j'aime ta plume !

Carole 25/09/2012 00:26



C'est précisément cela - Merci, Armide, à bientôt.



NanyFran 24/09/2012 19:47

j'aime beaucoup, et comme toujours, cela montre que la nature pousse partout, en fait elle est plus forte que tout..
Bonne semaine, bizzz

Carole 25/09/2012 00:25



Le désir de vivre est toujours le plus fort. Merci ! Bonne semaine à toi aussi.



Catheau 24/09/2012 17:38

Nous grandissons tous avec nos blessures : un arbre à notre image.

Carole 25/09/2012 00:25



Oui, il m'a semblé très humain.



Balladine 24/09/2012 17:31

Etrange, comme s'il voulait s'approprier le grillage...

Carole 25/09/2012 00:22



Il en a fait sa chair. 



dominique bouvet 24/09/2012 13:41

oh que j'aime ç. Ton texte, superbe et la photo. On ne sait plus finalement si c'est blessure ou union. c'est beau.

Carole 25/09/2012 00:22



Merci beaucoup, Dominique. J'apprécie toujours ton jugement.


Cet arbre était très beau ainsi, je le pense aussi.



MARIE 24/09/2012 10:51

Ce n'est pas la première fois que je rencontre ce phénomène et ça me fascine toujours... est-ce le grillage qui s'incruste dans l'arbre ou bien l'arbre qui dévore le grillage ? j'opte pour la
seconde hypothèse...

Carole 25/09/2012 00:20



Les deux, non ?



joelle.colomar.over-blog.com 24/09/2012 09:50

Il a su transcender sa blessure, souffrance. Combien de personnes vivent vraiment à partir du moment où elles se savent atteintes d'une maladie mortelle ! Amitié. Joëlle

Carole 25/09/2012 00:19



C'est une question qu'on évite souvent de se poser... Je crois que je ne ferais pas partie des sages. Mon arbre, lui, n'était que blessé, mais bien vivant et élancé.



Pascale Madeleine 24/09/2012 08:21

Bonjour Carole,
(je viens de chez Jonas)
C'est exactement ce que je me dis lorsque je rencontre un arbre dont l'écorce coince un bout de grillage ou de corde ! A moins que ce ne soit le contraire ?

Carole 24/09/2012 23:42



Ils ne sauraient exister l'un sans l'autre, désormais.


Merci Pascale.



Hélène Carle 24/09/2012 02:07

Je crois qu'il était devenu son frère, un peu.

Hélène*

Carole 24/09/2012 23:29



Tout à fait, et le lierre, qui s'y connais, pousse indifféremment sur l'arbre, sur les poteaux et sur le grillage...



Cendrine 24/09/2012 00:38

Bonsoir Carole,

Je suis, une nouvelle fois, émerveillée par ton écriture, par la force qui en émane et qui s'imprègne dans mon coeur de lectrice...
Cette photo me fait mal et pourtant je la trouve si belle... L'arbre est un émissaire entre terre et ciel, il jaillit comme une flamme et ses meurtrissures sont sa force intime!
Je ne cherche pas à ramener les choses à moi mais ce que tu as écrit me fait irrémédiablement penser à ma vie...
Je vis avec des racines dentaires, des nerfs et des vaisseaux sanguins malformés, que mon corps rejette mais que l'on ne peut m'ôter sous peine de me tuer. J'ai littéralement le choix entre
souffrir et mourir! Alors on m'a posé des tiges de métal dans les chairs de la mâchoire, (je résume beaucoup), une opération expérimentale non cautionnée par la Sécurité Sociale bien que le
chirurgien soit un professeur émérite. Lui même ne savait pas vraiment sur quel terrain étrange il s'aventurait...
Mes racines dentaires sont qualifiées d'arborescences orphelines complexes et le collège de professeurs qui les ont examinées n'avaient jamais vu cela... ils se demandent comment je peux être en
vie, sachant que je porte un "non sens" en moi, je cite...

Ce que j'ai perçu dès que j'ai senti ma "différence" c'est que je devrais vivre avec la souffrance et m'appuyer sur elle pour continuer à être. Alors quand je vois cet arbre...

J'ai continuellement ces tiges de métal qui s'enfoncent dans mes muqueuses, des lésions, des inflammations, des hémorragies et la douleur ne cesse jamais. Mais je vis et je le supporte en puisant
dans tout ce qui m'entoure. Je ne suis pas un arbre mais j'en visualise souvent la silhouette et j'en ressens la force intemporelle...

Merci pour ce superbe texte qui m'a fait parler de moi, certes, mais on ne peut réfréner l'écriture et le ressenti...

Je te souhaite une excellente semaine à venir, bisous

Cendrine

Carole 24/09/2012 22:14



Cendrine, je ne sais que répondre à ton commentaire bouleversant. Je me rends compte que mes "fables" peuvent toucher de près ceux qui les lisent. Et j'en suis à la fois heureuse (puisque tout
écrivain souhaite "parler" à ses lecteurs) et profondément troublée (car je redoute de réveiller des souffrances). 


Je voudrais juste ajouter ceci : que tu puisses à la fois tant souffrir et manifester tant d'empathie et de sensibilité envers les autres, et t'intéresser aussi passionnément à ton environnement
parisien, cela force l'admiration !


Avec toute mon amitié et tout mon respect, Carole


 



Gérard Méry 24/09/2012 00:16

Quel supplice au fil des jours enfin on peut toujours ce l'imaginer

Carole 24/09/2012 23:28



C'est significatif ce que tu écris : les arbres nous semblent toujours "humains". J'ai exploité cette idée dans le texte.



Jonas D. 23/09/2012 21:26

Bonsoir Carole, j'aime beaucoup l'ouverture du dernier paragraphe. En extrapolant un peu, on pourrait l'associer au syndrome de Stockholm. Bon texte.
Jonas

Carole 24/09/2012 00:16



A ce syndrome, et à bien d'autres. Tant de failles sous le sol qui soutient nos vies...



mansfield 23/09/2012 18:49

Comment ne pas penser au saule de Verhaeren, en lisant ce texte si beau Carole.

Carole 24/09/2012 00:15



Voilà une référence à laquelle je n'avais pas songé, mais qui me plaît infiniment. 



Nounedeb 23/09/2012 17:23

Encore une belle réflexion. Comme pour les hommes qui se sont reconstruits sur leur douleur, vouloir le lui enlever serait plus blessant encore.

Carole 24/09/2012 00:13



C'est souvent ainsi. Les blessures nous font vivre - autant que les joies. Tout "cristallise".



jill-bill.over-blog.com 23/09/2012 16:37

Bonjour Carole... Tom Pouce dans l'hiver et un géant vert des années plus tard... "enchaîné" chez les hommes ces liliputiens... merci tu racontes tjs superbement les choses de la vie...

Carole 24/09/2012 00:11



Merci, Jill. Nous ne sommes que des lilliputiens, face à la sagesse des arbres, c'est vrai.



emma 23/09/2012 15:57

ça fait mal à voir - tu sais à quoi ça me fait penser cette image ? à ces vieilles personnes qui ont parfois leur alliance incrustée dans leur doigt au point qu'il faut la scier si on doit la
retirer

Carole 23/09/2012 16:17



Le parallèle est juste, car cette alliance qui semble abîmer le doigt, c'est aussi le symbole d'une vie qui s'est construite.