L'âme du feu

Publié le par Carole

feu dansant
 
Dans la flamme qui ronfle, crache, bondit, s'écroule,
j'ai toujours soupçonné la bête et reconnu le dieu.
Voici que j'ai saisi son corps dansant,
et que j'ai aperçu l'âme du feu,
glissant comme l'eau vive, battant comme le vent
et se tordant en serpent fou qu'aurait craché la terre.
 
Et ce chenêt comme une clé
m'ouvrait la porte du foyer.
 
Devant la cheminée où danse en murmurant la flamme des vieux songes, nous sommes identiques aux plus anciens des hommes. Devant le feu qui rôde sur la branche, nous sommes tous les hommes. Nous sommes le berger revenu sous la pluie qui sèche avec son chien ses habits de misère. Nous sommes le chasseur qui fait rôtir la bête aux grands yeux de forêt. Nous sommes le semeur qui s'attarde le soir à écouter les voix qui chantent sous la cendre. Nous sommes le vieillard qui réchauffe au bois mort ses mains vides et qui tremblent. Nous sommes l'enfant pauvre dont le coeur étincelle à l'envol merveilleux du grand oiseau doré tout ruisselant d'aurores. Nous sommes ceux qui furent, tisonnant la mémoire et remuant les braises de cette humanité qui vit encore en nous.
Je pensais tout cela, et me disais aussi qu'il y a aujourd'hui, qu'il y aura demain, de plus en plus d'hommes sans cheminée, sans âtre et sans feu à bâtir, que ce n'est plus ainsi qu'on se chauffe aujourd'hui, de songes et de flammes qui dansent dans les âmes.
Que cela pourrait bien définir l'homme contemporain, d'être celui qui peu à peu perd le feu - le nomade aux errances glacées qui renonce aux ancêtres et renonce au foyer. L'homme nouveau sommé de tout réinventer. Jusqu'à ses rêves.

 

Publié dans Fables

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R
Tout en profitant des techniques contemporaines pour son confort personnel, l'homme, toujours, se ménagera un petit "foyer", pré carré pour se réchauffer en famille ...

N'avez-vous pas remarqué que les concepteurs d'appartements ultra-modernes des grandes villes anonymes prévoient toujours un âtre dans l'une des pièces ?

L'horrible, évidemment, c'est quand on ne trouve rien mieux que d'y installer un petit truc électrique - dont j'ignore le nom - qui donne l'impression de flammes rougeoyantes !!!

De la négation même du bonheur de l'accueil au coin du feu !
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N
L'homme d'aujourd'hui perd le feu...Terrible et nostalgique constatation. Mais non! Le feu du ciel, la foudre qui fait peur, rien n'éteindra, il faut le croire, nos petites flammes intérieures.
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M
Je ne suis pas aussi pessimiste. Le feu ressurgit déjà, ici et là, sous des formes parfois nouvelles qui préservent l'environnement : poêles à bois, poêles à pellets, feux qui peuvent être ouverts
ou fermés par une vitre et diffusent leur chaleur jusque dans les pièces voisines via des systèmes complexes de soufflerie et de tuyaux. Mais l'essentiel est intact : la flamme vraie, chaleureuse
et dansante, hypnotisante et conviviale, éternelle.
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M
Et cela fait froid dans le dos!
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J
Cet homme nouveau m'effraie quelque peu. Aura-t-il perdu sa mémoire au point de tout vraiment tout réinventer ? Pourtant les arbres ont des racines et c'est par elles qu'il se nourrit. Que serait
un homme sans racines ? Amitiés. Joëlle
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V
Bravo... Le feu est un élément captivant, et tu as su en montrer tous les contours, toutes les splendeurs, tout en évoquant l'immense histoire humaine à laquelle il est lié... et les risques pour
demain. Une belle méditation-poème.
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L
En abandonnant le feu, l'homme abandonne le sacré. C'est triste, mais gageons que la flamme ressurgira un jour, lorsqu'il s'apercevra de son erreur...rêvons !
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J
Dans la cheminée,j'aime le feu, sa danse n'est pas infernale c'est la danse des vestales qui éblouit mes songes.
feu de l'âme
feu sacré.
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C


Beau commentaire ! merci, Jamadrou. Toujours pas moyen d'attraper le code de sécurité chez toi, mais j'ai trouvé ta chimère tout à fait magnifique.



M
Mais je ne veux pas perdre le feu, moi !... est ce instinct de vestale ?
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H
L'humain à venir qui doit, à son tour, faire l'ultime découverte du feu-soleil qui est en lui.

Magnifique texte, magnifique image, où j'aperçois une tête de biche et l'imagine debout en mouvement de ballet.

Hélène*
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A
Que pourrait réinventer l'homme qui a perdu la mémoire de ce qu'il est depuis la nuit des temps?
Ton texte est si beau, et si triste aussi.
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J
Bonsoir Carole... L'homme contemporain s'éloigne de tout cela... il se chauffe à l'or des profits, égoïstement, individuellement... tristes rêves, merci à toi...
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