Jonquilles

Publié le par Carole

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Voilà que les jonquilles sont revenues. Depuis longtemps, au jardin, on voyait les tiges s'étirer, se lancer, se renfler, tisser des feuilles vertes, tresser de minces bouquets en espérance.
Et ce matin, les fleurs étaient toutes là, pensives, la tête un peu penchée, les pieds dans les feuilles mortes de l'hiver, et portant encore sur l'épaule le capuchon de peau usée du vieux bourgeon. Mais vives et jaunes et légères comme au premier jour, semblables à ce qu'ont toujours été les jonquilles naissantes et renaissantes.
C'est ainsi qu'en ce monde, toujours, tout recommence.
Mais pour nous qui passons, jamais ne reviendront les fleurs qui ne sont plus.
 
Le mal du temps, c'est le mal des humains.
 
Je me trouvais tout à l'heure à midi devant l'une des plus belles maisons du voisinage. Derrière le splendide monospace neuf des jeunes propriétaires, parents déjà sans doute, j'ai vu se garer une petite voiture grise à la peinture passée, à l'immatriculation antique. Puis j'ai vu en descendre un vieil homme, en casquette et en veste, avec des chaussures usées, un peu crottées, et un de ces pantalons de bleus délavés que portent seuls désormais les anciens ouvriers qui font encore leur jardin.
Sa casquette était grise sur ses cheveux gris, son corps maigre avait l'air de trembler au vent. Il tenait à la main un gros bouquet de jonquilles, enveloppées dans du papier kraft, qu'il avait certainement cueillies au jardin en partant, heureux du brusque retour des fleurs. Le don des premières fleurs... il faut beaucoup d'amour pour qu'un jardinier s'y résolve.
Le vieil homme s'est dirigé lentement vers la maison riche, avec ses jonquilles qui éclataient de soleil dans la rue sombre. Il s'est arrêté devant la porte, il a hésité un instant avant de sonner.
Lorsqu'on l'a fait entrer, il a tendu son gros bouquet jaune au-dessus du seuil de marbre, je n'ai plus distingué que l'emballage de papier kraft, si terne et bon marché, et son dos très voûté. Quelqu'un lui a dit d'essuyer ses pieds sur le paillasson, puis la porte s'est refermée.
 
Le mal de solitude, c'est le mal des humains.

Publié dans Fables

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Cendrine 15/01/2013 00:58

Un bouquet d'or, dans la grisaille et les frimas de l'hiver... Salve printanière...
Très émouvant ce vieil homme, ce personnage à qui l'on a envie de parler, avec son bouquet de vie et d'amour...
Bises
Cendrine

valdy 12/01/2013 10:48

Heureusement que son jardin le consolera ... En quelques phrases, hop nous sommes saisis par la curiosité, zoup happés par la musique des mots, pouf par terre par la chute .. ;-)
Bravo Carole

Erato :0059: 06/01/2013 22:29

Déjà des jonquilles ....je me rappelle , mon émerveillement , quand je suis arrivée à Nantes, de découvrir dans les champs des rousinettes , quel bonheur.
Ton billet est très beau et alerte sur l'incommunication( je ne sai pas si ce mot existe! ) des époques d'où une grande solitude créée par ce fossé du temps.
Belle soirée, bises Carole

Carole 07/01/2013 01:23



Erato, je vois que tu n'as pas oublié le "parler nantais" : merci pour les "rousinettes" !



zadddie 06/01/2013 22:21

toujours cette douce amertume...dans quel post dejà, disais tu lutter contre une certaine tristesse..

Hélène Carle 06/01/2013 21:44

De si jolies fleurs, pour moi ce n'est pas pour demain, pas avant quelques mois.
La solitude c'est le mal de ceux qui ont besoin d'amour, les bêtes en souffrent aussi, peut-être même les objets qui disparaissent à force de n'être pas regardés.
Heureusement, il y a des Carole qui savent observer!

Hélène*

Valentine :0056: 06/01/2013 19:50

Ca par exemple !! Deux mois d'avance ! Il y a du soleil chez toi ?

Carole 06/01/2013 20:54



Je crois qu'elles sont précoces, mais comme je n'y connais rien je n'ai pas été surprise. A Nantes il fait très doux l'hiver, et beaucoup de voisins ont même des palmiers. Une seule certitude :
j'ai pris la photo hier !



Valentine :0056: 06/01/2013 19:32

Très beau... Mais le texte (j'allais écrire "le poème" !) est-il d'actualité et y a-t-il vraiment déjà des jonquilles chez toi ?
Le personnage est vraiment bien décrit, et cette vision du bouquet happé par la porte qui se referme... Bravo !

Carole 06/01/2013 19:38



Oui, il y a des jonquilles dans tout le jardin. J'ai pris la photo hier matin.



Nounedeb 06/01/2013 17:02

Peut-être que vieillir permet aussi ce privilège de vivre comme on le veut, sans plus se soucier des convenances. De vivre en solitaire, sans pourtant s'isoler, ni sans coeur, puisque est là, par
exemple, le plaisir d'offrir ces premières fleurs.
(Ici, au sud de la Seudre, seules les feuilles sont sorties...)

Nais' 06/01/2013 15:14

Bonjour Carole !
Très beau récit ... Et si c'était un des plus beaux cadeaux, celui qu'on a observé avec amour bourgeonner, grandir puis qu'on s'est forcé de cueillir presqu'à regret? Le personnage du vieil homme
me plaît beaucoup.
Bises, bonne journée

almanitoo 06/01/2013 15:03

Je suis d'accord avec Jamadrou, le plus seul n'est peut-être pas celui qu'on croit!
J'aurais aimé rencontrer ce vieil homme si humble qui sait voir le bonheur à travers les petites choses.

Le vieux bougon 06/01/2013 13:10

Jolie scène bien décrite, surtout le vieil homme dont les spécimens ne manquent pas dans ma campagne. Par contre, ici, on ne voit guère que les pousses qui sortent sous les feuilles mortes. Mais
les souvenirs servent aussi à éclairer le présent.

Mansfield 06/01/2013 12:41

Les premières jonquilles sont-elles si téméraires ou impatientes qu'elles pointent déjà le nez? Si elles le font afin de tisser un lien entre les personnes, j'applaudis et dis: bravo!

Hécate 06/01/2013 12:18

Que ne sommes -nous comme des fleurs toujours si belles passagères du temps qui passe. Recevoir un bouquet de fleurs, c'est presque un peu de magie qui est offerte!( Quelqu'un que je n'ai jamais
rencontré m'a envoyé un bouquet...indicible joie ! Quelle surprise pour commencer l'année )
Une narration toute en douceur...un rien mélancolique.

M'amzelle Jeanne 06/01/2013 10:26

Bonjour Carole ! Comme il est beau ton texte, chaque mot est juste : "Mais nous qui passons.. Jamais ne reviendront les fleurs qui ne sont plus" !
Je te souhaite un très bon dimanche, et t'envoie un gros bisou !
Jeanne

Joëlle Colomar 06/01/2013 09:47

Chère Carole comme tu dis vrai, pourtant, il est des sociétés où l'on ne laisse pas les gens seuls mais un jour ou l'autre c'est une chose que l'on doit connaître peut-être pour apprendre le
détachement et mieux s'en aller. Ton histoire racontée comme toujours avec tant de sensibilité m'a fait vibrer. Merci. Bon dimanche à toi. Amitiés. Joëlle

louv' 06/01/2013 07:53

C'est sans doute parce-que les maux sont humains, que les humains sont si mauvais. La nature n'a ni besoin de se rassurer ni d'agresser. Un bouquet de jonquilles toutes neuves, quel enchantement
!
Bon dimanche Carole.

timilo 06/01/2013 07:34

Les saisons ne sont plus ce qu'elles étaient
De bien jolies fleurs
Bon et doux, Dimanche Carole
Bisous
timilo

Martine 06/01/2013 05:35

Bonjour Carole,

Beaucoup de choses derrière tes mots. La jonquille , pour moi, symbole de mon enfance. Ce bouquet en rondeur dorée que j'offrais à ma mère.
Et là, cette vieille main qui tend son or... timidement, presque gênée. Ce joli bouquet qui reçoit en réponse une commande à s'essuyer les pieds. Des mots qui serrent le coeur.

Bon dimanche Carole que je te souhaite doux et paisible.
;)
Martine

Jamadrou 06/01/2013 00:59

Jolie fable a tiroirs le plus seul n'est peut être pas celui qu'on croit.j aime bcp la solitude , ( facile quand l'animation est à portée de pas...) douce nuit Carole

jill bill 06/01/2013 00:19

Bonsoir Carole... Tout doucement certaine flore vont percer, comme les jonquilles offertes par ce vieux monsieur, je me demande si apprécié, l'un et l'autre...