Inauguration

Publié le par Carole

Inauguration
L'affiche est déchirée, pâlie d'oubli et de soleil, piquée de rouille et de pluie brune, froissée aux mains du vent, déchirée par le temps.
Mais le mot reste fièrement lisible, avec son R de naïve audace :
 
"INAUGURATION"
 
On aurait pu écrire "ouverture", mais on a préféré, pour se confier au sort, choisir "inauguration", qui retient quelque trace des antiques augures.
C'est une telle joie, de commencer, une si tremblante espérance.
 
Ouvrir la première page du cahier de feuillages, au premier jour des sources, pour y inscrire, à la pointe d'eau verte du crayon retrempé, les premiers mots du tout premier poème.
Poser la première pierre comme une graine dans la boue, parmi les fleurs semées et les rêves en bourgeons.
Planter le premier arbre pour l'offrir au jardin. Peindre au bout du chemin la petite maison.
 
Y croire et croire. S'arrêter sur le seuil.
Coller l'affiche sur le mur. Et détourner les yeux de la table du fond où s'est déjà assis Demain, joueur féroce qui la battra parmi ses cartes. Ne regarder que devant soi.
Passer la porte enfin et s'avancer. Essuyer l'ombre de la main comme un verre sale.
 
Dans tout commencement, toute la vie, tout l'élan de la vie.

Publié dans Fables

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Quichottine 12/03/2015 15:09

Si joli moment partagé !
J'aime !
Merci pour cet espoir et ces bonnes augures...
Passe une douce journée.

Carole 12/03/2015 21:34

Augures qu'Overblog s'acharne à contredire ?

Adamante 12/03/2015 01:03

Chemin d'ouverture. Wanted "Demain à partager" si la pluie et le vent accordent un instant pour que la nouvelle se propage.

Lorraine 11/03/2015 17:53

Ton récit ramasse en quelques images toute la tremblante espérance des commencements, les inaugurations joyeuses ou fières, les jours qui suivent, le temps qui effrite, le sentiment qui lasse, la fatigue, la déveine, les fleurs flétries, les automnes, les hivers...l'affiche déchirée.
Merci, chère Carole, pour ce splendide constat si bien écrit!

Lorraine

Jonas D. 11/03/2015 10:16

Toute l'aventure est dans l'idée de commencer, dans ce geste d'auteur(e), sur cette toile ou cette page blanche qui va nous livrer tant de secrets. Jonas

Catheau 11/03/2015 08:54

Alors Tchin ! à la nouvelle présentation de votre blog !

mansfield 10/03/2015 21:16

Comme la saison se prête bien à ton texte quand la nature bourgeonne en silence pour inaugurer le printemps!

Aloysia 10/03/2015 10:13

C'est encore un poème, tout empli d'émotion, que tu nous offres là, chère Carole... Autour de cette image tendre et défraîchie, qu'aurais-tu pu écrire de mieux ? ... Et j'apprécie la différence entre nos commentaires d'hier et ceux d'aujourd'hui. tu fais bien de le rééditer ! Rien n'est jamais semblable ! Tout est toujours nouveau ! Bises, chère Carole.

Richard LEJEUNE 10/03/2015 09:15

Inauguration du nouvel Oberblog ?

Carole 10/03/2015 10:53

Oui ! J'ai pris du retard dans mes réponses, mais je suis venue à bout de la réorganisation.

almanito 10/03/2015 06:36

Souhaitons que la réédition de ce beau texte annonce la fin du travail long et fastidieux que tu as entrepris pour remettre en ordre ton blog et que tu es enfin arrivée au bout de tes peines...
Bon retour Carole.

Carole 10/03/2015 10:54

Oui, j'y suis arrivée. Et ça repart ! Encore un peu doucement, mais je vais reprendre mon élan.

jill bill 10/03/2015 02:20

Qui ne rêve pas de tenir sa boutique, d'être son propre maître et voir la vie en rose dans son commerce florissant... ,-)

michèle 18/05/2013 10:35

Tout à fait d'accord avec ton texte!
Je pourrais même (presque) renoncer à tout sauf aux commencements.
... Le commencement du temps sec par exemple :) Non, je plaisante là.

MARIE 18/05/2013 08:10

J'aime ce rapprochement entre l'inauguration et les augures antiques... est-ce parce que je suis née sous de mauvaises augures que les commencements sont toujours, pour moi, remplis d'angoisse ?
l'émerveillement ne vient jamais qu'après avoir rempli quelques pages du cahier de la vie...

Carole 18/05/2013 23:28



C'est l'étymologie. Mais je te crois née sous les auspices du perfectionnisme et de l'exigence, tout simplement.



Anne-Marie 17/05/2013 23:57

Décider qu'aujourd'hui c'est:"le premier jour du reste de ta vie"

Carole 18/05/2013 23:32



Et cela chaque jour... C'est le "mal" des velléitaires comme moi : préférer "commencer" à "continuer".



Valentine :0056: 17/05/2013 22:51

Oui, malgré la décrépitude, cette affiche garde tout son panache...

Hélène Carle 17/05/2013 18:39

À chaque geste s'inaugurer, humblement, pour rendre hommage à la vie.

Hélène*

Carole 18/05/2013 23:33



j'aime bien ce réflélchi. Merci, Hélène.



Joëlle Colomar 17/05/2013 14:49

L'attrait du nouveau gardera toujours son piquant et le début son enthousiasme. Amitiés. Joëlle

almanitoo 17/05/2013 11:22

Pouvoir commencer ou recommencer, une chance qui nous est offerte de tout remettre à zéro et de tendre à une perfection illusoire mais tant souhaitée.

jamadrou 17/05/2013 09:20

Très belles réflexions Carole
mais avoir vu que le R est plus majestueux que les autres lettres et donne cet air d'audace et de force au mot "INAUGURATION", alors là! je suis en admiration.
Je n'assisterai plus jamais à une inauguration sans chercher la part d'audace de la manifestation, cet air, ce R audacieusement naïf!
(j'aime beaucoup le texte que Richard LEJEUNE a déposé en écho...)
belle journée avec un R de pRintemps.

Catheau 17/05/2013 09:04

"Dans tout commencement, toute la vie, tout l'élan de la vie", j'en accepte l'augure !

Richard LEJEUNE 17/05/2013 08:14

D'emblée, votre texte de ce matin m'a fait penser à un superbe poème de Charles van Lerberghe, de 1904 :


"C’est le premier matin du monde.
Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,
Au souffle nouveau qui se lève des ondes,
Un jardin bleu s’épanouit.

Tout s’y confond encore et tout s’y mêle,
Frissons de feuilles, chants d’oiseaux,
Glissements d’ailes,
Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,
Murmure immense,
Et qui pourtant est du silence.

Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux,
La jeune et divine Ève
S’est éveillée de Dieu.
Et le monde à ses pieds s’étend comme un beau rêve."
(...)


Le connaissiez-vous ?

Pour la suite du poème, si cela vous intéresse :


http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=cvlerberghe/c-est-le-premier-matin-du-monde

Carole 17/05/2013 11:55



Merci pour ce beau poème, je ne le connaissais pas. 



André Faure 17/05/2013 08:11

Toujours ce petit mot, parfois plus long, pour accompagner tes photos. Je trouve ça magnifique de pouvoir mélanger le texte et l'image. Moi même, je sèche ne serait ce que pour trouver un titre à
mes publications. Je tire mon chapeau à l'artiste qui est en toi.

Carole 17/05/2013 19:08



Merci pour cette aimable visite et cet agréable commentaire.



jill bill 17/05/2013 07:51

Un très joli mot en effet... et vu par toi encore plus... Jill