Cinq mouettes et un quintette

Publié le par Carole

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Canal Saint-Félix - 5 février 2012 -
 
Ces petits bateaux plantés d'arbres sont amarrés l'hiver au port de l'Erdre comme des îles errantes dans le désordre de la ville. La glace de février se réchauffe auprès d'eux pour hisser les couleurs ardentes de leurs reflets sur ses navires fantômes.
Cinq mouettes marchent sur l'eau comme des Christ minuscules.
C'est un beau matin d'hiver, un dimanche de Folle Journée. Je sors du Palais des Congrès. Je viens d'écouter le quintette pour piano de Chostakovitch et je sais :
Le rouge est le premier violon. Le jaune est le second violon. Ils grincent, ils crient, se posent comme deux ailes, puis s'envolent à nouveau, oiseaux gémisssants somptueux pleurant des morts sans sépulture.
Du blanc au gris, le piano grimpe, s'enfonce dans le noir, prie et s'apaise dans le beige, avant de jeter ses poings fous sur l'armée en déroute des touches noires et blanches.
Le vert sombre des pins flottant sur l'eau rougie, c'est l'alto, qui met tout en accord.
Et le bleu, le bleu dont l'archet monte et descend, du ciel à la terre et de la terre au ciel, jusqu'à la glace de nos coeurs, jusqu'au grand large et jusqu'aux sources minces, le bleu que fixent obstinément les mouettes, animaux sages, le bleu est l'âme triste et profonde du violoncelle.

Publié dans Nantes

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Richard LEJEUNE 20/05/2012 17:35

Les poètes, décidément, marient volontiers les couleurs à des sons ou à des instruments de musique : chez vous, le bleu est l'âme triste et profonde du violoncelle ; chez Rimbaud qui l'associa à la
voyelle O, il était clairon avec des strideurs étranges ...

Malgré des instruments si différents, une même stridence vous unirait-elle ?

Carole 20/05/2012 21:01



J'aimerais pouvoir au moins par là m'approcher de Rimbaud.
Il y a une "clé" pour ce bleu du violoncelle : ma fille est violoncelliste.


Le quintette de Chostakovitch, par ailleurs, est d'une mélancolie poignante.



Parisianne Musardises 07/02/2012 21:41

Vous ne faites pas les choses à moitié à Nantes, vous conviez la Russie à la folle journée et la neige en prime ! Bravo !
Mes parents y étaient samedi et dimanche, ils sont encore sur leur traîneau, la tête dans les nuages !
Amitiés
Anne

Carole Chollet-Buisson 07/02/2012 22:14



A Nantes, on a un sens aigu du théâtre : la neige était indispensable au décor, et nous l'avons tout simplement conviée avec les musiciens russes...


Amitiés,


Carole