Près d'un vieux château

Publié le par Carole

anne de bretagne 2.psdPlace Marc Elder  - Nantes 
 
On m'avait dit : "'histoire de France... vois ça pendant l'été : c'est le prochain thème pour l'expo du club, à la rentrée..."
- Histoire de France ? Il me semblait n'avoir rien à dire, rien à montrer... alors je suis allée faire un tour au Château des ducs, à tout hasard - sachant bien que, si le hasard peut tout en effet, il ne sert vraiment que ceux qui savent le surprendre, et le forcer à révéler ces étranges secrets que tous connaissent au fond...
Près de l'entrée, alors que je me dirigeais vers le pont-levis, j'ai croisé cet homme. Je ne sais pas vraiment pourquoi je l'ai remarqué, sans doute parce qu'il était assis bizarrement tout au bout du banc, ou bien à cause de son costume venu d'Afrique, qui attirait le regard, face à ce vieux château qui se souvient d'avoir vu en habits de cour ou de prisonniers (et si c'étaient les mêmes habits ? ) Fouquet, le cardinal de Retz... et bien sûr la duchesse Anne. Mais on m'avait dit "histoire de France", alors j'ai poursuivi mon chemin, sans m'arrêter, vers le château empli de touristes.
 
Quand je suis sortie, avec mes photos, une bonne heure plus tard, l'homme était toujours là, dans la même position, exactement.
J'ai été alors frappée par sa ressemblance inattendue avec la statue de bronze de la duchesse Anne qui orne la petite place Marc Elder où se trouve le banc. Oui, ils se ressemblaient énormément, tous les deux...
Qu'est-ce qui les rendait si proches, ce voyageur venu de loin et cette duchesse d'ici, cette deux fois reine de France et ce migrant sans doute pauvre d'argent, cette femme debout, forte et marchant vers la gloire, et cet homme assis, un peu voûté, près de son sac à dos, au bout d'un banc "tagué"? Les teintes de bronze verdi de leurs vêtements ? Le beau drapé des tissus ? L'impassible immobilité de leurs deux corps arrêtés statufiés dans ce qui semblait avoir été un élan ?
 
En y réfléchissant maintenant, je crois que c'était plutôt par le regard qu'ils se ressemblaient, par cette façon à la fois ardente et incertaine qu'ils avaient, chacun, de regarder, devant eux, quelque chose qui paraissait être le pont-levis du château, et qui était peut-être l'avenir - ou le passé, ou bien encore les deux ensemble...

Publié dans Nantes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Je suis restée longtemps, admirant cette photo portée par tes mots... les miens ont devenus silencieux. Merci pour ce billet Carole !
Répondre
C


Merci, Anne. Je crois que cet homme était un réfugié du Mali. Mais bien sûr je ne peux pas l'affirmer car je n'ai pas osé lui parler, et j'ai même hésité à le photographier. Il me semble
cependant qu'il est bon parfois de montrer la détresse, que la ville tend à recouvrir de son vacarme et de sa foule.



A
Quand la reine rencontre l'esclave, tous deux se tournent vers la liberté.
Je n'ai pas plus de mots pour ta page qui dit tant ! Merci Carole
Répondre
M
Bonjour Carole
Quel beau moment que celui-là, on te suit pas à pas.
Pour ce regard... comme je le vois par ta photo, c'est celui qui se pose sans rien accrocher.
IL fait l'esprit silencieux.
Répondre
C


Tu as trouvé une belle formule : "faire l'esprit silencieux". On ne peut mieux dire.



C
Le même mouvement ardent et tendu vers l'ailleurs chez la petite duchesse de Bretagne en sabots et chez l'Homme bleu du désert. Beau télescopage du temps, Carole !
Répondre
Z
on (se) fait vraiment(du) bien (à)de te lire...
Répondre
C


 !!!  !!!


Là je mets des "smileys", parce que devant un aussi gentil commentaire, je ne sais plus quoi dire !


C'est comme dans la vie, les blogs, parfois, un sourire vaut réponse...



J
Comme un arrêt sur image qui dure, une méditation intense, profonde qui génère l'être...mimétisme surprenant. Belle journée; Joëlle
Répondre
C


C'était surprenant, oui. Deux êtres qui appartiendraient au même monde, parce qu'ils n'appartiendraient pas tout à fait au nôtre ? - une morte, un exilé...



A
Étrange ressemblance en effet, l'atmosphère est prenante. J'accueille.
Répondre
C


Je me demande si ce n'est pas un réfugié malien.



C
Bonsoir Carole,
C'est une remarquable photo... comme si les voiles du temps s'étaient écartés et que deux mondes étaient mis en présence... Un voyage insolite entre deux époques et ce mystérieux personnage
statufié, plongé dans sa solitude, interroge le regard et le coeur. C'est très émouvant!
Bravo pour ton talent de conteuse d'histoires!
Je te souhaite une excellente soirée. Amitiés
Cendrine
Répondre
C


Deux solitaires.


Merci, Cendrine



N
Un rapprochement par dessus l'histoire et le temps, une fraternité. Elle va, il l'attend, et le réverbère semble tenir la chandelle...
Répondre
C



Fraternité, oui, mais amour ? Pauvre homme, il m'a semblé si seul, j'ai peur qu'il ait passé la journée là avec son sac, en se demandant où il dormirait le soir.



B
J'aime beaucoup ta prose et ta sensibilité à fleur de peau. Nous avons tous à divers moments de notre vie, croisé des êtres dont nous devinons le désarroi, la fragilité.
Répondre
C


Merci, Balladine, à bientôt.



J
Bonjour Carole... j'ai beau le regarder, il ne me parait pas humain... lui qui semble voir la même chose que la statue qui bien sûr de par son statut ne voit rien... Etrange et insolite cet
homme... merci, jill
Répondre
C


Humain, si, mais immobile comme une statue, en effet.



H
Mondes parallèles figés dans un bref instant d'éternité.

Que de plaisir à te lire Carole! Que de sourires devant l'écran contemplant tes images!
Puisses-tu ne jamais te lasser. Cent fois merci***

Hélène*
Répondre
C


Merci, Hélène. Tes commentaires si agréables m'encouragent à continuer, peut-être pas pour toujours cependant...