Sapin

Publié le par Carole

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Nantes - Cours saint-André - 15 janvier 2015
 
 
Il n'était plus de saison, le pauvre vieux, maigre et piquant du nez sur son manteau d'aiguilles. Il n'y avait plus rien à faire. Mais on ne pouvait pas décemment l'abandonner sur le trottoir, devant l'appartement, à la vue des enfants. Alors on l'a porté là, discrètement, sur ce lit vert de mousse et d'herbes citadines. Juste au-dessus de l'Erdre, la vive enfouie luttant contre la nuit avec tous ses poissons.
Son petit pied de planches lui faisait une jolie croix de bois. 
 
On nettoiera le cours, on l'enlèvera, bientôt, ce déchet de Noël, on le jettera comme il se doit, au feu ou au compost, triste paquet de joie morte.
Toutes nos fêtes finissent ainsi, au tas d'ordures, à la benne d'oubli.
 
Il doit bien y avoir quelque part, pourtant, dans les allées envahies de broussailles de nos regrets en friche, un cimetière des jours heureux, plein de fleurs, de vieux os et de songes, qu'on pourrait visiter, passant fidèle, et revoir sans pleurer. 
 

 

Publié dans Nantes

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zadddie 18/01/2015 22:14

joli!

flipperine 18/01/2015 00:01

cette année à Marseille chaque weekend ils mettent des barrières en carré pour y déposer les sapins mais on en trouve quand même sur les trottoirs les gens sont indisciplinés

Carole 18/01/2015 01:09



Eh oui. Au moins ce n'est pas polluant. Juste gênant.



Richard LEJEUNE 17/01/2015 09:55

Telle quelle, votre dernière phrase, Carole : un pur bijou de littérature !!


Ce qui me choque sur votre photo, c'est que quelqu'un a cru bon de se débarrasser sur la voie publique de ce qu'il eût dû prendre en charge lui-même ...

Chez nous, on dépose les sapins devant la maison parce que le camion des services communaux ou d'Intradel passe les quérir aux dates annoncées sur le calendrier des collectes de déchets distribué
par la commune.

Carole 17/01/2015 12:58



Eh oui, ce sont souvent les "mauvais" comportements qui permettent les "bonnes" photos... c'est ainsi.



Catheau 17/01/2015 09:29

Il y a encore beaucoup à faire pour le respect de l'environnement !

Carole 18/01/2015 01:13



Au moins ce n'est qu'un peu de bois. Je trouve qu'on voit bien pire en matière de déchets "abandonnés".



Anne-Marie 17/01/2015 09:14

Cette année on s'est débarrassé plus vite que d'habitude et plus tristement que d'habitude des restes de la fête...

X 17/01/2015 09:13

Le cimetière des jours heureux n'est-il pas surtout en nous, secret, lumineux mais impossible à partager avec quiconque dès lors que ses divers éléments ont disparu...

Carole 18/01/2015 01:26



Oui, comme le sont du reste tous nos souvenirs. Vivre, c'est accepter, sans doute, de "mourir" un grand nombre de fois, et de mettre en ordre son cimetière intérieur, pour continuer la route.



mansfield 17/01/2015 09:05

Triste spectacle renouvelé chaque année, hélas! Allez, le printemps ne va pas tarder à pointer son nez!

jc legros 17/01/2015 08:09

Chez nous, dans la plupart des petits villages, c'est le service des plantations (paradoxe!) qui se charge de récolter ces souvenirs d'une soirée souhaitée heureuse. Ils sont déposés dans une
prairie, en tas bien construit. Fin février, début mars, c'est un soir de Grand Feu: on brûle tous ces sapins. On brûle la sorcière Hiver. Tout le monde est heureux. Le lendemain, on disperse les
cendres...et le service de propreté ramasse les consignes....

Martine 17/01/2015 06:25

Pas "un cimetière des jours heureux" Carole. Plutôt une cassette, un coffre aux trésors. j'y puise sans compter pour vous raconter mes petites histoires.
Mais, tu as raison: que c'est triste ce pauvre sapin abandonné sur la voie publique.

jill bill 17/01/2015 06:20

Oui et par derrière tout l'argent dépensé pour se faire, restent les souvenirs comme on dit ;-)

Quichottine 17/01/2015 02:06

Tu sais... je ne voulais pas forcément que tu changes ta version.

Même si j'aime beaucoup ta nouvelle fin, le premier jet avait une force incroyable.

Un peu comme lorsque dans un jeu de ballon, il vous frappe au ventre ou à la poitrine et vous coupe le souffle...

Bon, je m'exprime mal, mais c'est que j'ai ressenti.

Tu as éclairci l'image, comme lorsqu'on pleure devant une photo et que soudain le soleil nous la montre, différente, et souligne le sourire que l'on avait oublié.

Merci pour tout cela.
J'ai beaucoup de chance je crois, j'ai eu les deux moments. :)

Merci encore.

Carole 17/01/2015 13:00



 Ce n'est pas vraiment toi qu m'as influencé, mais dès que les textes sont postés, je les vois autrement et j'ai envie de les modifier. C'est comme ça à chaque fois, ou presque. C'était
brutal, tout de même. Mais... oui, j'hésite encore.



Quichottine 17/01/2015 00:57

Un cimetière des jours heureux ?
Tu m'as fait frissonner en te lisant...

Je voudrais qu'il y ait un conservatoire, un musée en herbe, un parcours ouvert à tous, pour que ces jours ne disparaissent jamais.

Carole 17/01/2015 01:48



J'ai un peu étoffé la fin, depuis ton passage. Ma première version était un peu brutale, je le reconnais.
Mais je voulais dire que nous devons faire une place aux jours heureux disparus, comme à nos morts, pour ne pas les oublier, mais sans nous imaginer pourtant qu'ils sont encore vivants.