Elections

Publié le par Carole

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Dans les jardins du village, les dernières tulipes du printemps ont beaucoup plus d’éclat que les affiches électorales déjà fanées sur les panneaux de la mairie. On suivra les débats à la télé, pour voir, et certainement on ira voter. La grille donne sur la rue, et la rue donne sur le monde, pas de doute. Peut-être même qu’on se passionnera un peu, au soir des résultats.
Mais, entre nous, que l’on teinte les heures en bleu ou en rouge, peut-être plutôt en rose, cela ne changera pas la couleur des jours. Qu’on se réjouisse au son des fanfares nationales ou au chant des partisans, cela n’empêchera pas le village de dépérir, et bientôt de mourir. C’est ainsi et on le sait bien.
 
La maison des voisins d’à côté est à vendre, et aussi celle des voisins d’en face.
On a fait venir de Roumanie le nouveau médecin.
L’hôtel-restaurant, où mon arrière-grand-mère s'exténua jadis à servir les rouliers, ne trouve pas de repreneur.
On parle de fermer la poste.
Je me suis longuement promenée dans les champs et les prés, je n’ai vu cet après-midi qu’un papillon, un petit papillon tout jaune, frais comme une goutte de beurre, qui voletait tout seul au-dessus du colza. Pas une seule abeille dans les épines en fleurs. Derrière les vitres des rares fermes, de vieux visages m'ont regardée longtemps passer sur les chemins solitaires. Et les arbres des haies gisaient en tas épars de branches mortes, vaincus par les pulvérisations d'herbicides, au bord des parcelles trop vastes. En rentrant, j'ai marché sur les traverses éclatées, blanchies comme des os, de la voie ferrée oubliée parmi les éboulis.
Mais à quoi bon rappeler tout cela ? N’en va-t-il pas ainsi de tous les villages, aujourd’hui, dans cette Beauce mal aimée – et puis ailleurs aussi ?
 
Au crépuscule la rue s’endort comme un chien nonchalant dans un dernier rayon tiède, tandis que, sur les panneaux de bois, les affiches pâlies attendent la pluie qui viendra cette nuit.
 
  
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Publié dans Le village : Selommes

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adamante 28/04/2012 13:17

Dans le silence que m'inspirent tes mots, ce ressenti profond dans lequel je me retrouve si totalement, je m'efforce de rêver, il me suffit de me souvenir.
Je peins des champs plein d'abeilles et de papillons d'où le colza est exclu. Je peins des chemins où des chants humains s'élèvent, ritournelles de la douceur de vivre, où le temps prend son temps,
je peins l'espoir sur un sourire à grand renfort de couleurs, je peins le monde dont je rêve, si simple et si proche de la terre que l'on ne sait plus écouter respirer.

Carole Chollet-Buisson 29/04/2012 14:36



Ces paysages de l'enfance nous semblent souvent plus vivants que ceux que nous observons, si abîmés en général.


Mais quels souvenirs nos propres enfants pourront-ils emporter pour bagages, si la dégradation se poursuit ? Je suis désespérée de constater que seuls les partis extrémistes (dont un que je
n'aime pas nommer et qui monte, hélas, très vite), font du délaissement des campagnes des sujets de "campagne" électorale. C'est insensé de les laisser poser en termes erronés et dénaturés des
questions aussi importantes, qui nous concernent tous en profondeur.


Je projette de parler un jour pour SCALP du travail de Raymond Depardon sur les paysans. 



Nounedeb 23/04/2012 18:07

Des mots magnifiques pour exprimer la nostalgie qui nous étreint. Le sentiment d'un monde qui bascule...

Carole Chollet-Buisson 24/04/2012 21:40



Merci, Nounedeb.



erato:0059: 23/04/2012 17:15

Il est bon de marcher dans les souvenirs .... mais c'est vrai tout devient souvenirs. Quelle tristesse.Bises Carole

Carole Chollet-Buisson 24/04/2012 21:36



Oui, on a trop souvent cette impression. A bientôt, Erato, et merci.



simple-regard 23/04/2012 09:23

Les abeilles reviendront, même si les maisons des campagnes se vident face aux affiches ;)

Carole Chollet-Buisson 23/04/2012 10:28



Peut-être...



Gérard Méry 23/04/2012 00:10

Je crois que ce premier tour devrait t'inspirer sur notre vie de tous les jours à venir..un retour de campagne si j'ose dire

Carole 23/04/2012 00:18



En effet, je viens d'écrire un texte à ce propos. J'ai été atterrée par le "score" du "Troisième homme" - qui est une femme, ce qui ne change rien. Finalement, les élections ne me laissent pas du
tout indifférente !



valdy 22/04/2012 19:08

Pour être franche, je suis saisie par ta qualité d'écriture... La description de cette lente extinction de village va droit au coeur et le dernier mot de résignation n'en n'est que plus
poignant.
PS : ce petit papillon frais comme une goutte de beurre sent bon le terroir, j'adore !

Carole Chollet-Buisson 22/04/2012 22:01



Ton commentaire me va droit au coeur, merci, Valdy !



zadddie 22/04/2012 18:24

un peu tristoune l'ambiance...(d'autant plus que cela me rappelle un peu ici...

Carole Chollet-Buisson 22/04/2012 18:27



Oui, Zadddie. Peut-être que ça ira mieux demain ? Il est temps que je regagne la ville, apparemment.



Tibicine 22/04/2012 09:38

Bonjour Carole. Je me lève ce matin avec un sentiment paradoxal que tu traduis très bien au travers d'une photo de ton village ; l'espoir que les hommes se mobilisent et participent à forger une
société meilleure, et en même temps, j'ai conscience qu'une pieuvre tient fermement les fils de notre destin. La transformation de notre société à laquelle nous assistons, ce monde qui s'impose à
nous, tout ceci ne doit pas nous faire peur mais susciter des réflexions qui mènent à l'action. Nous pouvons toujours accuser les autres de nous imposer un modèle, nous avons le choix de résister,
d'émettre des idées, mieux, d'agir pour ou contre, d'être les acteurs de notre destin. Un village se dépouille souvent par manque de mobilisation de ses habitants ; dans certains ceux-ci se sont
battus pour garder leur école, leur poste. On n'obtient pas toujours gain de cause, mais quand on s'est mobilisé, on a au moins la satisfaction d'avoir essayé et parfois la récompense vient
ailleurs là où l'on ne s'y attendait pas. Tu l'as compris, je suis plutôt de ceux qui espèrent. Bon dimanche à toi et bon vote. à bientôt, Tibicine

Carole Chollet-Buisson 22/04/2012 11:44



Tibicine, ce qui est terrible, c'est que dans ce village-là, on s'est justement beaucoup battu (mon propre père en était le maire et je suis un témoin direct de ce combat épuisant). Mais il vient
un moment où on se relâche peut-être, ou bien la poussée du monde extérieur est trop forte.


Moi je ne suis pas de ceux qui espèrent, mais de ceux qui veulent espérer, et ce n'est pas seulement un jeu sur les mots.


Merci, Tibicine.



emma 22/04/2012 08:33

pourtant, que la montagne est belle...

Tous les vieux étaient morts. Les jeunes avaient quitté cette terre difficile ; ils étaient allés s'installer dans les villes afin de profiter des Assurances sociales et des Congés payés. Alors,
tout doucement, les maisons s'écroulaient, la terre redevenait garenne, broussailles, ronciers, ce qui était sa façon à elle de mourir aussi. Nom de gueux, que c'est triste un village sans cris
d'enfants, sans rires d'enfants !

Jean Anglade. Une pomme oubliée

Carole Chollet-Buisson 22/04/2012 11:40



Tu dis bien tout cela, Emma. J'ai connu la Creuse aussi, quand j'étais enfant. Je pense que, depuis, le "désert" a incroyablement avancé, en bien des lieux. C'est l'une des évolutions les plus
angoissantes de notre époque - mais si peu évoquée.


Il y a tout de même le livre de Depardon sur les Paysans, et ses deux films sur ce sujet.


 



joelle.colomar.over-blog.com 22/04/2012 08:23

Le temps qui passe, l'évolution qui n'en est pas une, le nature en grande souffrance mais où va donc l'humain ?
Ton monde à toi est si riche. Cultive le encore et encore pour le bien de tous. Joëlle

Carole Chollet-Buisson 22/04/2012 11:37



Merci, Joëlle, ton commentaire me touche et m'encourage aussi. Car c'est parfois difficile...