Doute

Publié le par Carole

Fondation-du-doute.jpg
Blois - rue du père Monsabre - octobre 2014
 
 
Il me plaît que ce soit justement ici qu'on ait installé cette étrange "fondation du doute". Car c'est à cet endroit, à cet endroit précisément, que se situe mon premier souvenir.
Je me vois toute floue mais c'est moi. Moi, ce moi toujours bien moi qui perdure dans le temps sans que jamais j'aie pu comprendre pourquoi il lui a fallu si souvent changer de visage et de voix. Montant ces marches grises qui me semblent si hautes. Tenant la main de ma jeune tante si blonde - celle qui dessine des Pierrots et des clowns, celle qui ne vieillira jamais, celle qui doit mourir et rester toujours jeune mais qui ne le sait pas, celle qui est si jolie et si gaie sous ses boucles. Elle me conduit là-haut, nous sommes seules immobiles au milieu du grand escalier, toutes deux côte à côte en équilibre sur les marches du temps. Je ne sais pas ce que nous faisons là, je ne sais de ce jour plus rien que cette image vague, mouvement arrêté sur la pellicule de mémoire.
C'est une image si difficile à lire, une image presque enfuie qui ressemble à ces photographies minuscules et pâlies que développe mon grand-père. Une image embuée de doute, où tremble l'avenir comme une boucle blonde.

 

 

Publié dans Enfance

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adamante 06/11/2014 21:24

Tu écris la vie, à vif, en lettres de sang et l'on s'y retrouve.

JC 04/11/2014 10:53

Un texte émouvant où les souvenirs flous pour les yeux sont d'une grande netteté pour le coeur. Amitiés. Joëlle

jc legros 04/11/2014 05:38

La précision des souvenirs de l'enfance est fantastique! Vous rendez celui-ci très touchant. Vous ne montiez pas les escaliers du "chemin du doute"...vous étiez dans le doute et alliez vers
celui-ci, plus intensément encore.

flipperine 04/11/2014 00:16

heureusement que nous ne connaissons pas l'heure de notre mort et qu'il y a des doutes qui planent sur nos anciens souvenirs surtout s'ils sont mauvais

Gérard 03/11/2014 23:03

des souvenirs auxquels nous nous n'avons pas le droit de douter.

zadddie 03/11/2014 22:18

Ben aurait du dire "songe"..

Catheau 03/11/2014 18:39

Je lis en ce moment "Enfance" de Nathalie Sarraute. La double instance narrative de l'oeuvre est elle aussi propice au doute sur ce que l'on fut enfant. Votre beau texte m'y fait penser.

Lorraine 03/11/2014 18:38

Le tout premier souvenir d'un enfant est très souvent une image sans passé, sans avenir, isolé et néanmoins revécu chaque fois avec la même puissance et la même immuabilité. Tu as gardé le soleil
de ce jour-là, la grâce de la jeune tante si jolie et si gaie - et qui ne savait pas qu'elle allait mourir et rester éternellement jeune. Le poignard du souvenir fait mal et en même temps amène un
sourire sur les lèvres. Un sourire de nostalgie.
J'aime ce billet et "la fondation du doute" qui isole tellement ce chemin creux.

Lorraine

hamza 03/11/2014 17:50

Il est beau ton texte - il évoque le temps passé, le présent et l'avenir - franchement c'est très beau à lire - merci Carole

Carole 05/11/2014 01:01



Merci, Hamza.



Cardamone 03/11/2014 15:10

Une fois de plus très belle évocation du passage du temps

Miche 03/11/2014 10:51

Oh, elle est bien vivante cette image !

Michèle F. 03/11/2014 10:03

Je corrige : "surtout pour moi qui vienS"...

almanito 03/11/2014 09:58

Cela doit en effet être très étrange de refaire quelques pas dans l'enfance pour y découvrir un endroit dénommé Fondation du Doute...

Michèle F. 03/11/2014 09:35

Très très proustien, surtout pour moi qui vient de faire une énième relecture, sans doute la dernière. J'ai tourné la dernière page du Temps retrouvé hier soir.

Aloysia 03/11/2014 09:17

Belle transposition d'un paysage dont tu extrais toutes les nuances subtiles dans une superposition d'images que seul notre esprit est capable d'effectuer...

Anne-Marie 03/11/2014 09:12

Quelle jolie évocation d'un souvenir, lointain comme l'enfance et flou comme un rêve éveillé...

Loïc Roussain 03/11/2014 09:00

Un joli texte, très rétrospectif ...

Quichottine 03/11/2014 08:59

IL y a ce doute qui nous emporte... et puis celles et ceux qui resteront toujours aussi beaux dans nos souvenirs, que nous enjoliverons encore...

J'ai beaucoup aimé ce moment partagé, Carole.
Merci pour cette jeune femme qui n'a pas vieilli et qui me met les larmes aux yeux.

mansfield 03/11/2014 08:08

Une madeleine encore, que de beaux souvenirs déclenchent les lieux et les objets!

oups 03/11/2014 07:59

J'entends votre tante sourire :-)

Carole 05/11/2014 01:05



Penser à elle me fait toujours tant de peine. Elle est morte toute jeune.



Richard LEJEUNE 03/11/2014 07:36

Il ressort aussi de cette lecture de ce matin que votre entourage de petite fille semblait déjà très prometteur ...

jill bill 03/11/2014 02:04

C'est très joliment dit Carole, nons avons tous "un escalier" comme celui-ci....