Une clôture

Publié le par Carole

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    C'était si surprenant, en s'approchant de la haute clôture qui de loin paraissait solide et imprenable, de s'apercevoir qu'elle était faite en réalité de deux jeux de poteaux mal équarris et posés là sans soin, l'un au-dessus de l'autre, tout juste solidarisés par une barre de fer et un filet de grillage grossier. Si bien qu'un vide béant séparait les morceaux de bois que nul n'avait pris le temps d'unir et d'ajuster. Certains piquets malgré tout paraissaient essayer encore de se rejoindre, cherchant la droite ligne d'harmonie. D'autres avaient renoncé tout à fait et commençaient à pencher, solitaires. C'était plein de lumières et d'ombres, désinvolte et meurtri d'échardes. On se disait que le ciel bleu ne ferait pas toujours illusion. Que les planches pourrissantes allaient se gorger d'eau noire. Que le grillage serait vite éventré par les poteaux brisés. Que la barre de fer, sous l'assaut de la rouille, ne tiendrait pas longtemps. Que c'était bien étrange de laisser s'élargir cette faille au milieu de ce monde. Que c'était bien risqué, de s'en aller en foule en autant de morceaux.
 

Publié dans Fables

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F
Je n'aime que les murs en pierres sèches facilement écroulables!! Mais s'il on refuse les murs pour le symbole qu'ils représentent, il ne faut pas s'intéresser au passé et abolir L'HISTOIRE!! Juste
s'imaginer que l'on vit sur les cotonneux nuages et traverser l'existence sur une tapis volant en oubliant la ligne d'horizon!! BISOUS FAN
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C


Cette clôture-là est toute récente en fait, très haute, et si mal faite que cela en devient fascinant. Espérons que ce n'est pas un symbole de la modernité...



B
C'est donc une vraie fausse clôture ?
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C


En quelque sorte. Ou simplement une clôture destinée à tomber.



J
Une clôture hors du commun qui voulait croire qu'elle séparait des lieux ou des êtres mais n'y parvenait pas. Voulait-elle laisser passer le contact entre eux ? Amitiés. Joëlle
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N
L'espoir que toutes les clôtures, les murs, qui nous séquestrent, peu à peu se déliteront. Devoir d'optimisme?
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C


une forme de devoir, je pense, dans certains cas.



L
J'aime bien les irrégularités, les failles même si décoder est impossible ou même non souhaitable. Cela reste mystérieux et amusant.
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C


Je la trouvais "anxiogène", cette faille-là. Comment peut-on construire avec autant de négligence ? Mais du point de vue du photographe, cela dessinait de belles lignes, évidemment.



C
Aucune barrière n'est inviolable : une invitation à la liberté ?
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H
Le ciel en toile de fond, ces lignes spontanées, cet espace d'espérance, c'est un très beau tableau d'artiste!

Hélène*
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M
Une clôture et en même temps des limites qui s'effondrent, tout est toujours mouvant!
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A
C'est très inquiétant, oui, et le moins qu'on puisse dire est que nous n'irons pas à la bataille en rangs serrés.
Pourrons nous encore rassembler les poteaux dévastés lorsque les barbelés hérisseront un ciel obscur?
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C


Inquiétude partagée... mais il n'est pas encore temps de désespérer.



A
"On voit le vide à travers les planches" dit Souchon
Nos planches sont si mal jointes, nous sommes si peu "solidarisés" qu'un grand vide béant apparait sous nos pieds. Est-il encore possible de le combler?
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C


Je trouvais que la chanson correspondait assez bien, même si en fait son sujet est différent.



R
Dss mikados à taille humaine ... un peu comme certains jeux d'échecs.
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C


oui, on peut imaginer cela.



J
Ah rien ne retiendra le ciel bleu d'été... sourire, merci Carole !
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