Derrière le grillage

Publié le par Carole

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C'est elle. Non, ce n'est pas elle. 
On disait "la maison de la rue Alfred-Halou". Tout près du cimetière, posée contre les rails de la ligne Paris-Hendaye, elle n'était pas bien belle, elle n'était pas bien riche. Mais c'était "la maison de la rue Alfred-Halou". Mes grands-parents y ont longtemps vécu avec leurs cinq enfants.
Le jardin était rempli de glaïeuls. Une balançoire s'en allait dans l'air bleu, chargée de jeunes filles. Le linge claquait au vent sur le grand fil à linge, saluant les trains qui passaient en sifflant. 
C'était au temps où mon grand-père était chef de section à la gare de Blois toute proche. Où ma grand-mère avait des cheveux si noirs qu'on les aurait cru bleus. Et où je babillais, toute petite fille et poupée de mes tantes.
 
Maintenant on construit et on exproprie. On mure et on barbèle. Il faut bien que les choses se fassent. 
Elle n'est plus sur les plans qu'un problème à résoudre, la maison de la rue Alfred-Halou. 
 
Et, pâles, amaigris et fragiles, derrière le haut grillage, les souvenirs se massent et nous regardent, silencieux et grisâtres comme des prisonniers.

 

 

Publié dans Enfance

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michèle 09/11/2014 16:24

Quelle belle évocation de la vie de tes grands-parents! Touchante et délicate mais sans pathos elle sauve la petite maison de l'oubli.

adamante 06/11/2014 21:21

Bonsoir Carole,
Comme j'aimerais avoir tous tes textes dans un recueil que j'ouvrirai parfois pour m'évader, vivre une réalité que je m'approprierai, juste un moment, un moment privilégié, comme je le fais avec
les auteurs que j'aime et qui me touchent en profondeur.
Je passe sans laisser de mots parfois (pas assez souvent à mon goût) mais avec quel bonheur ! Amicalement.

Carole 07/11/2014 00:16



Merci, Adamante. Tes visites me font toujours tant plaisir. 



old nut 06/11/2014 20:42

Dans le monde d'aujourd'hui les humains commencent à faire problème...que faire d'eux ?

JC 06/11/2014 09:20

Difficile de voir flétrir ses souvenirs ! Pourtant elle a encore un certain charme cette maison aux toits décalés ! Amitiés. Joëlle

Gérard 05/11/2014 23:17

Je comprends mieux, ...on exproprie évidemment....

Gérard 05/11/2014 22:58

Pourquoi elle disparaitrait elle est encore en bonne état

Carole 05/11/2014 22:59



On construit une passerelle sur le terrain.



zadddie 05/11/2014 22:50

oui, plus qu'une maison, c'est TA maison...par extension..

Aloysia 05/11/2014 22:12

Superbe texte encore... Emouvant et riche, comme toujours !

Marilug 05/11/2014 16:40

Ce message est émouvant. Ils recèlent toute l'émotion suscitée par la disparition de ce qu'on a aimé, où on connu des joies et des penes,des gens qui eux aussi ont disparu. C'est un peu comme si on
les poussait un peu plus loin dans le creux de nos mémoires et de nos coeurs. Mais que faire contre le terrible réalité qui prône la rentabilité? Nos souvenirs rien ne pourra les effacer. Bonsoir
Carole

hamza 05/11/2014 15:57

Le texte "DERRIERE LE GRILLAGE" m'a fait rappelé la maison de mes parents où j'ai passé mon enfance. Une maison contruite en toub et en torchis. Elle était tout en terre. Mais elle nous accueillait
calme et paisible. Malgré les manques on se sentait sereins,libres pleins de promesses.Et il faisait bon vivre. Elle existe toujours notre maison en toub

Anick de Paris 05/11/2014 13:54

Je suis contente de la revoir, même sous cet angle... Il semble que la buanderie ait été fort agrandie.
Je t'embrasse

Carole 05/11/2014 16:26



J'ai l'impression qu'elle a été changée en "appentis". Mais de toute façon, tu vois qu'on a muré la fenêtre. La nouvelle et immense passerelle qui mène à la gare va passer là... Nous nous sommes
heurtées à une grande porte de fer solidement fermée quand nous sommes venues, maman et moi. Mais je sais que Françoise a pu entrer un jour et a fait des photos du jardin. Les dernières.


Je t'embrasse aussi, Anick.


PS : j'ai corrigé l'orthographe. Je n'avais jamais vu le nom écrit, en fait. 



Quichottine 05/11/2014 10:54

Je crois qu'il est important que tu la fasses vivre ainsi... Même si elle doit disparaître à jamais dans la réalité.

Merci pour cette page pleine d'émotion.

Richard LEJEUNE 05/11/2014 10:07

Les Égyptiens de l'Antiquité pensaient qu'évoquer quelqu'un, notamment en prononçant son nom, suffisait pour continuer à le faire vivre ...

Avaient-ils complètement tort ?

Michèle F. 05/11/2014 09:46

Chacun (ou presque) ne porte-t-il pas en lui le souvenir d'une telle destruction? L'école où j'ai vécu entre 10 et 18 ans, où j'ai traversé une adolescence si compliquée, n'est plus aujourd'hui
qu'un terre-plein au coeur de la ville de Troyes. Comme c'est plat, n'est-ce pas?

Anne-Marie 05/11/2014 09:36

Il suffit de fermer les yeux pour libérer les souvenirs...

Loïc Roussain 05/11/2014 08:53

"C'était un petit jardin ..."
Et Alfred Halloux ? on peut vivre ainsi des années sans se demander "mais qui est ce ... ?"

Catheau 05/11/2014 08:42

Grâce à l'écriture, la petite maison blanche échappera aux pelleteuses.

Jeanmi 05/11/2014 08:32

La résistance commence là !...

mansfield 05/11/2014 07:49

J'ai le même genre de petite maison chargée d'histoire dans ma ville, elle va être démolie elle aussi par de promoteurs avides, que dire, passe le temps, passe le vent...

jc legros 05/11/2014 07:02

Si, comme les feuilles mortes, les souvenirs se ramassent à la pelle, le réel - qui les a suscités - s'arrache à la pelleteuse...et c'est bien triste souvent.

almanito 05/11/2014 06:27

Terrible image dans ta dernière phrase. On ne peut qu'imaginer le pire quand au sort de cette pauvre petite maison, mais les souvenirs ne sont pas si captifs des barbelés puisqu'ils sont dans ton
cœur.

jill bill 05/11/2014 03:43

Bonjour Carole... Nul besoin de château pour vivre sa vie, en famille, et laisser de bons souvenirs, merci....