Démontage

Publié le par Carole

manege-demontage-nuit.jpg
 
 
Je les ai surpris ce soir. Vêtus de sombre et démunis de lampe, ils démontaient en silence le manège de Noël. Surtout que les enfants ne voient pas, que les passants n'entendent rien, que les curieux regardent ailleurs...
Et le manège désossé n'était plus qu'un drôle de tourniquet mourant, un bizarre pilori où se pendaient des hommes, une rude machine à démonter la joie.
Il était temps, avait-on dit dans les bureaux là-bas, d'affronter ce qu'on appelle la réalité, de marcher laborieux au pas du bon soldat janvier, et d'oublier Noël.
Mais eux, sans se presser, faisaient tourner encore le mécanisme à demi arraché. Ils ne pouvaient s'en empêcher, de faire encore là-haut pour rien un dernier petit tour de manège...
 
C'est toujours si triste, quand on range au grenier les débris de la fête.
Quand on jette au bûcher le sapin desséché.
Quand on dépouille la pauvre façade en joie de ses guirlandes en toc et de ses pères Noël de chiffons. 
Quand le musicien sort de scène avec son violoncelle et se perd dans la foule.
Quand le peintre décroche ses toiles après l'exposition et ne les trouve plus aussi belles.
 
Toujours on attend un peu. On salue une dernière fois, avant d'éteindre les lumières pour rentrer comme avant dans la nuit.
Nantes, 6 janvier 2014

Publié dans Nantes

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E
Oui c'est triste, mais il reste le souvenir heureux et l'espoir d'un retour l'année d'après.
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Z
quelques passerelles entre nos blogs donc...
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C
Et quand le fossoyeur range sa pelle...
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M
Oui et si les lumières de la fête étaient permanentes, ce ne serait plus la fête.
Et pourtant mon sapin est encore ici au salon tout décoré. ;)
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G
lorsque la fête est finie on passe à autre chose la vie continue c'est ainsi
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J
la deuxième photo fait clignoter des idées
créer pour son plaisir ou créer pour s'exposer?
ouvert fermé lumière noir ouvert fermé...
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C


Là, je te laisse répondre...



P
Je ne sais pas si ce sont des visions de créateurs, toutes les façades enguirlandées qui agitent les villages de soubresauts lumineux ; je sais aussi que ce n'est pas charitable, mais n'empêche,
cela me fait chaque année mourir de rire.
:-)
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C


Créateurs naïfs, et art brut "de Noël". Art des humbles, et des lieux délaissés. C'est dérisoire et donc sans doute risible, mais c'est émouvant aussi, à mon avis. C'est pour cela que j'ai pris
la photo, je passais depuis un mois devant ces deux façades en harmonie et en contraste, et je trouvais l'ensemble à la fois amusant et très suggestif.



N
L'année finit dans la nuit, que l'on a illuminée. On se tourne vers la lumière, et l'on attend, plein d'espoir, de nouvelles visions, de nouveaux créateurs de mirages... :)
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M
Le manège de la vie tourne dans les rues comme dans les coeurs. Les lumières et les rires d'enfants se rallumeront à la prochaine fête. Ne cédons pas à la mélancolie !
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E
mélancolie des choses finissantes...
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M
Quand la fête est finie... Difficile de plonger dans le réel, il est toujours plus agréable de s'en extraire et Noël est l'un des moyens, l'un des prétextes les plus anodins...
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J
Oui c'est vrai, effacer les traces d'une fête c'est mourir un peu... en attendant de la ressusciter ! Merci Carole...
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C
Les couleurs de la fête ont laissé place à un quotidien en noir et blanc : texte et photo superbes, comme d'habitude !
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O
""Je les ai surpris ce soir. Vêtus de sombre et démunis de lampe, ils démontaient en silence le manège de Noël. ""
Sapristi...vous les avez pris sur le fait....je me demande si ce ne sont pas les mêmes qui ont retiré brutalement toutes les jolies feuilles d'été des arbres de notre jardin...
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R
Rentrer dans la nuit jusqu'à ce que de nouvelles illuminations, de nouveaux rêves viennent derechef l'éclairer ...
Et alors aurons-nous peut-être des nuits plus belles que nos jours ...
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C


Peut-être alors que c'est un manque de foi en l'avenir qui nous rend triste, quand c'est fini.



A
Affronter le quotidien, oublier les paillettes qui l'enchantaient si bien, demande parfois un certain courage et une bonne dose d'optimisme...
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A
Oui, c'est cruel de quitter ces moments de magie pour retrouver la réalité souvent sinistre. C'est un peu comme le bonheur, on sait bien qu'il partira... mais qu'il reviendra, alors on l'attendra.
J'aime bien le contraste sur la deuxième photo, émouvante et d'une certaine façon drôle par sa naïveté.
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C


Oui, c'est émouvant cette naïveté du petit pavillon qui a l'air "inspiré" par la façade du commerçant voisin. Et c'est sur ma route...