Coquillages

Publié le par Carole

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Que l'on puisse décorer ainsi un vieux mur, au coin d'une gouttière rouillée. Que l'on puisse s'agenouiller un quart d'heure sur le sol, à fixer soigneusement, sur le ciment frais recouvrant on ne sait quel désastre, des coquillages et des galets ramassés là-bas, où si rarement on est allé, au bord de cette mer aux lointains mirages, dont on a gardé tout le bleu dans les yeux qui vieillissent, et le sable léger comme paillettes au creux des mains qui travaillent. Que l'on puisse tracer, à ras de bitume et de glaise, un petit chemin de Compostelle pour les pluies pèlerines descendant d'un vieux toit. Que l'on puisse peiner à orner sa maison de ce que les passants jamais n'admireront, tant on le place bas, tant on le colle à la rouille, à la paille, au goudron, aux pierres les plus usées.
C'est beau, comme de tailler un morceau de dentelle sur la pierre d'un puits noir, comme de poser un dessin tendre sur la paroi d'un cachot, ou comme de coller, en un soir de misère, des fleurs de faïence et de verre sur les parois étroites de la maison "Picassiette", à Chartres, tout près d'ici.
C'est peu de chose, évidemment, si peu de chose... un rayon mince de lumière, un grain de poésie naïve dans le quotidien sans pitié, la coque de l'espoir sur la perle fragile qui germa dans un coeur. Presque rien...
Mais c'est quelque chose, voyez-vous, que je photographie, quand je passe.
 
(A lire aussi, si vous ne connaissez pas "Picassiette":
http://www.chartres.fr/culture/arts-et-spectacles/maison-picassiette/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_Picassiette)

Publié dans Le village : Selommes

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C
Un minuscule rêve de mer dans la ville majuscule.
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C


Dans mon village, en fait.



B
J'apprécie les photographes comme toi qui savent remarquer les petites choses dites insignifiantes mais pleines d'humanité et de poésie. Merci de m'avoir rappelé d'aller visiter la maison
Picassiette que je connais pour en parler souvent avec une personne de ma famille qui s'adonne à ce loisir.
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C


Je suis contente que tu connaisses "Picassiette" - qui a tout de même accédé, sinon à la célébrité, du moins à l'estime, grâce à l'intérêt porté à l'art brut depuis peu.



N
Dans un tout autre style, connais-tu aux Sables d'Olonne l' île Penotte?
http://www.ile-penotte-lessablesdolonne.com/balades-ile-penotte.htm
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C


J'y suis passée très rapidement un après-midi, il y a deux ans, mais j'ai bien l'intention d'y retourner en prenant mon temps pour regarder, ce n'est pas trop loin de Nantes. 



N
Faire tout simplement quelque chose de beau, pour accompagner sa vie. J'ai l'impression que c'est un geste immémorial que les sociétés dites "primitives" savent cultiver, et qui n'est donc pas
perdu chez nous!
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C


"Tout simplement", comme tu dis, mais peu le font aujourd'hui. Notre appréhension du beau s'est standardisée, hélas , et nous avons du mal à donner leur prix humain aux objets qui n'ont pas de
"prix" commercial ! Pourtant, comme tu le dis, c'est une exigence immémoriale. Une formule que j'aime bien (mais je l'ai déjà employée, je ne veux pas trop me répéter), c'est "habiter en poète",
et c'est de Hölderlin.



L
J'aime cet art photographique hors du style "carte postale", attaché au travail des hommes, et aux détails de la vie quotidienne.
LOIC
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C


Cela dépend du sujet traité, bien sûr, mais je ne cherche pas à faire du "beau", juste des photos expressives du problème posé ou du poème imaginé. Les "cartes postales", il y en a déjà tant, et
puis leur beauté se ferme sur elle-même, n'ouvre pas à la réflexion ni au rêve. 



H
Ces coquillages de mer sur le ciment des hommes, contraste puissant comme Jésus marchant parmi le monde.

Hélène*
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C


Qui sait s'ils n'ont pas en effet un sens religieux, ces coquillages qui rappellent le chemin de Saint-Jacques ? mais je ne sais pas.



C
Bonsoir Carole,
C'est la poésie du paysage que tu contes au bord d'un vieux mur, avec ce décor de coquillages, cette surprise nacrée qui emplit le regard de lumière et de beauté.
Merci de photographier les "petits riens" du quotidien qui sont des mondes magiques, des lieux d'extase littéraire.
Un grand bravo et une pluie de bisous pour te souhaiter un excellent dimanche.
Cendrine
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C


Ton commentaire illumine mes humbles efforts. J'aimerais parvenir à saisir tout cela... mais "l'art est long, et le temps est court"... alors qu'il y a tant, tant, à montrer, à dire !



P
Et oui Carole, tu remarques et nous transmets cette parcelle de vie que ces anonymes déposent par plaisir, quelque part, pour laisser une trace de leur passage.Comment leur dire que nous y sommes
sensibles et que nous respectons leur geste, leur langage ...
Merci Carole, bisous, Plume .
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C


Je voulais le leur dire, justement, c'est pourquoi j'ai mis le texte, bien qu'il ait une portée plus générale et parle en fait de ce désir d'art qui mène les plus audacieux à l'"art brut", dans
la "catégorie" "Selommes", que consultent (un peu) les gens de mon village natal. Alors qui sait ?


Merci, Plume.



Z
tu ravis ma fin de journée..( enfin je m'entends..
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C


Merci de me consacrer un moment de ta fin de journée, alors !



F
Merci pour le temps que vous passer sur ce blog et les informations que vous faites figurer. En tout cas c’est un blog utile de plus il est facile à consulter. Bonne continuation pour ce
merveilleux travail.
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C


Et merci de m'en remercier !



E
je crois qu'il serait heureux, tout simplement que tu l'aies vu, cet humble poete qui, mu par une fantaisie qui flottait dans l'air ce jour là a posé ce petit signe au passant du présent et du
futur, comme on grave ses initiales... frères humains qui après nous vivez...
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C


Emma, ton commentaire me plaît tant... ces frères humains poètes, ces "Picassiette", sont souvent si modestes, si pauvres. Merci, amitiés.



J
Quelque chose que vous seule, peut-être, remarquez en passant ... et pensez photographier ! J’aimerais tant, un jour, vous voir marcher là où vous déambulez, appareil-photo en bandoulière, que
dis-je à la main ...

Non, cette image n’est pas dérisoire. Oui, il s’agit d’espoir, d’amour même ... Plus que l’on ne l’imagine : la coquille n’est-elle pas symbole de fécondité féminine et nourricière dans certaines
civilisations ... Peut-être – même inconsciemment – ce maçon d’un quart d’heure a-t-il voulu prendre soin de ce filet d’eau en le menant sur le chemin de la naissance, prolongement de l’activité
sexuelle ?
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C


J'y avais plutôt vu la coquille mystique des pèlerins de Saint-Jacques, autre symbole. Mais, bien, sûr, je connais la coquille de Vénus, et l'usage qu'a pu en faire Botticelli, par exemple.


J'avais, plus encore, pensé à un début timide d'"art brut" dans les rues de ce petit village où nul n'aime "se faire remarquer".



G
Un peu perdus ces coquillages entre cette gouttière rouillée et ce trottoir usé
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C


C'est, paradoxalement, ce qui a retenu mon attention.



J
Inattendu... Mais ils remplacent à mer-veille les galets ! Merci Carole !
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C


A mer-veille, tu l'as dit !