Comme un prisonnier

Publié le par Carole

vieil homme de dos 2
 
Je l'ai suivi un moment... avant de le doubler... Il avançait si lentement dans les allées du Jardin.
Il tenait ses mains dans son dos, comme un prisonnier.
Comme un prisonnier il savourait sans se presser ce moment de bonheur au jardin, ce doux chemin de vie, près du petit chien gris.
Comme un prisonnier, les deux mains nouées dans le dos, il savait qu'il faudrait retourner
tout à l'heure
après la promenade sous le ciel
à la solitude
à la vieillesse
à la souffrance
à l'ennui
à l'attente.
Et il courbait la tête sans révolte
fatigué résigné
comme un prisonnier
les deux mains serrées dans le dos 
sur sa prière inexprimée.

 

Publié dans Fables

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Catheau 28/10/2013 18:45

Je vois un soleil finissant sous les pas de ce vieil homme...

Cendrine 21/10/2013 01:37

Tu as saisi l'émotion de l'instant avec la silhouette de ce prisonnier du temps qui s'écoule inexorablement, je souhaite à ce monsieur de n'être pas seul lorsqu'il reviendra de sa promenade.
Heureusement qu'il a son adorable petit chien. Je leur souhaite le meilleur...
Ta photo me fait penser à un vieux monsieur qui habite dans l'immeuble en face du mien. Je le vois chaque jour, à sa fenêtre. Il vient quérir un peu de rêve d'évasion à la fenêtre, sa tasse de café
à la main. C'est comme si d'un coup tout redevenait possible, l'espace d'un petit instant... Je ressens cela, je suis comme lui à ma fenêtre, jeune certes mais la maladie m'amène aussi près de cet
oeil de lumière alors que dans la rue passent (et je ne les dirai jamais privilégiés) ceux qui ont une vie sociale, professionnelle, compliquée ou non, c'est le flot de la rue, dans un rythme qui
n'est pas le nôtre, l'un forcé par la vieillesse, l'autre par une folle mais bien réelle pathologie orpheline sans remède, je sais que tu me comprends avec ta sensibilité. Je vois ce vieux
monsieur, il me voit aussi, nous nous comprenons avec 40 ans qui nous séparent... Il y a des sourires entre nous et ensuite retombe le voile du temps, l'attente de quelqu'un qui revient pour que
s'achève la solitude. Je suis soulagée à chaque fois que je vois sa fille lui rendre visite.

Ta photo, ton texte sont une nouvelle fois élixir d'émotion...

Amitiés Carole

Cendrine

Carole 22/10/2013 00:54



Un très beau récit, Cendrine, et une très belle rencontre de ta vie quotidienne. Prends soin de lui, et de toi aussi. Amitiés.



Alain 20/10/2013 09:37

Pourquoi la vieillesse, puis la mort, nous bouleverse autant, puisqu'elles sont un passage obligé de la vie ?
Cette conscience qui nous tracasse et n'accepte pas...

Nounedeb 19/10/2013 12:59

Ta photo m'a rappelé tout d'abord "Minuit dans le jardin du bien et du mal", que j'ai revu avec délectation sur Arte: le monsieur qui promène l'idée de chien.
Puis ton texte. C'est vrai que l'homme est voûté. Mais peut-être accepte-t-il sa solitude, s'il ne l'a pas cherchée. Peut-être elle lui permet méditer sur sa mort, que préparent les ravages de la
vieillesse...

Carole 20/10/2013 00:47



Là, je te trouve encore plus pessimiste que moi. Mais c'est vrai qu'il nous faut "apprendre à mourir", on dit même que c'est cela, "philosopher"...



mansfield 18/10/2013 19:10

Prisonnier du temps qui reste, celui des jours tranquilles et sans saveur ou prisonnier de tourments passés pesant sur son dos, qui sait! Bien vu Carole, j'en vois souvent comme celui-ci!

Carole 20/10/2013 01:20



Oui, je pense que tu es à un excellent poste d'observation dans ta pharmacie. Et tu sais bien observer, avec empathie.



FAN 18/10/2013 18:45

Le poids des ans? personne n'y échappe ou rarement! Cet homme traîne sa solitude avec son compagnon qui se moque bien de son âge mais qui sait lui offrir l'amour et la chaleur qui calment les
douleurs! Ah, les animaux, sans eux, nous sommes vraiment seul (le) sur terre car avec eux, pas d'ingratitude!! Heureuse d'apprendre que tu exerces (ou exercée) un très beau et noble métier! BISOUS
FAN

Carole 20/10/2013 01:22



Et son petit chien lui ressemblait beaucoup.



Hélène Carle 18/10/2013 16:37

Peut-être sommes-nous tous ainsi, prisonniers sur une Terre dont on ne peut s'échapper, si ce n'est par la porte de la bonté... encore faut-il la trouver?

Hélène*
(une photo qui pourrait être un roman)

Carole 20/10/2013 01:43



Merci Hélène pour cette porte de la bonté, qui doit être de corne et de rêve...



emma 18/10/2013 13:54

tu as bien saisi le poids des ans.. quand les aimés sont deja ailleurs, reste un bon compagnon fidele pour la derniere ligne droite à petits pas... ça n'est pas gai mais c'est universel "Un pauvre
Bûcheron tout couvert de ramée,
sous le faix du fagot aussi bien que des ans gémissant et courbé marchait à pas pesants"

Carole 20/10/2013 01:26



Mais ce bûcheron, lui, n'était pas las de vivre, juste là de porter son fardeau, et il avait la force de se révolter.



Richard LEJEUNE 18/10/2013 11:39

On sait évidemment qu'après la promenade, il nous faut retourner ...
Mais pas nécessairement à la solitude, Carole, pas nécessairement à la souffrance, pas nécessairement à l'ennui, pas nécessairement à l'attente ...

Retourner obligatoirement à une certaine vieillesse, certes, - la carte d'identité ne triche pas -, mais qui peut heureusement être allégée par la présence de notre conjoint, aimant ; par les jeux
de nos petits-enfants, bruyants ; par nos rapports avec des amis, passionnants.

Belle cette vieillesse-là, Carole, je vous assure ...

Carole 18/10/2013 11:44



Il y a vieillesse et vieillesse. Mais ce pauvre homme vraiment très vieux, en gris, avec son petit chien gris aussi, il faisait peine à voir, et je crois que la photo le montre. 



Joëlle Colomar 18/10/2013 07:55

Il avait heureusement un compagnon fidèle qui le suivait, l"amusait, le soutenait moralement.Amitiés. Joëlle

jill bill 18/10/2013 07:29

tant que la marche assurera sa promenade... même lentement, merci Carole !

almanitoo 18/10/2013 07:23

Touchant cet homme, prisonnier de sa vieillesse avec son petit compagnon qui marche au même pas que lui.
As-tu remarqué justement, la "ressemblance" fréquente entre les
personnes âgées et leurs chiens?

Carole 20/10/2013 01:37



Justement, ici la ressemblance était frappante. c'est elle qui avait d'abord attiré mon attention. Les mains, je ne les ai vues qu'ensuite.



MARIE 18/10/2013 07:07

Position typique du promeneur solitaire... allez savoir pourquoi ?

Carole 20/10/2013 01:37



Oui, allez savoir...



NanyFran 18/10/2013 06:17

Beau et triste à la foie....j'espère quand à moi, au moment de ma vieillesse ne pas être résignée, mais être gaie, et regarder le monde avec encore une part enfantine....
Bisous.

Carole 20/10/2013 01:36



Oui, nous espérons tous une vieillesse de ce genre. Mais pour certains c'est inaccessible.



Jamadrou 18/10/2013 01:48

Je l'ai bien vu cet Homme .