Chemin des violettes

Publié le par Carole Chollet-Buisson

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Chemin des violettes, c'est un opticien qui a repeint le mur. Et je crois qu'il est de ceux qui peuvent fournir aux passants ce que Baudelaire avait vainement voulu extorquer à son mauvais vitrier : des verres qui font voir le monde en beau... A moins qu'il ne soit simplement de ceux qui se souviennent.
Sous ce pinceau naïf et pur, le vieux chemin de sous-bois recouvert de bitume a retrouvé ses pas de boue rousse, de vaches jaunes, et d'herbe bleue. Le soleil roule comme un chien fou sur les prairies de voitures. Les violettes au parfum de source, devenues myosotis, ouvrent des yeux de bergères tendres sur le béton urbain. Les papillons aux ailes de bourdons dansent sur les ruisseaux débondés que chahutent les digitales. Et la forêt grandit dans l'ombre quelque part, là où les murs s'écroulent, brusquement vaincus par le flot mousseux des fougères, par la vague légère des violettes rêveuses.
 
Lorsque je suis entrée pour la première fois à Nantes, une poule, échappée d'une ferme voisine, picorait sous le panneau marquant le début de l'agglomération. C'était sur la route de Carquefou, en 1984, un matin de septembre.
 
Pouvoir des mots : il suffit de lire, au coin d'une rue, sur une plaque rouillée, "chemin des violettes", et le monde enterré tout vivant sous nos pieds, esprit magicien de la lampe qui n'attendait que ce signal, le voilà aussitôt qui entre en scène avec son pinceau, dessinant le mirage toujours intact au fond de l'oasis, sur n'importe quel bout de mur gris.

Publié dans Nantes

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S
Ton écriture photographie avec des mots qui restituent ce que tu découvres, observes, relies...Je reviens vers toi lentement. Suzâme
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C


Merci Suzâme, "photographier avec des mots", c'est un rêve pour moi !



L
Les lunettes deviennent des ailes, des yeux se transforment en fleurs, ô magie de l'imaginaire comme il est heureux de la rencontrer dans le "Chemin des violettes"!Je suppose qu'il n'y en a plus
guère, des violettes, sur cette route de bitume. Mais c'est tellement bon de "faire semblant" et d'y croire. L'opticien a peuplé l'endroit de ce monde que nous voudrions revivre. Il a utilisé les
mots qu'il fallait, les formes perdues et nous a jeté au coeur l'immense privilège de l'émotion. Merci, Carole, de nous l'offrir.
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C


J'avais été si surprise, et enchantée, de découvrir ce mur décoré, dans cette petite rue grise. L'opticien m'a paru un magicien. Peut-être que les violettes poussent encore, au printemps, dans
l'ombre des vieux murs... 



K
Tout ton billet est émerveillement. Tu sais trouver les mots qui complètent l'enchantement de la photo
Bon dimanche
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C


Merci, Kri, à bientôt.



C
Ah ce petit nom magique qui fleure bon les souvenirs... Comme un guide subtil, il enchante le quotidien et ravive ces moments de beauté intemporelle, ces petits riens qui représentaient tout...
Merci beaucoup!
Gros bisous
Cendrine
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N
Merci à tous ceux, de plume, de pinceau et autres, dont l'imaginaire nous embarque à leur suite.
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P
"Les papillons aux ailes de bourdons dansent sur les ruisseaux débondés que chahutent les digitales" Comme j'aime cette phrase!!! tes mots chantent et suscitent des vagues d'émotion.D'écrits en
écrits tu progresses Carole.Je suis plus qu'admirative.
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M
On a vraiment cette image de lampe frottée à la lecture de ton texte, les mots surgissent et pétillent!
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J
Le pouvoir des mots pour guérir bien des maux et éveiller l'être à sa propre grandeur. Le mot violette me ramène à mes 13 ans, au son du glas d'un cimetière, à l'être aimé que
j'accompagnais...comme j'ai grandi depuis ! Amitiés. Joëlle
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L
Des idées et des images simples, de la poésie limpide et douce, j'aime !
Merci.
Loïc
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J
Bonjour Carole ! Un opticien... Il signe d'un oeil au coeur des fleurs ! Bien vu m'dame !
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H
L'imaginaire est une belle sorcière qui garde la magie à fleur de vie.

Hélène*
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E
et tes mots aussi font voir le monde en beau, qui percent le bitume
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