Café du Progrès

Publié le par Carole

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Longtemps, on L'avait vénéré comme un dieu. Dans les cafés ouvriers on lui adressait des discours enflammés. On lui dédiait des barricades et des grèves sanglantes. On ne parlait de Lui qu'avec des majuscules dans la voix. On disait Le Progrès, et des armées de martyrs se levaient. Il éclairait bien loin la route.
Et puis il avait bien fallu constater que la nuit était tombée sur lui comme elle tombe toujours sur le monde, qu'il n'avançait plus qu'en boitillant sous son quinquet modeste, à grand peine appuyé sur l'effort des humains, douloureuse béquille. Qu'il pouvait même, saisi de peur, reculer très loin en arrière. Ou refuser tout à fait de marcher, âne bâté que chevauchaient l'avarice et la cupidité... 
Qu'il n'avait jamais été Un, mais qu'il était multitude. Orchestre sans baguette. Brouhaha d'espérances et d'avancées infimes.
Qu'il n'obéissait pas aux révolutions, mais seulement aux évolutions.
Enfin qu'il ne fallait pas croire en Lui, mais bien plutôt en Nous.

Publié dans Fables

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T
Les cafés ouvriers n'existent quasiment plus, ils ont été emportés par la désindustrialisation et les lois anti-alcools.
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J
Rue du Progrès
Dans le café du Progrès
Un homme lisait son journal: le Progrès :
" Crise, chômage, licenciement, baisse du pouvoir d'achat, suicides en entreprise, manifestations, ras le bol , délocalisations , guerre chimique interminable , sans papiers sans abris sans espoir
sans l'sous sans joie sans amour..."
Dans le café du progrès un homme pleurait.
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H
Oh! Magnifique utilisation de l'image qui semble se faufiler à travers chaque mot.

Hélène*
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C


Une image que je cherchais depuis plusieurs mois, car c'est l'un des endroits où je passe assez souvent, et ce vieux café, plein des souvenirs des chantiers navals de Nantes, fait réfléchir à
bien des choses.



Z
oui...évolutions plus que révolutions...
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C


Il me semble que c'est une conclusion qu'on peut tirer, après deux ou trois siècles de révolutions suivies de "restaurations".



C
Progrès scientifique peut-être mais où est le progrès humain ?
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C


C'est bien la question à poser. Et qui reste souvent sans réponse.



G
comme quoi on n'arrête pas le Progrès
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L
très joli texte qui en dit long
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F
Très bien observé!!! Oui, il faut l'humaniser ce sacré progrès qui nous a sauvé de bien des tracas et amélioré souvent notre confort!!Mais point trop n'en faut et la gourmandise est un vilain
défaut!!!BISOUS FAN
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N
On dirait qu'il est juste parti en vacances. Ou bien qu'il fait retraite, pour une réflexion avant reprise... :)
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M
Progrès a souvent eu pour compagne Déshumanisation. Aujourd'hui, il pourrait bien s'accoupler avec Simplicité, qu'il avait perdue de vue depuis pas mal de temps. Elle est pleine de bon sens, donc
pleine de richesses. Puissent-ils retrouver ensemble le goût du bonheur !
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A
Le vrai Progrès, à présent, n'est plus technologique. Il consiste à partager équitablement les richesses et à expérimenter la pratique de la solidarité. Il nous invite à nous imprégner des messages
de sagesse, de sérénité, de tolérance délivrés par des civilisations lointaines que nous avons méprisés jusqu'alors....
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J
Les mots pour épouser la photo, nous avons chez nous une rue du Progrès qu'on n'arrête pas dit-on... merci, jill
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A
Ta photo bouleversante et ton texte désabusé - qui porte espoir, malgré tout, sont hélas d'actualité un peu partout dans le monde. Surtout lorsqu'on sait que ces évolutions ne sont jamais
définitives quand une main omniprésente, de plus en plus pressante, autoritaire, menace de tout balayer d'un seul geste et pour longtemps...
C'est le moment ou jamais de rester vigilants et de croire en Nous comme tu le dis, pour toujours mériter la belle majuscule.
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C


Désabusement et espoir malgré tout. C'est bien cela.



J
Depuis la nuit des temps le progrès se voulait course au bonheur
Depuis la nuit des temps les bistros proposent des liquides pour être ivre de bonheur
Depuis la nuit des temps progresser c'est grandir c'est savoir de plus en plus
Pourtant depuis la nuit des temps le bonheur n'est pas loin, je l'ai vu juste là, dans le coin.

Une autre réflexion qui n'a rien à voir...
Dans ma région, il y a 2 quotidiens, l'un s'appelle le Dauphiné Libéré et l'autre Le Progrès .
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