Cadenas

Publié le par Carole

oeil cadenas 2
 
L'Oeil était sur la porte et il me regardait.
Il pleuvait gris et froid, rue du Vieil-Hôpital, dans ce coin sombre de la ville.
C'était un grand oeil sans paupière, semblable à ceux des anciens dieux debout dans la lumière, luisant et brun comme une planète roulant dans le cercle des nuits, avec les cils vibratiles et ardents des premiers infusoires, aux eaux noires et profondes de la vie primitive.
Je l'ai aussitôt admiré.
 
Le cadenas doré, et la chaîne d'acier, brillante, solide et plusieurs fois nouée, je ne les ai remarqués qu'ensuite.
Sans doute parce que l'oeil était immense, et neuf, et libre. Si complètement ouvert, si absolument innocent qu'aucun cadenas, aucune chaîne n'y pouvaient rien changer.
 
Pour décadenasser les pensées, faire tomber les verrous, on n'aurait pas besoin de briser les chaînes, pas besoin de connaître les secrets, pas besoin de savoir le chiffre, pas besoin de posséder les clés, pas besoin de la force qui peut rompre le fer.
Il suffirait d'ouvrir grand les yeux, si grand que l'infini y bercerait ses mondes, et la vie ses enfants.
Il suffirait d'arrondir la prunelle en bouclier de bronze, si rond que le jour y laisserait tous ses reflets, et la nuit toutes ses armes.
Il suffirait de regarder le monde bien en face.
Sans se laisser troubler par la lumière ou par l'ombre, par le savoir ou par l'illusion, par l'or ou par la misère, par la laideur ou par la beauté.
De regarder vraiment. Comme au premier jour Celui-là nous regarda.

Publié dans Fables

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A
Il suffirait d'ouvrir grand les yeux... Un très beau texte, Carole !
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C


Merci, Anne, à bientôt sur ton nouveau blog !



B
Quelle belle photo, j'aime beaucoup cet oeil qui nous observe et ce cadenas complètement inattendu qui en fait une photo insolite...
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C


C'est le cadenas qui a retenu mon attention, effectivement.



K
Bienvenue dans la communauté "Un peintre dans la ville"
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C


Merci Kri, à  bientôt !



E
J'aime ton arrêt sur cette peinture.
Le regard est le miroir des pensées , tourné vers le monde et témoin du théâtre de la vie. Aucun cadenas ne pourra le brimer , il est lbre .
Belle soirée, bises Carole
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C


Je le crois aussi, mais parfois il perd sa liberté... rien de plus triste, ni de plus dangereux aussi...


Merci, Hélène, à bientôt.



P
Quel coup d'oeil !
J'aime beaucoup cet ensemble de regard sur les mots.
Anne
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C


Merci Anne, je suis très heureuse que tu parles d'un "ensemble", car c'est bien cela, même si les articles ne se succèdent pas forcément.



K
ohhh j'adore!!
Superbe peinture urbaine!
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C


Merci Kri. Merci aussi de ta proposition : je serais contente d'entrer dans ta communauté, mais je me demande si le message à retourner sur OB t'est bien parvenu, car j'ai eu une panne. 


Je peux le renvoyer sans problème maintenant que j'ai réparé (du moins je l'espère...)



R
Et si cet oeil pourvu de mille pattes n'était que la métaphore de l'Humain qui tente - vainement ? - de se départir de ses chaînes, de fuir le verrouillage que le politiquement correct veut lui
imposer tant dans sa façon de penser que dans celle de voir le monde qui l'entoure ???
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C


Je profite de ce moment que je consacre à mes commentaires pour vous dire que, oui, il faut aborder le monde et les autres avec innocence et confiance...


Dostoievski a consacré un livre à ce sujet : L'Idiot, qui m'a en partie inspiré l'article puisque je suis en train d'en achever la lecture.



G
Tu as bien su cadrer ta photo pour donner plus d'importance à ce cadenas cruellement accroché à l'oeil.
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C


Merci, Gérard. J'apprécie beaucoup tes remarques d'"expert".  A bientôt.



M
Décadenasser les pensées, voilà une bonne idée... pas si facile !
J'adore la photo...
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C


Très difficile même. C'est pourquoi je l'ai écrit au conditionnel...



H
Je ne peux que dire, redire et re-redire un merci que je place sous l'oeil de la vérité dont aucune chaîne ne peut retenir la sincérité.

Hélène*
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C


Merci pour ce commentaire qui s'"enchaîne" si joliment à mon propos, Hélène.



L
un oeil vraiment captivant
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C


Merci, Lutea, à bientôt.



E
Un beau texte ! C'est épatant comme une image aussi peu esthétique (il faut bien le reconnaître !) peut inspirer une aussi belle réflexion... Talent !
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C


Je te redis ce que j'ai dit à Emma : c'est uniquement l'alliance de l'oeil ouvert et du cadenas qui m'a frappée et intéressée. C'est bien pourquoi j'ai choisi comme titre "cadenas" (avec ce s qui
empêche de savoir si c'est un singulier ou un pluriel).


Pour la valeur esthétique de la fresque (sur tôle rainurée...), Je sais bien qu'on ne peut pas comparer l'auteur à Michel-Ange, mais il a tout de même réussi, à mon avis, à transformer en quelque
chose d'intéressant et de coloré ce sinistre garage, situé dans une sorte de "cour des miracles"... 


 



D
Superbe perception. C'est le cadenas qui fait tout. Bravo à bientôt.

Ce n'est pas "l'oeil était dans la tombe et regardait Caïn" mais l'oeil était sur la porte et gardait le cadenas !!!
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C


Merci : tu as tout compris !!! 



E
ce percing dans l'oeil brr...
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C


J'ai utilisé le "zoom" pour vérifier car ton com m'a troublée : ce n'est pas un "piercing", mais une tache blanche un peu irrégulière figurant, je pense, un reflet de lumière dans la
prunelle. 


C'est vrai que sur cette surface difficile - une porte de tôle rainurée ! - le peintre ne pouvait pas travailler avec autant de finesse que Michel-Ange à la Sixtine. Et puis je crois que ce
n'était pas Michel-Ange non plus, mais un graffeur local...  En fait, c'est l'alliance du cadenas et de l'oeil ouvert qui m'intéressait. 


Merci, Emma, de m'avoir poussée à regarder d'(encore) plus près ! A bientôt.



V
Encore un texte qui m'a emportée... et cette fois-ci, dans une ronde de poésie métaphysique ,
Belle journée à toi Carole,
Amicalement
Valdy
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C


Merci, Valdy, c'est bon de te retrouver...



J
Notre regard est-il pur seulement une fois ? Déparasiter les pensées, épurer ce mental infernal, comme c'est difficile ! Voir avec les yeux du coeur et le monde s'ouvre. Bon dimanche à toi. Joëlle
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C


C'est bien pourquoi, après avoir d 'abord écrit "il suffit", j'ai préféré le conditionnel "il suffirait"... - voeu pieux - ou impie ?


merci Joëlle



J
Référence à Abel... Tu as l'oeil... Décadenasser les pensées, ce qui suit est joliment dit... Merci Carole !
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C


Référence à Caïn, Jill : j'ai fait mon Hugo... à l'envers !


Merci, et à bientôt sur ton blog.



Z
j'aime
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C


Merci Zadddie pour ce commentaire laconique mais qui va loin dans mon coeur - ou mon oeil - d'écrivain-photographe...