Bien (de consommation)

Publié le par Carole

bouddhas-soldes.jpg
 
    On trouve de tout, en soldes... Vraiment de tout. Ainsi ces deux bouddhas attendaient sereinement, hier, sur l'étagère de mon "hyper" de banlieue, l'acheteur avisé qui, pour seulement vingt euros, saurait saisir l'occasion, et meubler de sagesse éternelle l'allée gravillonnée d'un pavillon de parpaings.
    C'étaient deux bouddhas identiques, épiant le chaland, frères de résine et d'usine, derniers débris d'une armée de bouddhas vendus à prix discount, à liquider, à déstocker, avant que les emplettes de papeterie scolaire ne supplantent les achats de matériel de jardin - et la mode d'un été celle d'un autre été.
 
   Si le poète est l'alchimiste qui transforme la boue en or, notre moderne société de consommation est, quant à elle, la magicienne à rebours qui transforme en viles marchandises les pensées précieuses, et recycle inlassablement, en comptes trébuchants et sonnants, stridents comme une alarme à la caisse, toutes croyances, toutes beautés, toutes vertus - lestant de lourds profits jusqu'à l'Impermanence elle-même.
   - Vivre en sage et et se montrer lucide ? dites-vous.
    Mais toute notre sagesse, et notre lucidité même, elle nous les revendra. Avec bénéfice. Et, idiots que nous sommes, nous achèterons. A prix cassés.

 

   Je tenais ces propos pessimistes... et cependant mes deux bouddhas, tout soldés qu'ils étaient, semblaient veiller là-haut, les yeux mi-clos. Dans la vaste indifférence des choses privées d'âme, ou la profonde miséricorde de l'éternelle pensée, qu'aucune carapace de résine à prix promo ne saurait altérer - allez savoir !

Publié dans Fables

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C
Il y a tout et n'importe quoi en ce monde... J'ai l'impression d'écrire un lieu commun et pourtant!
L'onde de forme émanant de ces Bouddhas diffuse pourtant quelque chose de "sacré" dans l'air, quelque chose qui s'expose face au mercantilisme débridé.
Etrange société qui prêche une chose et son contraire et ton oeil, toujours remarquablement avisé!
Excellente soirée Carole, bises bien amicales
Cendrine
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C


"Une chose et son contraire", c'est un trait central de notre société : maniaco-dépression ou schizophrénie collective ? Malaise dans la civilisation, à coup sûr.



B
Peut-être faut-il garder seulement le souvenir de leur demi-sourire contemplant le monde sans frémir!
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J
Existe-t-il encore quelque chose de sacré ? Je crois que le Dieu Argent a pris toute la place. Amitiés. Joëlle
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P
L'ajout final montre bien qu'une réflexion n'est jamais achevée. Et toute ta sagesse aussi ! Effet du magnétisme du regard de ces deux bouddhas peut être ... ? Sur le fond, je suis bien d'accord :
on fabrique trop, on solde (et dévalue) vite, c'est une fuite éperdue. Sachons reconnaitre dans ce flux continu de la matérialité, les minuscules parcelles de vraie valeur !
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C


Décidément, ces bouddhas inspirent ! Merci encore.



M
peut importe le prix payé.. l'endroit où l'objet à été acheté, c'est le sens, l'idée que cet objet véhicule.
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Q
Un sourire... tu sais, je crois que les objets ont parfois des raisons que la raison ne comprends pas non plus. :)

C'est idiot de dire ça... mais n'as-tu jamais imaginé qu'il y avait autre chose que ce qu'on voyait ?

Tes deux bouddhas avaient sans doute quelque chose à te dire, que tu as entendu. :)

Passe une douce soirée.
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D
amusant.. de quoi remplacer les mythes paiens et les nains de jardin...
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G
pas besoin d'aller bien loin, il suffit de voir toutes les bondieuseries en vente à Lourdes..ou ailleurs
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M
Ca me rappelle mon voyage de l'an passé au Vietnam, quand j'ai visité un bazar tout plein de Boudha et de déesses à prix cassés, comme tu le dis le tourisme exploite vraiment tout!
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P
Et s'il n'y avait dans chaque chose que la valeur toute personnelle qu'on lui donne ? L'intérêt qu'on lui porte ? Le prix (économique) ne fait pas le prix sentimental, la valeur spirituelle. Je me
garderai bien de juger celui qui a acheté un vierge de Lourdes en pur plastique si ça lui fait du bien ... D'ailleurs je dois bien avoir des tas de "bricoles" du même genre : un bibelot en terre de
Colombie, une sculpture en résine du Vietnam qui me rappellent des séjours en famille.
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C


J'ai réfléchi à tout cela de nouveau, et j'ai ajouté depuis tout à l'heure une conclusion moins critique et moins pessimiste. Je  crois que tu as raison. Merci de ton commentaire.



E
Bien sur tu as raison, dans ta lucidité désespérée... Pourtant, comme dit Nounedeb,il y a aussi des aspects moins désolants ; le "bon gout" est réservé aux chanceux de la culture et de la bourse.
Un peu de rêve, même en plastique soldé, est quand même du rêve, le rêve du pauvre... et mieux vaut sans doute voir trôner une médiocre réplique d'oeuvre d'art que des morceaux pillés aux originaux
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C


Je ne suis pas sûre que ce soit un problème de "classes". Nos musées ont aussi un rayon babioles, destiné aux "chanceux de la culture et de la bourse".


Mais c'est vrai que c'est mieux (disons, moins égoïste) que d'aller piquer les oeuvres... et on voit bien à quel grand homme de goût tu penses...


 



N
Cependant, et pour être optimiste, qui choisit de mettre dans son jardin une effigie frelatée de bouddha, plutôt qu'un nain de jardin, montre peut-être une aspiration élevée enfouie au fond de
lui... :)
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C


L'effigie du sage, même à prix cassé, garderait encore un peu de sa sagesse.



A
Deux notions tellement aux antipodes l'une de l'autre (l'esprit mercantile de nos sociétés capitalistes d'un côté, l'ancestrale sagesse bouddhiste de l'autre) mais qui n'ont pas échappé à ton
regard perspicace pour nous y faire réfléchir...
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C


Merci, Anne-Marie.



A
Loin de moi l'envie de défendre les fabricants et marchands de sagesses diverses et variées autant qu'éphémères mais ils n'exploitent en fait que notre déchéance. Nous avons perdu le sens des
valeurs, le goût du beau, de l'authentique, de l'unique.
C'est nous qui encourageons ce commerce en achetant ces babioles dérisoires, c'est nous qui déambulons dans ces magasins spécialistes de la pacotille le dimanche après midi alors qu'à deux pas le
musée gratuit ou le parc sont déserts ou presque...
Je sais, je vais choquer..
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C


En tout cas pas me choquer...



J
40 euros la paire, tout de même.... Un moule qui a chauffé dans la mode du jour, mais reste des invendus... la sagesse ne trouve plus preneur à tous prix... Merci Carole...
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C


Encore à vendre aujourd'hui (j'ai vérifié)...



Z
: )
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C


Alors je ne peux que te répondre ainsi :  !