La coccinelle

Publié le par Carole

coccinelle-supermarche.jpg
 
J'attendais à la caisse de l'hypermarché. Patience et longueur de file... j'avais enfin disposé mes articles sur le tapis roulant, attendant l'encaissement, quand j'ai aperçu une petite coccinelle égarée dans mes légumes qui cherchait le soleil. Coccinelle, aie confiance, nous sortirons d'ici, je te ramènerai vers le printemps.
Devant moi il y avait deux femmes, de celles qu'on appelle "du voyage" – pour exprimer sans doute cette étrange méfiance qui sépare des vieux peuples errants les frileux sédentaires que nous sommes devenus. Elles réglaient leurs achats. 
—Tiens, a dit l'une en tendant un petit sac de parfumerie à la caissière, la dame d'avant a oublié son paquet.
Et la caissière aussitôt de remercier, de mettre de côté le petit sac parfumé, de prévenir la caisse centrale.
Voilà. Rien que de très banal. Rien que de très aimable. Rien que de très serviable.
J'ai "passé" mes articles. La caissière a bien pris soin de ne pas effaroucher ma coccinelle qui, ayant descendu sans encombre le tapis roulant, s'était perchée, pleine d'espoir, sur un pot de miel blond. Bientôt, je la libèrerais dans le soleil du soir. Coccinelle, douce bête à bon Dieu, prends patience, aie confiance...
J'étais en train de payer quand la "dame d'avant" est revenue, affolée, un peu essoufflée.
—Vous venez pour le paquet ? a demandé la caissière, il est à la caisse centrale...
—Ah ! ouf !.. j'avais tellement peur... vous comprenez, avec ces gens qu'il y avait derrière moi...!
Elle était si émue, la dame aux parfums, d'avoir échappé aux méfaits de ces gens, qu'elle oubliait de remercier...
En courant vers la caisse centrale, elle a heurté mon chariot. La coccinelle a pris peur. C'était fini. Elle s'était envolée d'un coup d'aile, la confiance, la douceur du printemps, dans les allées sans vie de mon hypermarché. Je ne la mènerais plus vers les jardins du jour, la douce bête du bon Dieu, elle mourrait assoiffée, piétinée, oubliée.
Il y a des gens comme ça. 

 

Publié dans Fables

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F
j'ai beaucoup aimée l'aventure de cette coccinelle!! C'est curieux comme l'on peut les aimer et les chouchouter ces petites bêtes rouges à pois noirs!! C'est toute notre enfance et depuis que l'on
sait qu'elle adore les pucerons, on l'idolâtre!! Je pense qu'elle saura se poser sur un autre pot de miel qui l'emmènera vers le dehors, vers un jardin où elle se régalera de ses friandises
préférées!! Je ne parlerai pas de cette idiote qui l'a fait fuir, elle n'en vaut pas la peine! Merci Carole pour tes jolis récits! BISOUS FAN
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M
Eh oui, les préjugés fleurissent bel et bien chez les personnes toutes simples où elles s'expriment avec spontanéité aux endroits tout simples.

Aucun rapport réel entre le bête à bon dieu et la dame venue de l'étranger. Pas de deus ex machina. Justement, c'est d'autant plus fort.
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N
C'est terrible. Après l'épouvantable scrutin de dimanche, combien sommes-nous, pauvres coccinelles humaines, à être bousculées - le mot est faible, par la peur, par l'ignorance, par l'égoïsme?
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E
une fable édifiante, mais la bête à bon dieu aura trouvé une autre façon de faire du stop, c'est sûr
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J
Sale histoire de caisse où la férocité des préjugés s'étale autant que les taches sur le dos de l'insecte (féroce aussi par ailleurs. Jonas
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C


Excellent, ce commentaire.



C
Merci Carole, c'est bon de te lire aujourd'hui.
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C


La petite aventure date de jeudi dernier, mais je l'ai publiée ce matin exprès.



G
Les mêmes qui ont voté FN hier
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C


Exactement !



F
et oui les gens se méfient de tout et beaucoup aussi oublient de dire merci et pardon quand ils bousculent qq
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M
Que de leçons en quelques phrases!
Merci Carole..l'humain est imprévisible.. et ce n'est pas parce qu'il a un col blanc que l'on peut lui faire confiance..
La petite mangeuse de pucerons aura surement échappé à son sort .....?
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H
Oui il faut protéger ces bêtes. Il m'est arrivé une histoire aussi. Je te la raconte - je circulais en véhicule sur une route de montagne très fréquentée. Quand tt à coup je découvre une tortue qui
traversait paisiblement la route. Par crainte qu'elle se fasse écrasée par un éventuel chauffard je me ss arrêté dans l'idée de l'aider à traverser. Au même moment un autre usager de la route à
bord de sa voiture aperçoit l'animal,freine brusquement s'en saisi violemment.la pauvre bête se voyant perdu a commencé à se tordre si fortement qu'elle l'injecte d'un jet d'urine salissant le
costume de son agresseur qui lacha prise dé"posant la tortue qui continua son chemin cahin caha, vers les siens. J'étais fou de joie d'avoir vu la bête libre.
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C


En effet, je comprends cette joie ! C'est beau la liberté, pour les humains comme pour les bêtes.



D
Une très belle histoire !!!
Comme quoi les préjugés des "braves gens" ... :-)
Dommage pour le belle coccinelle !
Bon lundi Carole
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D
Toujours ces petits moment de vie, que j'aime quand vous les racontez. Ah, ces gens là...
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P
Je viens de déposer un commentaire sur un autre blog :
Que la nature est belle ; dommage que l'humain ne prenne pas modèle !!
J'ai eu la chance d'être élevée par une famille tolérante et on m'a appris à respecter l'autre quel qu'il soit. J'ai transmis ces valeurs à mes fils qui à leur tour continue. Je suis fière d'eux,
de mes petits enfants. Je remercie mes parents.
Les échanges sont tellement enrichissants. J'aime ton esprit et surtout ton esprit d'observation (ce qui me manque, mais je me soigne grâce à mon prof de sculpture). CONTINUE DE NOUS ENCHANTER et
comme toi je suis triste pour cette adorable bête à Bon Dieu.
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M
Légèreté de la bête à Bon Dieu et lourdeurs des préjugés, bien vu Carole!
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M
Ton histoire me rend triste, pour "ces gens", pour la coccinelle. Elle me fait un peu - beaucoup - peur. Les préjugés, l'égoïsme, l'intolérance… c'est ce qui s'est exprimé, hier, à l'Europe, non ?
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C


Oui. C'est ce qui m'a amenée à publier ce texte justement ce matin. Mais la scène est tout à fait authentique. Une certaine ambiance, ces temps-ci...



A
L'habit ne fait pas le moine, comme dit le dicton, et les préjugés ont la vie dure.Malheureusement!
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A
Je ne sais pas si les caissières ont souvent des remerciements mais les "gens du voyages", eux, n'en n'ont jamais...
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O
Aucune communauté, aucune caractéristique vestimentaire, aucun métier ou position sociale n'ont malheureusement l'air garants d'honnêteté, de bonté , de bienveillance envers les autres...mais
comment expliquer cela à cette brave coccinelle ?
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C


Je crois qu'elle aurait tout de même choisi de partir sur les routes avec ces gens du voyage. La nature est nomade...



R
Remarquable apologue, Carole !
Et nombreuses sont les leçons à en tirer.

Bravo ...
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M
N'est ce pas un trait de caractère très humain hélas, que de se croire au centre du monde et menacé de toute part ?... quand aux remerciements, je pense pas que les caissières en aient souvent...
dommage pour la coccinelle aussi...
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A
Je comprends la légitime terreur de cette pauvre coccinelle!
Tu as bien fait de la photographier, on n'en verra plus beaucoup, des bêtes à bon dieu ...
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J
Comme quoi les préjugés et tout l'monde dans le même... panier, j'ai bien aimé ta page... !
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