Au jardin

Publié le par Carole Chollet-Buisson

Les jardins de la ville sont remplis d'êtres insignifiants et merveilleux, capables de marcher lentement, de suivre les longs détours des chemins qui tournent, d'étudier les panneaux qui désignent les arbres, de se pencher sur un reflet dans l'eau, de faire, comme le fameux Lloyd, le rival du docteur Ecorchard, des "festins de tulipes", ou de regarder pousser les fruits du kaki sous la gangue des hivers gris. Ce sont les vrais passants de la ville, ceux qui savent avancer au rythme de leurs propres pas, qui sont les pas des arbres, les pas des oiseaux, et les pas des chemins.

Au jardin des Plantes, j'ai choisi ces trois-là, que j'ai trouvés si émouvants.

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D'abord, ce jeune prêtre. Le jardin est proche de la cathédrale, de l'Evêché et du séminaire, si bien qu'on rencontre assez souvent des soutanes dans les rues avoisinantes. Spectacle sévère et édifiant, froissement silencieux du tissu sur les trottoirs sombres. Mais ce jeune homme, avec son sac à dos, sa démarche vigoureuse, et, surtout, cette façon qu'il avait de lever la tête pour regarder les oiseaux, le ciel, le printemps... je ne m'étais pas d'abord aperçue qu'il portait une soutane. Ce n'est pas à Julien Sorel que j'ai pensé, mais à Fabrice Del Dongo.

 

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Puis j'ai vu - et compris aussi, je crois - cette mariée attendant sur un banc, loin de la noce, après la séance de photos, reposant sur les vieux pavés ses pieds martyrisés par les escarpins neufs, étirant sur le brave banc "Centaure" son corps souple fait pour nager et courir au soleil, et regardant, toute rêveuse, passer des cyclistes en jeans.

 

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Enfin j'ai aimé cette vieille femme au milieu des pigeons, seule et toute voûtée, mais si curieuse encore du monde et des autres, s'appuyant à regret sur sa canne pour mieux comprendre les belles évocations de magnolias du japonais Maruyama.

 

Et tous les autres derrière elle, ces silhouettes amusantes ou charmantes, humaines ou animales - en accord avec la vieille femme, avec le prêtre et son sac à dos, avec la mariée et les cyclistes, avec les pigeons, avec les chemins qui tournent, avec le temps qui s'arrête, avec les magnolias, avec le Japon, avec le monde entier.

Publié dans Nantes

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